« Lupin III », l’animé au casting cinq étoiles

"Lupin III", l'animé au casting cinq étoiles

« C’est le plus grand des voleurs, oui mais c’est un gentleman » chantait Jacques Dutronc en 1975. Si la chanson n’a pas traversé le monde, le héros qui l’a inspirée, Arsène Lupin, est devenu quant à lui une star internationale. Ainsi, outre les nombreux films et séries qui le mettent en scène, le personnage de Maurice Leblanc a même eu droit à une adaptation en manga réalisée par Monkey Punch dans le Weekly Manga Action (Lone Wolf and Cub). Sortie en 1967, l’œuvre  a connu un tel succès que son adaptation en animé s’étend sur plus de 50 ans, de 1971 à nos jours.

Synopsis : Lupin, comme son illustre ancêtre, voyage dans le monde entier pour se livrer à son loisir favori : le cambriolage. Lui et sa bande ont ainsi visité de nombreux pays, traquant sans relâche les trésors les plus inestimables. Avec ses collègues Jigen, Goemon et Fujiko, ils sont toujours suivis au cours des épisodes par l’inspecteur Koichi Zenigata. Le rêve le plus cher de ce dernier est de capturer Lupin.

Création du personnage

Lors de sa création, Monkey Punch décide de redonner un coup de jeune à la vieille figure d’Arsène. Exit le haut-de forme, la moustache et le monocle. Bienvenue à la veste de costume et à un visage séduisant. Monkey Punch s’inspire d’ailleurs ouvertement des traits de Belmondo pour son personnage, comme Buichi Terasawa le fera pour Cobra. Et si Lupin III peut parfois rappeler Ryo Saeba (Nicky Larson) dans son caractère, ce n’est pas vraiment un hasard. Tous deux dragueurs invétérés, hommes d’action doués et joviaux, ils ont la même origine. En effet, notre Nicky est inspiré par le personnage de Masato Kamiya de Cat’s Eyes, dont le métier de reporter le jour ne sert qu’à dissimuler ses activités de… gentleman-cambrioleur la nuit !

Coup du destin, hasard ou suite logique des choses… La voix japonaise de Lupin III sera incarnée par Yasuo Yamade jusqu’à sa mort en 1995. Le doubleur japonais, très talentueux, se trouve également être la voix japonaise de Clint Eastwood et d’un certain… Jean-Paul Belmondo.

Présence en France

Avec ses origines françaises inspirées par le célèbre héros de Maurice Leblanc, Lupin III était certain de conquérir notre cœur. Mais si le public aime les aventures de Lupin, ce n’est pas le cas des ayants droit de Maurice Leblanc, qui demandent au personnage de changer de nom. En conséquence, les droits d’auteur n’ayant jamais été discutés, Lupin devient « Edgar » en France. Ses comparses passent également à la moulinette. Jigen devient Isidore, Fujiko devient Magalie et Zenigata devient Gaston Lecogne. Seul Goemon Ishikawa XIII devient Goemon Yokitori, pour d’obscures raisons (un lien avec les Yakitori, élément culinaire japonais connu en France ?). Néanmoins, un accord est trouvé et Edgar reste bien Lupin au Japon.

Détective ?

En 2012, 70 ans après la mort de Maurice Leblanc, ses œuvres tombent dans le domaine public et Arsène peut enfin récupérer son nom en France. Malgré son vieil âge, la figure du gentleman cambrioleur continue de fasciner l’hexagone. Et la version japonaise de Monkey Punch ne fait pas exception à la règle. Sauf qu’entre temps, c’est un véritable raz-de-marée de contenu qui a vu le jour ! Désormais, Lupin III règne en maître.

La série de 1971 à 1985

Dans l’animé qui débute en 1971, Lupin III prend ses distances avec le héros de manga jugé trop sombre. S’il garde ses activités illégales et sa capacité à se déguiser, sa personnalité malicieuse et sa capacité de se sortir de tous les mauvais coups est mise en avant. Les trois premières saisons sont réalisées dans les années 70 et 80, différenciables grâce à la couleur de la veste du héros. Rappelant la trilogie Cornetto d’Edgar Wright, la veste passe donc de verte dans la saison 1 (23 épisodes), à rouge dans la saison 2 (155 épisodes) et enfin rose dans la saison 3 (50 épisodes).

Dès la première saison, le réalisateur Masaaki Osumi ne convainc pas le public mais refuse de modifier ses épisodes pour lui plaire. Il est alors remplacé au pied levé par deux animateurs débutants à la réalisation… Hayao Miyazaki et Isao Takahata. Ces derniers, 15 ans avant la création du studio Ghibli, acceptent de porter le projet. Ils effectuent immédiatement les modifications nécessaires. Le ton de l’animé devient plus positif et enjoué, tout en essayant de séduire un public adulte pour la première fois dans l’histoire de l’animation. Et ça marche. La transition entre les épisodes d’Osumi et de Miyazaki/Takahata a beau être bancale, la nouvelle direction artistique engrange un véritable enthousiasme.

