Serge Gainsbourg en cinq moments clés de sa vie et de sa carrière !

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Qu’on aime ou que l’on déteste Serge Gainsbourg, ses textes restent inscrits profondément dans la culture française. Il a inspiré et inspire toujours de nombreux artistes qui ont su eux-mêmes se faire un nom dans la chanson. Il y a tout juste trente ans, ce grand poète s’éteignait dans sa maison rue Verneuil… Revenons ensemble sur cinq points marquants de sa vie et de sa carrière !

Une jeunesse sous l’occupation nazie

En 1919, Joseph Ginsburg et Olga (Brucha Goda Besman) fuient la guerre et la dictature bolchévique en quittant l’Ukraine. Ils s’exilent dans un premier temps en Géorgie, puis à Istanbul, avant de débarquer le 25 mars 1921 à Marseille puis de s’installer à Paris. Joseph devient alors pianiste de bar et de cabaret tandis qu’Olga chante au conservatoire russe. Après la naissance de deux enfants (Marcel meurt cependant très jeune), c’est finalement en 1928 que naissent les faux jumeaux, Liliane et Lucien (Serge Gainsbourg) !

Le jeune Lucien s’intéresse rapidement au monde de l’art. Son père lui enseigne le piano, lui montre la peinture et le trimballe un peu partout lors de ses tournées. Mais peu à peu la situation politique mondiale se dégrade, et la Seconde Guerre mondiale éclate… La famille Ginsburg est juive et la pression exercée autour d’eux est de plus en plus pesante.

Lucien Ginsburg, Réfugié à Limoges
Lucien Ginsburg, Réfugié à Limoges

En 1941, ils quittent provisoirement Paris pour se réfugier dans la Sarthe. Mais cela ne change pas grand chose. Les juifs sont alors interdits d’exercer des métiers artistiques et Joseph se dirige vers la zone libre afin de continuer à gagner un peu d’argent. Face aux contrôles de police de plus en plus fréquents, la petite famille ne tarde pas à le rejoindre en 1944. On cache alors les filles chez les religieuses de l’école du Sacré-Cœur à Limoges, tandis que Lucien rejoint un collège jésuite sous une fausse identité.

Mais un soir, la Gestapo décide de fouiller l’établissement à la recherche d’enfants juifs. Afin de le protéger, les responsables en charge de Lucien l’envoient seul se cacher dans la forêt. Pendant une nuit entière, il restera errant dans les bois, la peur au ventre d’être capturé puis exécuté…

De Lucien à Serge Gainsbourg

Longtemps en échec scolaire, il préfère s’inscrire aux Beaux-Arts et se diriger vers la peinture, sans pour autant poursuivre son cursus jusqu’à la fin à cause du peu de débouchés. En 1948, il part faire son service militaire au sein du 93e régiment d’infanterie. Son insolence et son refus de soumission le conduisent en permanence au trou. Puni de permission, il passera de longs moments à se saouler avec les autres, développant dès lors la consommation d’alcool qu’on lui connaît. C’est également à cette période qu’il apprend à jouer de la guitare.

En regagnant la vie civile, il vit de petits métiers mais essentiellement de sa peinture, sans arrêter de fréquenter les salles de concerts. En 1954, il devient crooner de piano-bar dans les mêmes lieux où il accompagnait son père à l’époque. Il commence à déposer ses morceaux à la SACEM, d’abord sous son vrai nom, puis sous couvert de plusieurs pseudonymes avant de s’arrêter définitivement sur celui de Serge Gainsbourg en 1957.

En 1955, Francis Claude, directeur artistique du cabaret Milord l’Arsouille (où Boris Vian se produit notamment sous le regard fasciné de Lucien), engage Serge Gainsbourg comme pianiste d’ambiance et pour accompagner à la guitare la chanteuse Michèle Arnaud. Un jour, Michèle et Francis découvrent avec surprise ses compositions et poussent alors Gainsbourg sur scène. Le jeune homme, peu à l’aise, interprète alors ses créations, dont Le Poinçonneur des Lilas !

Malgré l’engouement de certains artistes pour ses compositions, ses deux premiers albums n’ont pas de succès. Il faut attendre 1960, avec L’eau à la bouche (chanson-titre du film du même nom), vendu à 100 000 exemplaires, pour voir un peu plus Gainsbourg sur le devant de la scène !

Gainsbourg écrit pour les autres

La liste de ses compositions pour d’autres artistes est grande. On lui connaît de nombreux succès comme avec Françoise Hardy (Comment te dire adieu) et surtout France Gall avec le titre Poupée de cire, poupée de son qui remporte l’Eurovision 1965 !

On retrouve également ses textes avec les artistes Anna Karina, Dalida, Catherine Deneuve, Vanessa Paradis, Claude François, Alain Bashung, ou encore Eddy Mitchell pour ne pas tous les citer. N’oublions pas non plus ses magnifiques duos avec Brigitte Bardot, Jane Birkin ou encore sa talentueuse fille Charlotte Gainsbourg !

