Klaus Barbie : retour sur sa traque et sur son arrestation spectaculaire

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Klaus Barbie. Ce nom vous donne des frissons ? C’est normal ! Cet homme a marqué son nom dans l’histoire du monde nazi en traçant sa réputation dans le sang et la mort. Nous sommes le 25 janvier 1983. Une dizaine d’années après avoir été identifié, le « Boucher de Lyon » est enfin arrêté en Bolivie.

La naissance du « Boucher de Lyon »

En 1933, les jeunesses hitlériennes accueillent dans leurs rangs un jeune homme du nom de Klaus Barbie. C’est le début pour lui d’une longue carrière exemplaire en tant que nazi. Il ne tarde pas en 1935 à entrer dans la SS pour travailler dans la sécurité. Quelques années plus tard, c’est donc sans surprise qu’il adhère au parti nazi, à tout juste 23 ans.

De Klaus Barbie à Klaus Altmann - Mémoires de Guerre

Mais c’est en tant que chef de la Gestapo de Lyon qu’il obtient sa notoriété auprès du parti nazi et forge sa réputation de « Boucher de Lyon« . Reconnu pour ses missions effectuées sur plusieurs fronts, maîtrisant le français, il est promu en février 1943 chef de la Gestapo de Lyon. Jusqu’en 1944, il organise la rafle de milliers de Juifs, l’arrestation et la torture de nombreux résistants, dont celle de Jean Moulin.

Rien ne l’arrête, pas même les 44 enfants juifs de la colonie de réfugiés d’Izieu qu’il envoie sans hésiter à Auschwitz le 6 avril 1944. Durant le procès, les témoignages s’enchaînent, révélant les détails sordides des actions et décisions de Klaus Barbie.

Alors que les alliés progressent et que la guerre bascule, il persiste jusqu’au bout et envoie un dernier train à destination d’Auschwitz, avec à son bord 656 personnes.

Comme beaucoup d’autres criminels nazis, il parvient à s’échapper à la fin de la guerre. Il quitte Lyon et réussit à regagner l’Allemagne…

Les années de cavale de Klaus Barbie, alias Klaus Altmann

Barbie, un outil précieux ?

Klaus Barbie finit donc la guerre dans son pays natal. Pendant deux ans, alors que les polices française et américaine le cherchent, il se cache derrière plusieurs identités : Becker, Spier, Klein, Mayer ou Merthens. Mais les procès de Nuremberg en 1945-1946 entravent la concentration immédiate des forces sur la recherche de Klaus Barbie.

Une autre guerre entre alors en jeu dans cette affaire, celle contre le communisme. Klaus Barbie devient alors un outil précieux aux yeux des alliés qui cherchent des Allemands expérimentés pour infiltrer les zones de l’Allemagne influencées par les Soviétiques. En mars 1947, le C.I.C (Counter Intelligence Corps) le recrute. Il devient alors l’agent X-3054 du service de renseignements de l’Armée de terre des États-Unis, protégé désormais par le C.I.C alors que la France le recherche.

En 1948, le procès controversé de René Hardy s’ouvre en France. Il est accusé d’avoir révélé le lieu de la réunion de résistants dans la maison du Docteur Dugoujon à Caluire. Le nom de Klaus Barbie refait alors surface. C’est lui qui, en 1943, procède à l’arrestation de Caluire et à la capture de Jean Moulin.

On souhaite donc l’entendre au procès et on le localise en Allemagne. Mais la France se butte à la nouvelle protection des Américains autour du « Boucher de Lyon », la C.I.C encadre l’interrogatoire. Malgré plusieurs demandes d’extradition de la France aux Américains, ces derniers prétendent « ne pas savoir où il est ».

René Hardy dans le box des accusés, le 20 janvier 1947. Photo © AFP
René Hardy dans le box des accusés, le 20 janvier 1947. Photo © AFP

La Bolivie : paradis nazi

Mais en réalité, les Américains décident d’exfiltrer Klaus Barbie à l’aide du père Krunoslav Draganovic, pourtant surveillé et recherché pour crimes de guerre. Ce prêtre croate catholique monte après la Seconde Guerre mondiale un réseau d’exfiltration des nazis (la ratline) dans un institut à Rome. Klaus Barbie devient Klaus Altmann.

Le religieux s’occupe alors de tous les papiers. Le nazi et sa famille embarquent le 23 mars 1951 pour l’Amérique latine depuis l’Italie, comme de nombreux autres criminels de guerre avant lui.

Klaus Altmann se construit alors une nouvelle vie en Bolivie, où il monte une scierie et fabrique des planches. Il côtoie des Juifs et des Indiens au quotidien et pourtant, les habitudes ont la vie dure. Il marque par exemple à la craie chaque dix planches comptées par une croix gammée.

Mais Klaus Barbie se plaît dans ce pays, jusqu’à officialiser sa nationalité en 1957. Pourtant, son passé n’est pas oublié : tantôt un atout, tantôt un criminel selon les pays. C’est ainsi qu’au milieu des années 1960, le service d’espionnage allemand le contacte afin d’en savoir plus sur la situation politique de la Bolivie. La collaboration est courte lorsque le service prend conscience de qui est réellement Klaus Barbie et le laisse finalement à sa vie bolivienne.

Le nazi grimpe rapidement dans les hautes sphères, jusqu’à côtoyer de près le nouveau président bolivien, René Barrientos, anticommuniste et officier militaire soutenu par les Américains. Il parvient à obtenir un passeport diplomatique et voyage tranquillement dans plusieurs pays.

