Les dernières grosses sorties de l’année 2025 disparaissant peu à peu du classement du box-office hebdomadaire, il est donc temps de dresser le bilan d’un box-office 2025 ayant connu quelques bouleversements majeurs dans l’Histoire du cinéma.
La Chine, surprise à relativiser
Commençons par l’éléphant dans la pièce. La Chine vient cette année de marquer l’Histoire du monde du cinéma. Ne Zha 2, suite du plus grand succès chinois de 2019, a réussi à se hisser au niveau des plus grands succès mondiaux de tous les temps. Il a ainsi amassé un peu plus de 2,2 milliards de dollars dans le monde et dépasse des films comme Star Wars : épisode VII – Le Réveil de la Force ou encore Avengers : Infinity War. Il finit à la 5ème place, derrière les mastodontes Avatar et Avengers : Endgame, et à une centaine de dollars de Titanic.
Le Top 10 n’était composé jusqu’à alors que de productions hollywoodiennes et il fallait se rendre à la 81ème place du classement pour retrouver une production autre qu’américaine avec le film La Bataille du lac Changjin, qui avait amassé autour de 900 millions de dollars de recettes l’année de sa sortie chinoise en 2021.

La puissance en termes d’entrées et de bénéfices que l’on peut trouver avec le marché chinois n’est plus à prouver. Les productions hollywoodiennes l’avaient déjà remarqué par le biais de films comme Venom en 2018 ou encore Fast and Furious: Hobbs and Shaw en 2019, dont environ 30% des bénéfices mondiaux avaient été récupérés sur le sol chinois.
Avec Ne Zha 2, le succès est ici retentissant, mais peut être relativisé en fonction du prisme choisi. En portant attention aux détails de ses recettes, on se rend vite compte que la quasi-totalité de l’argent engrangé provient du public chinois et seulement 3% provient du reste du monde. C’est là où l’analyse doit se faire.
En omettant les différents marchés, Ne Zha 2 est définitivement un tournant majeur de l’industrie. Toutefois, en les prenant en considération, cette surprise peut être contrebalancée. Car la puissance de l’industrie hollywoodienne réside dans sa manière de s’exporter et d’influencer notre manière de voir les films, amenant une hégémonie mondiale.

Avec Ne Zha 2, la Chine prouve que son marché est encore localisé sur son territoire. Le pays ne cherche pas pour autant à s’exporter, avec une distribution très peu exploitée pour une suite dont le premier avait eu une sortie très confidentielle dans le reste du monde.
On sent tout de même un changement de direction avec l’arrivée l’année précédente du jeu vidéo Black Myth : Wugon, jeu nous faisant découvrir une autre culture et amenant un vent frais dans une industrie qui se cherche. La prochaine étape pourrait donc être cette ouverture au monde pour concurrencer une industrie hollywoodienne à la puissance déclinante.
Walt Disney Pictures, un bilan mitigé
Les studios Walt Disney auront connu une année compliquée. Tout commence avec la sortie du très controversé Blanche-Neige de Marc Webb. Arlésienne pendant des années avec des changements créatifs conséquents à la suite de retours très négatifs sur Internet, le film a logiquement connu une sortie compliquée.
Les différentes sorties médiatiques de Rachel Zegler, actrice principale de l’adaptation, n’ont pas aidé et ont décuplé la déception qu’a été le film en engrangeant un peu plus de 200 millions de dollars. Cela n’a certainement pas dû rembourser les frais alloués au film qui atteindraient les 270 millions de dollars.

Etonnamment, la sortie en mai du remake de Lilo & Stitch ne suivra pas la même trajectoire, atteignant le milliard de recettes, en relançant au passage la Stitch Mania. En fin d’année, la sortie de Tron : Ares fut également une sortie de piste complète. Rappelant les prises de risque des studios Disney du début des années 2010 avant le rachat des studios Marvel, ce soft-reboot ne devint pas la surprise inattendue en ne gagnant qu’une poignée de centaines de millions de dollars.
Cela ternit encore un peu plus la carrière de Jared Leto qui enchaîne les débâcles artistiques depuis le début des années 2020 et qui endommage une image médiatique déjà controversée. Surtout que la concurrence était au rendez-vous avec la sortie de l’adaptation en prises de vues réelles de Dragons, amassant 636 millions de dollars au box-office mondial et renforçant la puissance de la marque forte des studios DreamWorks.

Du côté de l’animation, les studios Pixar confirment qu’en-dehors des suites de ses films culte, les autres propositions n’arrivent pas à prendre. La sortie du film d’animation Elio le prouve encore une fois en ne gagnant que 154 millions de dollars mondialement, ce qui ne rembourse pas les frais de production qui tournent généralement autour des 200 millions de dollars. Il nous reste à voir si Jumpers, la prochaine production originale de chez Pixar, suivra le même chemin tortueux.
C’est finalement le film d’animation annuel des studios d’animation Disney qui sauve la mise en dépassant les records détenus par la firme. Sorti fin novembre et toujours en salles, Zootopie 2 a défié toutes les attentes en titillant les 2 milliards de dollars au box-office mondial.
A noter les 600 millions de recettes sur le territoire chinois, prouvant que surfer sur l’année du serpent en l’incorporant au sein de son récit a abouti. Les studios Disney s’en sortent finalement avec les honneurs avec son rendez-vous familial de fin d’année, mais montrent que certains choix marketing ne marchent plus aujourd’hui.

