La Grande Mademoiselle, de la vie de cour à la solitude

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La Grande Mademoiselle est un personnage historique dont nous avons probablement tous entendu parler, et pour cause, c’était la cousine germaine du Roi Soleil. Cependant, son destin ne sera pas celui qu’elle s’était imaginée enfant. De sa naissance à la cour, à son exil et sa mort dans la solitude, vous apprendrez que sa vie ne fut pas si simple ! 

La Grande Mademoiselle, le meilleur parti d’Europe ?

Anne-Marie Louise d’Orléans naît au Louvre le 29 mai 1629. Sa mère Marie de Bourbon-Montpensier meurt en couche et lui laisse donc l’une des plus grandes fortunes d’Europe. Dès sa naissance elle devient la plus grande fortune du royaume de France. Néanmoins, elle n’entre pas dans la vie aimée. En effet, son père Gaston D’Orléans, frère du roi Louis XIII n’aime pas sa fille. Il s’était marié avec Marie de Bourbon pour rattacher les richesses et terres des Montpensier à la couronne.

La jeune enfant grandit en exil à Bruxelles auprès de sa grand-mère, Marie de Médicis. Cependant, dès son plus jeune âge elle est au courant de son immense fortune. Elle refuse alors de nombreuses propositions de mariages, ne les trouvant pas à la hauteur de son rang. En effet, c’est une princesse de sang, elle est petite fille d’Henri IV et nièce de Louis XIII. Par ailleurs, il semblerait qu’Anne d’Autriche, épouse de Louis XIII, ait nourri les espoirs de Mademoiselle d’épouser son jeune cousin Louis.

De ce fait, qui pourrait être assez bien pour Anne-Marie Louise, si ce n’est le futur roi de France ? Malheureusement, elle aura beau attendre, le jeune Louis XIV épouse son autre cousine germaine Marie-Thérèse d’Autriche, infante d’Espagne pour des questions diplomatiques.

Son surnom de Grande Mademoiselle est dû à son rang. En effet, son père étant le frère du roi était appelé « Monsieur », donc sa fille « Mademoiselle ». C’est à la naissance du frère cadet de Louis XIV que Gaston d’Orléans prend le titre de « Grand Monsieur » et donc Anne-Marie Louise celui de « Grande Mademoiselle ». Ce n’est pas une question de taille mais de rang !

La fronde

Mal aimée depuis son plus jeune âge, ses espoirs de mariage avec Louis XIV abandonnés, Anne-Marie Louise d’Orléans tente de revenir auprès de son père. Dès 1652, elle prend une part active à la Fronde. Elle se rend à Orléans pour demander aux autorités municipales de ne pas ouvrir aux troupes royales. Avec ses deux maréchales de camp, les comtesses de Fiesque et de Frontenac, elles ferment les portes de la ville et Turenne est obligé de contourner Orléans. Cependant, malgré cette courte victoire, Turenne écrase l’armée du Grand Condé lors de la bataille de Bléneau quelques jours plus tard.

Ensuite, durant la bataille du Faubourg Saint-Antoine, elle fait tirer au canon depuis la Bastille sur les troupes royales pour protéger son cousin le Prince de Condé. Tous ces coups d’éclat plus ou moins réussis vont poser problème à la Grande Mademoiselle. En effet, lors du retour triomphal de Louis XIV à Paris, elle sera du côté des vaincus.

la grande Mademoiselle
Mlle de Montpensier tenant le portrait de son père, Pierre Bourguignon.

L’exil à Saint-Fargeau

En raison des deux épisodes de la Fronde, Louis XIV exile sa cousine sur ses terres de Bourgogne.

C’est en pleine nuit qu’Anne-Marie Louise d’Orléans arrive dans son château de Saint-Fargeau. C’est un château de la fin du Moyen Âge presque en ruine qu’elle ne connaît pas. On est alors loin du faste de la cour si chère à son cœur. Elle passera 5 années dans ce château et y entreprend de nombreux travaux de modernisation. Elle fait notamment refaire les façades de la cour intérieure par Le Vau, architecte du roi.

C’est aussi ici qu’elle commença ses célèbres Mémoires, où elle raconte tout son ressenti sur son existence. Elle fait d’ailleurs part de son effroi lors de son arrivée dans ce château de Saint-Fargeau.

« Nous arrivâmes à Saint-Fargeau à deux heures de nuit, il fallut mettre pied à terre, le pont étant rompu. J’entrai dans une vieille maison où il n’y avoit ni porte ni fenêtres, et de l’herbe jusqu’aux genoux dans la cour : j’en eus une grande horreur. L’on me mena dans une vilaine chambre, où il y avoit un poteau au milieu. La peur, l’horreur et le chagrin me saisirent à tel point que je mis à pleurer : je me trouvois bien malheureuse, étant hors de la cour, de n’avoir pas une plus belle demeure que celle-là, et de songer que c’étoit le plus beau de tous mes châteaux, n’ayant pas de maison bâtie. » Mémoires de Mlle de Montpensier, première partie, chapitre 16.

Lors de cet exil, elle accorde une grande place aux arts et commence une grande politique de mécénat. C’est d’ailleurs la Grande Mademoiselle qui a découvert Lully avant que celui-ci ne parte pour la cour de Louis XIV.

Cour intérieure du château de Saint-Fargeau.

La Grande Mademoiselle et la solitude

Elle revient à la cour en 1657. Malheureusement, c’est un personnage peu apprécié, car la plupart des courtisans et princes jalousent ses possessions. Anne-Marie Louise d’Orléans s’attèle alors à terminer le château d’Eu en Normandie et y passe le plus clair de son temps. En effet, c’est ici qu’elle poursuit l’écriture de ses mémoires.

Durant ses longues années de solitude, elle rencontre Lauzun, un gentilhomme. Il n’est pas de son rang mais elle tombe amoureuse de lui. Lui s’intéresse davantage à sa fortune. Mademoiselle presse Louis XIV d’accepter le mariage, ce qu’il fait. Avant de retirer son assentiment 3 jours plus tard en raison du fossé social entre les deux parties. Elle est désespérée, Lauzun ne réagit presque pas. Il cherche de nouveau à se faire un nom auprès de Madame de Montespan. Cependant, elle refuse de l’aider. Il finira par aller en prison pour l’avoir insultée. Mademoiselle accepte alors d’abandonner des terres en faveur du Duc du Maine pour le faire libérer. Elle l’aurait ensuite épousé en secret vers 1671. Malheureusement, elle n’y trouvera jamais le bonheur.

Elle finit sa vie seule, mal aimée à Versailles, dans la dévotion. Elle meurt le 5 avril 1693 d’une maladie de la vessie et est inhumée à Saint-Denis dans le caveau des Bourbons.

La Grande Mademoiselle a connu un destin hors du commun. Cependant, c’est un personnage assez méconnu car dans l’ombre de son célèbre cousin le Roi Soleil !

Sources :

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Charlotte Yankovitch

Guide conférencière diplômée, spécialisée en Histoire de l'art et passionnée de mode. Ma passion pour l'écriture ma guidée jusqu'à Cultea!
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