Aujourd’hui, partons à la découverte des poulbots de Montmartre !

Surmontée par le Sacré-Cœur, la colline de Montmartre est le lieu de nombreuses histoires depuis le XIXe siècle. Celles-ci sont illustrées par les personnages hauts en couleur qui ont peuplé la butte de Montmartre. Intéressons-nous aujourd’hui aux poulbots, ces gamins qui ont suivi les gavroches de Victor Hugo.

Montmartre, terrain de jeux de nombreux gamins 

Montmartre n’a pas toujours été cette colline touristique, ce quartier un peu huppé. En 1860, lors de l’annexion de la butte de Montmartre à la ville de Paris, le quartier devient le refuge des Parisiens les plus pauvres, chassés par les travaux d’Haussmann. Le village devient alors un amas de maisons de fortune, occupé par des chiffonniers et des ferrailleurs. C’est également un lieu où les voleurs peuvent venir se cacher et où la jeunesse n’inspire pas forcément confiance. Montmartre reste néanmoins un village avec son identité propre qui attire de nombreux artistes tels que Renoir, Utrillo, Picasso…

Parmi la population de Montmartre, on trouve bien évidemment les enfants, jouant dans les rues, auxquels on a ensuite donné plusieurs surnoms : « gamins », « titis »,  « apaches », « gavroches », « poulbots ». Les « gamins » marquaient déjà cette appartenance particulière à un clan, si l’on en croit Victor Hugo qui écrit dans Les Misérables :

« La gaminerie parisienne est presque une caste. On pourrait dire : n’en est pas qui veut. Ce mot, gamin, fut imprimé pour la première fois et arriva de la langue populaire dans la langue littéraire en 1834. C’est dans un opuscule intitulé Claude Gueux que ce mot fit son apparition. Le scandale fut vif. Le mot a passé. » (Victor Hugo, Les Misérables : Tome III Marius – Livre Premier : Paris étudié dans son atome – Chapitre 7. Le gamin aurait sa place dans les classifications de l’Inde).

C’est ensuite l’œuvre de Victor Hugo qui donne le nom de « gavroches » aux enfants de Montmartre. Mais alors, le terme « poulbot », inventé plus tard.. D’où vient-il ?

L’histoire des poulbots à travers celle de leur dessinateur

Le mot « poulbots » vient de celui qui, le premier, les a dessinés : Francisque Poulbot. Né en 1879, Poulbot est le fils de deux instituteurs. Après avoir échoué au bac, il devient élève libre aux Beaux-Arts. En 1900, ses dessins commencent à intéresser et à être publiés dans la presse. Il s’installe à Montmartre, où il décore des cabarets. Il commence alors à croquer ce gamin de Montmartre, alors appelé « gavroche », à la fois insolent et touchant.

Dessin Poulbot
« Touchez-y à mon chien, j’vous fais bouffer par lui ». Dessin de Francisque Poulbot.

En 1914, il se marie, juste avant de partir au front. Un an après, il se fait réformer et dessine des affiches patriotiques (qui lui vaudront d’être assigné à résidence pendant la Seconde Guerre mondiale), ainsi que des cartes postales.

Dessin de Poulbot - 1915
« Là c’est un boche, je lui mets des fleurs tout de même » – Dessin de Francisque Poulbot – 1915.

Poulbot, le père des gosses

En 1920, Poulbot s’associe avec trois autres amis pour créer la République de Montmartre, toujours active aujourd’hui. Cette république est créée à l’origine « pour rire », en réunissant divers artistes, dessinateurs, peintres, etc. Cependant, derrière cette apparence facétieuse, se cache un objectif bien plus sérieux : venir en aide aux enfants nécessiteux. Cela commence en 1923 par la création d’un dispensaire, « Les P’tits Poulbots », rue Lepic, devenu ensuite une association qui existe encore. Les dessins de Francisque Poulbot, pleins de compassion pour les enfants nécessiteux de Montmartre, ainsi que son engagement pour eux, lui ont valu le surnom de « père des gosses ».

Dessin de Poulbot
« On dort pas bien à l’hôpital, les lits sont trop mous » – Dessin de Francisque Poulbot.

Francisque Poulbot a aussi illustré de nombreux magazines, tels que « L’Assiette au beurre », des affiches pour Le Bon Marché, Le Moulin de la Galette, etc. Enfin, il a également dessiné Poil de Carotte de Jules Renard. Poulbot était donc un pilier de Montmartre, un homme plein de compassion pour les enfants de cette colline, et surtout un illustrateur reconnu. Son nom a été donné aux enfants de Paris, et il méritait bien cette distinction particulière.

Un petit hommage au « Père des gosses » n’est pas de trop. Après lui, le terme « poulbot » a ensuite désigné tout enfant parisien aux grands yeux, quel que soit leur dessinateur. Mais vous, vous saurez qui sont les vrais poulbots : ceux dessinés par Francisque Poulbot, dans un style à la fois émouvant, amusant et touchant. 

 

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