En 1971, il soutient le coup d’État d’Hugo Banzer et crée une organisation paramilitaire pour le protéger. Klaus Barbie est promu colonel honoraire de l’armée et Banzer s’assure en retour de sa protection. Le nazi met au service du dictateur, ses conseils sur les moyens de « faire parler les gens ».

Pendant ce temps, les services secrets français reçoivent l’information : Klaus Barbie est à La Paz. Mais ils n’ont pas les pouvoirs d’enclencher des démarches officielles et ne disent rien.

Klaus Barbie démasqué

La traque par le couple Klarsfeld

C’est le célèbre couple de chasseurs de nazis, Beate et Serge Klarsfeld qui font basculer cette histoire. Leurs actions percutent l’opinion publique et font réagir presses et gouvernements.

Beate et Serge Klarsfeld aux obsèques de Xavier Vallat, ancien commissaire aux questions juives, à Pailharès, en 1972.
Beate et Serge Klarsfeld aux obsèques de Xavier Vallat, ancien commissaire aux questions juives, à Pailharès, en 1972. Photo Elie Kagan.BDIC

Leur nouvelle cible est Klaus Barbie. Ils se servent en premier lieu de la presse pour rappeler à la population les actes monstrueux dont est parée la vie de Barbie. Il faut à présent le trouver.

Le couple trouve une photo étrange… Il s’agit d’une réunion de la Trans Maritima, prise en Bolivie quelques années auparavant, à laquelle semble participer Klaus Barbie. On compare les photos : c’est effectivement lui. Le couple diffuse l’information seulement au gouvernement d’abord. Face à l’inaction de ce dernier, ils mobilisent la presse française en 1972.

L’identification : comment Klaus Barbie fut piégé ?

Le 31 janvier, une équipe de journalistes français s’envole pour la Bolivie, toujours sous le contrôle du dictateur Banzer. Portée par Ladislas de Hoyos, l’équipe de presse enquête pour trouver Barbie. En France, le gouvernement a finalement demandé l’extradition du suspect à la Bolivie : aucune réponse.

Mais l’équipe de télévision française parvient à trouver un contact clef la menant à Barbie. Klaus Altmann accepte un entretien, sous de nombreuses conditions : une interview surveillée par des soldats boliviens au ministère, dont les questions doivent être transmises en amont et posées seulement en espagnol.

Le 2 février, Ladislas de Hoyos entre dans la petite pièce dédiée à l’interview. Trois, deux, un… la caméra s’enclenche. Mais le journaliste pose le décor. Il enfreint les règles et parle au petit homme devant lui en allemand. Altmann ne se formalise pas. C’est alors que le journaliste tente de lui poser une question : « N’êtes-vous jamais allé à Lyon ? », en français ! Du tac au tac, sans hésitation, le « Bolivien » censé ignorer le français donne une réponse en allemand. Il a parfaitement bien compris la question !

Mais Ladislas de Hoyos ne s’arrête pas là. Il tend à Klaus Altmann une photo de Jean Moulin qu’il saisit. La réponse importe peu, le journaliste vient de piéger une seconde fois l’homme ! Les doigts d’Altmann laissent leurs empreintes sur le portrait de Jean Moulin, des preuves inestimables pour l’identification de Klaus Barbie.

Après l’interview, la tension grimpe d’un coup. Les hommes se regardent, il faut mettre les bobines en lieu sûr. Tout de suite. Les Boliviens s’approchent du cameraman, Christian Van Ryswick, pour récupérer les bobines afin de « développer à leurs frais » le film. Il leur remet deux bobines vierges tandis que Ladislas de Hoyos est déjà parti, le trésor avec lui, pour le remettre à l’Ambassade de France.

La révélation

Le lendemain, le journaliste retourne voir Barbie qui le menace doucement. Les journalistes rentrent en France. L’interview est diffusée à toute la population sur antenne 2 et l’identité de Klaus Barbie est révélée. Mais la Bolivie fait la sourde oreille.

Malgré les demandes d’extradition de la France et la lettre de Pompidou au dictateur Banzer, l’extradition de Barbie reste sans succès. Le couple Karlsfeld tente alors d’organiser l’enlèvement du criminel, mais un accident de voiture fait échouer le projet.

C’est finalement dix ans plus tard, le 25 janvier 1983 grâce au changement de régime bolivien en 1982 que Klaus Barbie est arrêté sous un faux prétexte, avant d’être restitué à la France après de longues négociations. Le 5 février 1983, il est officiellement inculpé et incarcéré symboliquement à Lyon au Fort Montluc, la prison de ses méfaits.

Klaus Barbie escorté le 4 juillet 1987 après avoir été condamné à la prison perpétuité. Il mourra en prison en 1991.
Klaus Barbie escorté le 4 juillet 1987 après avoir été condamné à la prison perpétuité. Il mourra en prison en 1991. • © AFP

Cette arrestation donnera lieu à un des plus grands procès de l’histoire. Il s’ouvre le 11 mai 1987 à la cour d’assises du Rhône. 900 journalistes couvriront l’affaire jusqu’à sa condamnation à la prison à vie le 4 juillet 1987, après délibération des juges et jurés pour avoir commis 17 crimes contre l’humanité. Il décédera en détention le 25 septembre 1991…

 

Sources :

  • La traque et le procès de Klaus Barbie | Archive INA.
  • Klaus Barbie Le boucher de Lyon | Documentaire Flokossama.

 

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Maurane Charles

Étudiante chercheuse en Histoire Contemporaine - Passionnée de littérature, de musique, de cinéma.
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