Les surprises et la place de l’originalité
En début d’année sort Minecraft : Le Film. Véritable raz-de-marée médiatique, le film réussit contre toute attente à atteindre le milliard de dollars de recettes mondiales, affirmant un peu plus l’engouement autour de l’adaptation des franchises de jeux vidéo. Malgré les controverses et son statut lorgnant plus du phénomène de société que de la qualité intrinsèque de l’œuvre, le film se hisse ainsi dans le Top 5 du classement mondial, juste derrière Lilo & Stitch.
Cet évènement n’a pas pour autant totalement obscurci les autres sorties. Sinners, en salles durant la même période, réussit à se maintenir sur la durée pour finir à la 20ème place avec un peu plus de 369 millions de dollars. Cette production originale du réalisateur Ryan Coogler a ainsi prouvé qu’il y avait encore une place pour ce genre de propositions au sein d’une production hollywoodienne tournée vers les franchises et les films de super-héros.

C’est également le cas du film F1. Différent dans sa forme car tournant autour de la figure de sa star, Brad Pitt, le film de Joseph Kosinski arrive à atteindre les 630 millions de dollars de recettes mondiales. S’inscrivant clairement sur la fibre nostalgique des années 80/90 à l’instar d’un Top Gun Maverick, ce long-métrage de l’écurie Bruckheimer ouvre une nouvelle perspective de productions cinématographiques en reprenant le style de production des films d’un Tony Scott ou des débuts d’un Michael Bay. La confirmation qu’une suite de Top Gun Maverick est en cours de préproduction va dans ce sens. Il ne reste plus qu’à voir si cette fibre nostalgique perdurera.
Au sortir de l’été, la dernière production de Paul Thomas Anderson a également tenté de se trouver une place. Avec un budget estimé autour des 150 millions de dollars et d’une durée de 2h40 amenant son lot de risques, le long-métrage porté par Leonardo DiCaprio a réussi à atteindre les 200 millions de dollars de recettes mondiales. Même si le film n’a sûrement pas réussi à rembourser la totalité de son budget, il en reste tout de même une surprise et il faut rappeler que ses ambitions sont ailleurs.

Car se targuer durant les différentes cérémonies de récompenses de finir à la 27ème place du box-office mondial prouve malgré tout qu’il est possible de retrouver ce genre de productions au sein d’autres divertissements. C’est en cela qu’Une bataille après l’autre surprend.
Enfin, La Femme de ménage, adaptation de la série de livres au succès mondial, a également su déjouer les attentes. Porté par Sydney Sweeney et Amanda Seyfried, le film a tenu tête aux grosses productions de décembre et est encore aujourd’hui en salles en se rapprochant des 390 millions de dollars de recettes. Ce qui le place au-dessus de Sinners et juste en dessous de Captain America : Brave New World, affirmant sa pérennité avec le lancement de l’adaptation cinématographique de sa suite littéraire.
Les déceptions et la fin du chapitre super-héroïque
Si certains ont su tirer leur épingle du jeu en faisant face à la concurrence, d’autres n’ont pas eu cette chance. C’est le cas de Mickey 17, dernière proposition de Bong Joon Ho après le succès planétaire de Parasite. Enfermé dans un enfer de production pendant des années, le film voit finalement le jour en février, mais rate complètement son entrée en piste par rapport à un budget conséquent.
Le dernier volet de la série des Mission Impossible n’échappe pas non plus à la débâcle. Cette déception se trouve essentiellement au niveau du budget alloué et dans sa production mouvementée. Vu premièrement comme la suite directe de Dead Reckoning avec comme titre Mission : Impossible – Dead Reckoning Part Two, mais face aux résultats mitigés de son aîné, la production décide de remanier l’ensemble transformant le titre pour récupérer l’audience perdue.

Finalement nommé Mission : Impossible – The Final Reckoning, le film engrange quasiment 600 millions de dollars. Même si ces recettes rejoignent la moyenne de ce qu’a atteint la série par le passé à l’exception des résultats de Fallout, le film ne couvre pas pour autant un coût de production gargantuesque demandant une balance économique hors de portée de la franchise. Le fait qu’aucune suite n’a été annoncée depuis va sans doute dans le sens de cette perte de contrôle évidente.
Wicked – Partie II n’a pas non plus été épargné, même si les résultats sont loin d’être si décevants que ceux cités plus haut. Suite d’un des plus grands succès de 2024 et malgré un départ tonitruant, le film a connu une chute vertigineuse de 71,9% de recettes entre son deuxième week-end et celui de Thanksgiving aux Etats-Unis.
Détenant au passage la plus grande chute de l’Histoire, la suite réalisée par Jon Chu ne s’en relèvera pas et finira sa course à 528 millions de dollars accumulés. Score honorable, mais loin des promesses offertes par les 758 millions engrangés par le premier et du phénomène qui s’en est suivi.

