Les procès de Salem de 1692 : quand la justice devint hystérique

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Les procès des sorcières de Salem, dans le Massachusetts, se sont déroulés entre février 1692 et le début de l’année 1693. Contrairement aux idées reçues, personne ne fut brûlé au bûcher. Toutefois, ces procès entraînèrent la mort de plus de 25 personnes et furent le résultat de frictions politiques et religieuses entre les colonies anglaises puritaines et l’Angleterre. Retour sur une période chaotique de l’histoire américaine.

Contexte historique de Salem

En 1689, le roi anglais William et la reine Mary déclenchent une guerre avec la France dans les colonies américaines. Ces affrontements ravagent des régions du nord de l’État de New York, de la Nouvelle-Écosse et du Québec. Par conséquent, des réfugiés sont envoyés dans le comté d’Essex et, plus précisément, dans le village de Salem (« Salem Village ») de la colonie de la baie du Massachusetts. Le village de Salem est aujourd’hui Danvers, par opposition à « Salem Town », qui est l’actuel Salem.

L’arrivée de ces réfugiés pose problème par rapport à la quantité de ressources disponibles. De fait, la rivalité existante entre les familles riches et celles qui dépendent encore de l’agriculture s’aggrave. Le révérend Samuel Parris, devenu le Premier ministre ordonné de Salem Village en 1689, fait également l’objet de controverses. En effet, la communauté ne l’apprécie pas en raison de ses méthodes rigides et de sa nature avide. De plus, les puritains craignent des attaques à l’encontre de leur religion et s’inquiètent de perdre le contrôle de leur colonie.

La chasse aux sorcières

Les vrais problèmes commencent en janvier 1692. La fille du révérend Parris, Elizabeth, âgée de 9 ans, et sa nièce Abigail Williams, 11 ans, commence à avoir des « crises ». Elles crient, jettent des objets, émettent des sons étranges et se contorsionnent dans des positions anormales. Ne trouvant aucune cause physique, le médecin local accuse le surnaturel… Les petites filles sont ensorcelées. Une autre fille, Ann Putnam, 11 ans, subit des épisodes similaires.

Peu de temps après, les 3 enfants accusent 3 femmes du village de sorcellerie : Sarah Good, Sarah Osburn et une esclave prénommée Tituba, qui travaille pour le révérend. Ces femmes étaient des cibles faciles, étant donné que le reste de la communauté les considérait déjà comme des parias. Tituba avoue alors avoir été approchée par le Diable. Sa confession marque le commencement d’une période d’hystérie à Salem.

L'esclave Tituba avec Elizabeth Parris, Abigail Williams et Ann Putnam.
L’esclave Tituba avec Elizabeth Parris, Abigail Williams et Ann Putnam.

C’est le début d’une véritable chasse aux sorcières. Après les 3 femmes déjà accusées, 4 autres sont arrêtées au mois de mars. Le mois suivant, une vingtaine de personnes supplémentaire sont accusées. Les arrestations ne concernent plus que les femmes. En mai, le nombre d’accusations devient trop élevé (plus de 30 personnes). Alors, le Gouverneur William Phips crée un tribunal spécial : le Tribunal d’Oyer et Terminer. Cela signifie “hear and determine”, qui peut se traduire par « entendre et déterminer ». Le tribunal se compose de 8 juges.

L’hystérie qui ronge la communauté de Salem ne s’arrête pas aux frontières du village. Elle se propage en effet dans les villes avoisinantes, comme Amesbury, Andover, Salisbury, et Gloucester. De nombreux habitants de ces villes sont donc amenés à Salem et jugés.

Les procès de Salem

La première femme accusée de sorcellerie et à paraître devant les juges est Bridget Bishop, accusée de tourmenter les habitants de Salem avec son spectre. Son procès a lieu le 2 juin 1692. Jugée coupable, elle sera pendue 8 jours plus tard. Malgré tout, son procès conduit à la démission de l’un des juges, choqué par la façon dont le procès a été mené.

