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Les procès d’animaux au Moyen Âge : les bêtes face à la justice

Les procès des animaux au Moyen Âge : les bêtes face à la justice

Nous vous parlions il y a peu du lancer de renard. Mais avant de voir les animaux comme des objets au XVIIe siècle, la société européenne considérait les bêtes comme similaires à l’homme. En effet, saviez-vous qu’au Moyen Âgeles animaux pouvaient être jugés, au même titre que les humains ? Découvrez ces procès d’animaux où bon nombre d’entre eux se firent juger et même condamner à mort au Moyen Âge

Les procès d’animaux

En Europe, pendant près d’un millénaire, les bêtes de ferme et autres animaux comme les insectes se retrouvaient envoyés devant des tribunaux. Ces procès furent particulièrement nombreux du XIIIe au XVIIIe siècles. Eric Baratay, historien spécialiste des relations hommes-animaux, expliqua :

« On trouve des procès d’animaux à peu près dans les archives de toutes les villes entre les XIVe et XVIIe siècles. D’un point de vue géographique, c’était très largement répandu même si ça reste minoritaire dans la justice de l’époque.« 

À l’époque, les animaux étaient vus comme des personnes aux yeux de l’Eglise et de la loi. En effet, ils faisaient partie de « la communauté de Dieu », comme les hommes, et devaient donc observer les mêmes devoirs et règles. On les considérait comme condamnables, à l’inverse d’aujourd’hui où les tribunaux estiment les propriétaires comme responsables.

Les condamnations

Par ailleurs, beaucoup d’animaux étaient en liberté et se baladaient dans les rues. Il y avait donc plus souvent des accidents. C’est pourquoi il a existé plusieurs cas où des cochons ayant mordu ou tué des enfants furent jugés, puis condamnés à mort, la peine maximale. Si l’on reconnaissait l’animal coupable, on pouvait quelques fois demander au propriétaire d’accomplir un pèlerinage.

Une fois la condamnation prononcée, on invitait les paysans à venir voir la mise à mort et à amener leurs animaux de la même espèce pour leur enseigner les comportements à ne pas avoir et qu’ils apprennent de ce châtiment.

Affaires très sérieuses, en bonne et due forme

Pour chacun de ces procès, on attribuait un avocat aux animaux. On les enfermait en prison et on payait même un gardien pour le procès qui était chargé de surveiller et nourrir les animaux. Ainsi, au Moyen Âge, on prenait ces affaires très au sérieux. Elles se déroulaient devant des instances civiles comme des conseils de ville, ou même des parlements. On pratiquait parfois des interrogatoires sur les animaux et leur attitude, grognements ou postures, indiquait leurs réponses.

Les procès des cochons

90% des animaux que l’on conduisit devant la justice en Europe furent des cochons. Cela peut être dû au fait, qu’en tant qu’espèce, ils sont très proches de nous et pouvaient faire la différence entre le bien et le mal. Toutefois, ce fut également parce qu’ils étaient très nombreux et déambulaient librement dans les campagnes et les villes. Cela était bien pratique pour nous, car on les utilisait comme éboueurs vivants se nourrissant des déchets jetés.

Malheureusement, ils causèrent de nombreux accidents : ils pillaient des boutiques, dévastaient des jardins et renversaient des enfants. Mais surtout, ces animaux bien souvent sous-alimentés mangeaient tout ce qu’ils trouvaient, y compris des enfants.

Par exemple, en 1386 en Normandie, une truie renversa un nouveau-né qu’on ne surveillait pas et commença à lui dévorer une partie du bras et du visage. Les blessures de l’enfant causèrent sa mort. On conduisit donc la truie au tribunal. Ce procès est le plus documenté de l’histoire en ce qui concerne les jugements d’animaux. Il dura finalement neuf jours et le jury déclara la truie coupable. On la pendit et la brûla après l’avoir habillée avec des vêtements de femme.

Plus tard, en 1457, on jugea une truie et ses six porcelets pour le meurtre d’un enfant. Le tribunal reconnut la mère coupable après que cette dernière ait grogné. En effet, on prit ses ronchonnements comme une admission de sa culpabilité et elle finit donc à la potence. Toutefois, on acquitta ses petits. Les archives ont répertorié de nombreux autres procès de cochons au fil de l’histoire.

Les autres animaux : procès et excommunications

Bien que la plupart des procès concernaient les cochons, on condamna également d’autres animaux ravageurs comme des sauterelles, des taupes ou des poissons. Ces procédures pouvaient viser des nuées d’insectes ou des rongeurs. On les considérait comme responsables de famines. En 1451, on amena des sangsues devant un tribunal, car elles avaient ravagé la population de poissons. En 1596, une foule de dauphins arriva dans le port de Marseille et s’y installa. Ils causèrent de nombreux dégâts. Une autorité religieuse, l’évêque de Cavaillon, exorcisa les dauphins et leur ordonna de s’en aller. L’histoire énonça que les animaux disparurent et ne revinrent jamais.

Certaines superstitions furent également la raison d’arrestations d’animaux. On ne jugeait donc pas ses derniers uniquement pour des dégâts matériels ou physiques. Ainsi, on prit certains loups pour des loups-garous, des humains sorciers.

À partir du XVI-XVIIe siècle, l’Eglise abandonna la croyance que les animaux étaient comme nous. On ne les considéra plus que comme des machines. En effet, désormais, seul l’homme était capable de penser. Descartes fut donc celui qui changea cette tradition au XVIe siècle.

Finalement, pendant longtemps, la société européenne jugea les animaux devant la justice comme les humains. Cela causa la mort de nombreux animaux d’une grande variété, des cochons aux sangsues, en passant par les chenilles. Des siècles plus tard, nous avons de nouveau considéré les animaux comme des ennemis lors de la Guerre des émeus en Australie, mais cette fois on tenta de les exterminer directement, sans passer par la case procès…

 

Sources : 

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