La chasse et les procès des sorcières basques

La chasse et les procès des sorcières basques - Cultea

Entre 1608 et 1609 eut lieu l’une des plus grandes chasses aux sorcières entreprises dans le Pays basque. Un souvenir tragique d’un féminicide de masse, ancré dans la culture locale.

Si les États-Unis ont leurs célèbres procès des sorcières de Salem, la France a aussi connu les siens : les procès des sorcières basques. Des procès cruels et sanguinaires, qui mèneront au bûcher près d’une centaine de femmes, au début du XVIIe siècle.

Tout commence en 1608 du côté français, où les actions des autorités contre la sorcellerie font rage. C’est le juge Pierre de Lancre qui dirige la vague d’assassinats envers la communauté basque, persuadé que cette zone géographique est sous influence diabolique.

Une chasse d’une violence inouïe, au cours de laquelle les forces de l’ordre arrêtent toute personne suspectée de sorcellerie. Bien souvent sans preuve, et sans même savoir à quoi peuvent ressembler ces rites. La peur se propage et une grande partie de la population s’exile vers le côté espagnol. Cette migration soudaine de prétendus sorciers inquiète les autorités, et il ne faut qu’une année pour que l’Inquisition espagnole s’y mette aussi. Notamment après qu’une Maria de Ximildegui ait dénoncé ses pairs en France, à Ciboure, et dans le petit village de Zugarramurdi (Pays basque espagnol).

Sorcellerie ou habitudes culturelles ?

La vie culturelle basque est différente jusque dans les églises. Le juge de Lancre assiste à un rite funéraire (les cimetières se trouvant dans les églises) et y observe les femmes brûler des cierges, sans écouter le prêtre. Pour lui, c’est un manque de respect envers la religion catholique.

Aussi, la construction politique des villages fait que les femmes possèdent une certaine autorité. Notamment lorsque les hommes partent naviguer des mois en mer pour chasser la baleine. Elles assument alors seules toutes les charges mentales et physiques du village. À cela, s’ajoute la pratique des accouchements, des avortements et leur fine connaissance des plantes : celles qui guérissent, qui empoisonnent ou qui peuvent être une source de plaisir, comme les champignons hallucinogènes.

Pierre de Lancre venait d’une société ignorante, fermée d’esprit et patriarcale. Pour lui, l’organisation de cette communauté était donc inadmissible et contre nature.

Une enquête basée sur la peur de l’inconnu

Dans sa quête, ce juge écrit un livre décrivant les rites sataniques de ces femmes. Elles y offriraient leur corps au diable lors des sabbats, cérémonies réalisées dans le plus grand des secrets. Dans la mythologie basque, toutes les entités se trouvent dans la terre. L’exemple le plus célèbre est la grotte de Zugarramurdi : des banquets y sont célébrés, rassemblant des milliers de personnes. Le juge de Lancre y voit les cibles parfaites pour ces accusations de sorcellerie, puisque, dans cette terre, les femmes auraient côtoyé le diable.

Cette communauté a aussi sa propre langue : le basque. Un dialecte mystérieux parlé des deux côtés de la frontière franco-espagnole, et dont les racines sont encore inconnues. Le juge de Lancre ne la comprend pas, et est alors convaincu : les Basques font de l’espionnage en France pour le roi d’Espagne.

Un génocide sous couvert de sorcellerie

Les uns après les autres, les villages voient des centaines de jeunes femmes arrêtées, interrogées et torturées. Ce ne sont même plus de simples villageoises envoyées vivantes au bûcher, mais des femmes de la haute société : femmes de notaires, de comptables… C’est à ce moment que la limite est franchie.

Quelques hommes puissants coupent le juge dans son élan. Les marins basques interviennent aussi à leur retour, alertés de la folie meurtrière qui terrasse leurs femmes.

Cette période voit également naître la période des Lumières, proche de la science, où bûcher rime avec barbarie. Mais le juge de Lancre ne sera jamais inquiété. Il finira d’ailleurs même conseiller du roi et membre du Conseil d’État.

En Espagne également, ce massacre est remis en question par le scepticisme de l’Inquisition espagnol. Celle-ci reçoit une lettre en mars 1610 confirmant que la chasse aux sorcières repose sur des mensonges. En effet, après plusieurs enquêtes, des incohérences entre les témoignages des accusées, ayant assisté aux mêmes rites, ont confirmé ces suspicions.

En 1614, un rapport du conseil suprême espagnol déclare qu’aucune condamnation ne peut avoir lieu avec de simples accusations. Il est alors décidé de suspendre tous les procès de Logroño en Espagne, ceux-ci ayant eu lieu après les enquêtes du juge de Lancre. Petit à petit, cette terrible chasse aux sorcières prend fin.

Un traumatisme honoré aujourd’hui

Cette tragédie confirme que le Pays basque, déjà au XVIIe siècle, avait ses propres lois, sa langue, sa culture, et qu’il ne se soumettait à aucune règle extérieure, sous aucun prétexte. Mais ce qui fut interprété comme de la sorcellerie n’était que purement culturel.

Dans la région de Navarre (Espagne), 1590 personnes ont été reconnues coupables de sorcellerie. En Guipuzcoa, 340 dites sorcières ont été démasquées. La grotte du village de Zugarramurdi est désormais connue pour avoir accueilli les soi-disant sabbats, et célèbre ses victimes encore aujourd’hui.

À Ciboure, les habitants fêtent une fois dans l’année la Sorgin Gaua (la nuit des sorcières), rendant hommage à ces femmes mortes pour avoir pratiqué, préservé et revendiqué leur culture.

 

Sources :

One Reply to “La chasse et les procès des sorcières basques”

  1. Je savais tout cela. J’habite Hendaye. Ma fille vit à irun a épousé un basque et enseigne le basque à hendaye (éducation nationale).

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