Au cours de l’été 1692, le rythme de la chasse aux sorcières devient encore plus soutenu. En effet, on emprisonne plus de 200 personnes, et un grand nombre de femmes passe par le Tribunal d’Oyer et Terminer.

Au total, 19 personnes sont exécutées, 4 meurent en prison et 200 hommes et femmes sont arrêtés et mis en prison, dont une fillette de 4 ans. Une autre victime de cette chasse aux sorcières est Giles Corey. Refusant de s’exprimer, on le torture en lui faisant subir la sanction de « peine forte et dure ». Cette punition consiste à presser quelqu’un sous de lourdes pierres jusqu’à la faire parler, ce que Corey ne fit jamais. On organise la pendaison de sa femme peu après sa mort, qui est d’ailleurs l’une des dernières victimes de la chasse aux sorcières.

Procès de Giles Corey à Salem - Cultea
Procès de Giles Corey.

Fin de l’hystérie et conséquences pour les accusées

Le 29 octobre 1692, le Gouverneur William Phips dissout le Tribunal d’Oyer et Terminer et libère les femmes accusées de sorcellerie qui étaient en prison. Il forme alors le Tribunal Supérieur de Justice (Superior Court of Judicature) pour remplacer celui d’Oyer et Terminer. À partir de janvier 1693, ce nouveau tribunal libère et gracie les accusés, mettant ainsi fin aux procès des sorcières de Salem.

Il est également nécessaire de préciser que les procès de Salem étaient injustes pour les accusés. Ces derniers n’avaient en effet aucune protection : ils n’avaient pas droit à un avocat, ne pouvaient pas faire témoigner des témoins sous serment en leur faveur, et ne disposaient d’aucune voie d’appel formelle. En outre, les preuves avancées n’étaient pas tangibles. En effet, la « preuve spectrale » – apparition dans un songe d’une personne susceptible d’être une sorcière ou de collaborer avec le Diable – était souvent retenue, alors qu’elle était loin d’être fondée ou même vérifiable.

Les raisons d’une telle tragédie

À ce jour, on ne sait toujours pas ce qui a provoqué l’hystérie survenue dans le Massachusetts en 1692. Malgré tout, plusieurs hypothèses existent. Certains parlent de troubles de la conversion, de maladie de Lyme ou encore d’encéphalite. D’autres avancent la théorie de la rivalité familiale ou des difficultés socio-économiques. Plus particulièrement, les petites filles, point de départ de ces quelques mois de chaos, auraient pu souffrir d’épilepsie, d’ennui, de maltraitance infantile, de maladie mentale ou même d’une maladie provoquée par la consommation de seigle infecté par un champignon.

Par ailleurs, il n’était pas rare de redouter le Diable dans les communautés de la région. Les puritains craignaient constamment Satan et sa possible infiltration dans leurs villages. En ce sens, Salem n’était pas une exception. Le village vivait en quasi-isolation du reste du nouveau monde, et ses habitants étaient profondément religieux. Il n’était donc pas difficile de les convaincre que certaines femmes du village avaient signé un pacte avec le Diable.

Avec le temps, les membres de la colonie se rendirent compte de la tragédie des procès de Salem. Alors, la colonie adopta en 1711 une loi rétablissant les droits et la réputation des personnes accusées, en plus d’accorder une restitution de 600 £ à leurs héritiers. Cependant, ce n’est qu’en 1957 – soit plus de 250 ans plus tard – que le Massachusetts présentera des excuses officielles au sujet des événements de 1692.

 

Sources :

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Lauren Puma

Etudiante en Master Culture, patrimoine et médiation, je m'intéresse de très près à l'histoire ainsi qu'à culture pop, particulièrement à Marvel et Star Wars. Passionnée d'anglais depuis toujours, j'ai un goût prononcé pour les contenus dans cette langue ainsi que les pays où elle est parlée.
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