La première saison connait un tel succès qu’elle a marqué toute une génération de spectateurs et de futurs artistes. Ainsi, Shinichirō Watanabe (Samurai champloo, Terror in Resonnance) déclarera avoir été énormément influencé par cette saison pour la création de CowBoy Bebop. De même, le mangaka Naoki Urasawa dira que le héros de Miyazaki et Takahata est le « vrai Lupin ».

En fait, j’ai l’impression qu’il existe des Lupins complètement différents : le personnage original du manga, le personnage de Miyazaki et toutes les séries ultérieures. Ce sont juste des personnes différentes. Le vrai Lupin pour moi est celui créé par Miyazaki. Suite à cela, j’ai l’impression que ce n’est pas tout à fait correct, Lupin ne ferait pas ça. Beaucoup de mes assistants ressentent également la même chose. Donc j’ai l’impression que c’est moi qui comprends Lupin le mieux et comme ils sont d’accord avec moi, ils disent « Pourquoi ne fais-tu pas un remake ? »

Naoki Urasawa

La série de 2012 à 2021

En 2012, pour les 40 ans de Lupin III, une nouvelle série de 13 épisodes voit le jour : Une femme nommée Fujiko Mine. À la réalisation, Sayo Yamamoto. Cette jeune réalisatrice qui s’est présentée à Satoshi Kon dès ses études terminées et qui a été embauchée par Madhouse n’a peur de rien. Elle a alors réalisé les génériques de l’Attaque des Titans, Psycho-Pass et Space Dandy. Rien que ça. Et elle a même dirigé sa première série : Michiko to Hatchin. Celle qui réalisera Yuri on Ice quelques années plus tard s’attelle alors à renouveler Lupin III… Sous un autre angle. En effet, la série renaît de ses cendres sous un jour définitivement plus féminin et sensuel. C’est Fujiko la maîtresse et mutine adversaire de Lupin III qui devient l’héroïne de cette série. Shinichirō Watanabe, collaborateur de longue date de Sayo Yamamoto, produira toute la musique de cette saison.

En 2015 naît la partie 4 : L’Aventure Italienne. Cette dernière comporte 24 épisodes et est un mélange hétérogène de toutes les versions de Lupin III ayant existé jusqu’ici. Elle reçoit un accueil plutôt favorable. La partie 5 continue sur sa lancée européenne et place son intrigue en France, dans une ambiance plus sérieuse. Cette saison de 24 épisodes contient notamment l’épisode des 50 ans du manga, réalisé pour l’occasion par Monkey Punch lui-même.

Enfin, en 2021 sort la sixième et dernière saison actuelle de Lupin III. Globalement, la série moderne est très appréciée des fans, qui notent chaque saison entre 7 et 8 sur 10 sur Sens Critique.

Les films

Suite au succès de la série animée, plusieurs films sont réalisés pour le cinéma. Les projets sont ambitieux et c’est une véritable liste de réalisateurs stars qui se relaieront sur douze longs-métrages. Parmi eux :

  • Sōji Yoshikawa ( City Hunter, Ashita No Joe, Belle et Sébastien)
  • Hayao Miyazaki (Le Voyage de Chihiro, Princesse Mononoke, Porco Rosso)
  • Seijun Suzuki (Histoire d’une Prostituée, Yumeji)
  • Shunya Itō (La Femme Scorpion, Adieu, Nostradamus!)
  • Takeshi Koike (Animatrix, Redline)
  • Takashi Yamazaki (Godzilla Minus One, Stand by me Doraemon)
Le château de Cagliostro, de Miyazaki, film de Lupin III

Et comme toute star, Lupin III était destiné à rencontrer d’autres célébrités. En effet, il se bat contre Détective Conan en 2013 et défie même le fameux trio de voleuses de Cat’s Eyes dans le dernier film en date (2023). À cela s’ajoutent 28 téléfilms qui sont produits entre 1989 et 2019, 13 jeux vidéos, 4 OAV et deux films en prise de vue réelle…

Avec ses personnages attachants, son humour caustique et son ambiance bon enfant, Lupin III a su séduire un public familial et fidèle sur deux générations, attaquant même  tranquillement la troisième. Et si le nombre d’œuvres adaptées peut paraître intimidant, il faut au contraire y voir une infinité de possibilités. Dans ce vivier d’artistes incroyables qui ont prêté leur talent au gentleman cambrioleur, vous saurez toujours trouver une nouvelle pépite, un épisode oublié, un film sous-coté ou même, pourquoi pas, votre prochaine série préférée.

 

Sources :

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