Du côté des super-héros, une page se tourne véritablement. Les productions Marvel Studios n’ont pas su se démarquer au box-office, malgré un catalogue de trois films, chacun proposant des directions différentes. Les premiers pas des Quatre Fantastiques, les débuts de la nouvelle équipe d’Avengers, l’héritage de Captain America sous les traits de Sam Wilson… Aucun long-métrage n’a réellement performé au box-office mondial.
En définitif, pas de films de super-héros Marvel dans le Top 10, une première depuis le premier Avengers en 2012 et en excluant l’année 2020 où aucune production de Kevin Feige n’était sortie au cinéma. Les temps sont fondamentalement en train de changer et la période des films super-héroïques enchaînant chacun le milliard est révolue.
L’affront ultime vient même de la concurrence avec Superman, lancement en grande pompe de l’univers DC de James Gunn, qui finit devant les trois films Marvel Studios. Malgré cela, ce succès des studios Warner est à nuancer vu l’ambition affichée par la sortie de ce nouveau film sur l’Homme d’Acier.
Doté d’une communication se plaçant sur tous les fronts, on se demande devant le nombre d’articles stipulant le succès indéniable du film de James Gunn si cela ne cacherait pas une tout autre vérité. Celle d’un studio qui le voyait finir plus haut pour le grand lancement d’une nouvelle série de films interconnectés et qui tente envers et contre tout de nous faire croire le contraire. La sortie prochaine de Supergirl et de sa suite l’année prochaine nous indiqueront où tout cela nous mènera.

La valeur sûre des franchises
Ce classement de l’année 2025 confirme que les franchises possèdent toujours une assurance certaine à la santé des productions hollywoodiennes dans le monde. Le dernier-né de la série Jurassic World se place à la 6ème place du box-office mondial avec un total avoisinant les 870 millions de dollars. Même si les recettes sont moindres que celles de la trilogie lancée en 2015, son coût de production lui permet de rester dans le vert et de maintenir la franchise à flot avec l’annonce récente de sa suite.
Le nouvel épisode de la franchise Conjuring a réussi à dépasser le précédent record de la série produite par James Wan en le doublant rien que durant son premier week-end d’exploitation aux Etats-Unis. Il devient ainsi le plus grand succès de l’univers. Le retour de la série des Destination Finale a également porté ses fruits avec Destination Finale : Bloodlines qui devient au passage le plus grand succès de cet univers culte des années 2000.

On notera également la place des adaptations animées de manga avec la dernière sortie de la série de films tournant autour de Demon Slayer avec Kimetsu no Yaiba, le film : La Forteresse infinie. Ce premier épisode d’une future trilogie se hisse à la 7ème place du classement, nous rappelant au passage la puissance culturelle japonaise au sein de la production mondiale.
Ce succès s’est également reflété en France, pays très féru de cet univers et du manga en général, et où l’on constate que les franchises à succès ont également une place déterminante. Il n’y a qu’à voir du côté de la série de films Les Tuche. Sortie en février, la cinquième itération a réussi à relancer l’engouement autour de la famille française en finissant 3ème de la série au niveau des entrées.

On ne pourrait pas terminer sans mentionner le retour de la franchise culte de James Cameron avec Avatar : De feu et de cendres. Suite directe du film de 2022, ce troisième volet a réussi à dépasser le milliard de dollars de recettes et se rapproche maintenant des 1,5 milliards qu’il n’atteindra sûrement pas. Malgré ce succès le plaçant en bas du podium de l’année 2025, les doutes demeurent au niveau de l’avenir de la série.
Il est vrai que passer après le résultat stratosphérique d’Avatar : La Voie de l’eau n’était pas chose aisée, surtout que cette suite du film de 2009 avait pour elle l’attente et le gap numérique indéniable générés par ces années d’absence. Mais la différence est notable entre ces deux opus, qui s’évalue aux alentours de 900 millions de dollars, et démontre d’un engouement moindre.
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Néanmoins, la série possède toujours une forte présence au sein d’une industrie qui cherche à essorer ses franchises jusqu’à la moelle en imposant une durée de production conséquente. Celle de James Cameron préfère peaufiner chaque opus pour délivrer une expérience unique.
C’est pour cela que la franchise reste quand même une valeur sûre. Si une suite verra certainement le jour dans les années à venir, on se demande quelle forme elle prendra et qui en assurera la charge.
Le bilan de cette année 2025 présente une situation contrastée. D’une part, le box-office mondial démontre une certaine continuité avec les années précédentes, mais de l’autre, en s’y intéressant de plus près, quelque chose de nouveau se met en place. L’hégémonie sans partage des super-héros est terminée et de nouveaux acteurs entrent en scène. Il ne reste plus qu’à voir si tout cela changera réellement notre manière de voir des films.

Sources :


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