Jane Birkin et Serge Gainsbourg.
Jane Birkin et Serge Gainsbourg.

Provocations et scandales

Si les chansons de Gainsbourg résonnent comme un coup de tonnerre dans le monde de la chanson française, ses apparitions télévisuelles ne laissent également personne de marbre. L’artiste clivant a souvent choqué le public sur les plateaux télé, se montrant parfois alcoolisé. On se rappelle tous du scandale chez Michel Drucker dans Champs Elysées, où la très jeune invitée Whitney Houston se retrouve en proie aux commentaires déplacés du chanteur un peu ivre. Elle finit d’ailleurs par quitter le plateau, outrée, sous les tentatives désespérées du présentateur gêné.

Dans l’émission Mon Zénith à moi en 1987, c’est Catherine Ringer qui est l’objet des insultes de Gainsbourg. Entre 1976 et 1982, elle est actrice dans une vingtaine de films pornographiques. Alors assise aux côtés du chanteur devant les caméras, elle est obligée de faire face aux insultes bafouillantes de l’homme bloqué sur son seul point de vue.

Un autre gros scandale plus politique cette fois, c’est en 1984 lors de l’émission 7/7 présentée par Jean-Luis Burgat. En plein milieu d’une discussion à propos des impôts, Gainsbourg sort un billet de 500 francs de sa poche et le brûle avec un briquet. Il veut condamner « le racket des impôts » et estime également que l’impôt « c’est pas pour les pauvres, c’est pour le nucléaire ». Le reste du billet a plus tard été mis aux enchères et acheté pour 5000 euros !

Une dernière polémique que nous traiterons ici : la Marseillaise version reggae qui n’a pas plu aux militaires ! En 1980, Gainsbourg est en tournée pour son album Aux armes et cætera. Il doit annuler son concert à Strasbourg car son interprétation de la Marseillaise fait scandale auprès de certains anciens paras. Mais Serge Gainsbourg monte tout de même sur scène et entonne seul l’hymne national devant 3 000 personnes dont 200 militaires mécontents.

Si ces interventions polémiques ne sont pas les seules, ce sont les plus connues associées au personnage de Gainsbourg.

Le 5 bis rue de Verneuil

Serge Gainsbourg, 5 bis rue de Verneuil (Tony Frank)
Serge Gainsbourg, 5 bis rue de Verneuil (Tony Frank)

Serge Gainsbourg est mort à son domicile, dans sa maison au 5 bis rue de Verneuil le 2 mars 1991. La maison était depuis restée quasiment intacte, au point même où son zippo et ses mégos étaient encore en place. Sur la façade, on observe de nombreux hommages tagués ou des fleurs déposées à l’entrée. Longtemps fermé au public, Charlotte Gainsbourg voudrait ouvrir les portes de l’établissement pour la première fois en fin d’année. Elle explique la réflexion de son projet dans une interview pour l’AFP :

« C’est en cours. Dans les dix premières années, quand j’étais la plus sûre du projet, c’était très compliqué à faire aboutir. Et après, j’ai fait marche arrière parce que c’était un peu ce qui me restait de lui, donc je le gardais comme un trésor. Mais quand je suis partie à New York il y a six ans, j’ai pris de la distance et j’ai compris qu’il fallait que ça se fasse. Pour les gens, mais aussi pour ma santé mentale, il faut que j’arrive à m’en détacher. Il faut que ce soit un lieu vraiment ancré dans le patrimoine parisien, que ce soit accessible. »

Quelques chansons emblématiques

La recette de l’Amour fou

Bonnie and Clyde avec Brigitte Bardot

Je t’aime… moi non plus avec Jane Birkin

Malgré les polémiques, on ne peut nier que Serge Gainsbourg est un artiste monumental pour la chanson française. On retrouve les textes et compositions de l’homme à tête de chou inscrits durablement dans notre patrimoine. Aujourd’hui, sa fille Charlotte Gainsbourg révèle aussi de nombreuses et magnifiques œuvres…

Sources :

https://www.lefigaro.fr/culture/un-billet-de-500-francs-dechire-par-gainsbourg-vendu-aux-encheres-20190618

https://www.lepoint.fr/people/quand-gainsbourg-faisait-scandale-en-proposant-a-whitney-houston-de-la-baiser-12-02-2012-1430713_2116.php

https://www.lepoint.fr/societe/rue-de-verneuil-a-paris-on-est-tous-venus-chercher-un-peu-de-gainsbourg-02-03-2021-2416102_23.php

https://france3-regions.francetvinfo.fr/grand-est/bas-rhin/strasbourg-0/temoignages-strasbourg-le-4-janvier-1980-gainsbourg-brave-les-paras-et-chante-la-marseillaise-a-cappella-1977754.html

https://www.franceculture.fr/architecture/gainsbourg-rue-de-verneuil-tout-est-presque-reste-tel-quel-trente-ans-apres-sa-disparition

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Maurane Charles

Étudiante chercheuse en Histoire Contemporaine - Passionnée de littérature, de musique, de cinéma.
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