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Des cheva… euh… Des éléphants de guerre utilisés durant l’Antiquité !

Des cheva... euh... des éléphants à la guerre dans l'Antiquité !

Cornelis Cort (1567), La bataille de Zama, 202 av. J.-C.

Depuis la nuit des temps, l’homme utilise l’animal pour son travail, sa vie quotidienne, mais aussi à la guerre. L’image de fidèles destriers équins s’impose dans nos esprits. Mais connaissez-vous les éléphants de guerre ?

La domestication de l’éléphant

Bien que la postérité retienne ces grands pachydermes dans les images des guerres romaines, ces derniers ne sont finalement pas souvent utilisés en Occident. On retrouve les premières traces d’utilisation des éléphants en Inde, dans la culture indo-iranienne.

C’est l’éléphant d’Asie qui intègre d’abord les pratiques humaines, servant notamment au travail agricole au IXe avant notre ère. Il mesure environ trois mètres de haut pour un poids oscillant entre trois et quatre tonnes. On le différencie des éléphants d’Afrique grâce à ses oreilles plus petites. Si les éléphants d’Asie sont certainement moins grands que ceux utilisés dans Le Seigneur des anneaux, les Indiens les utiliseront tout de même régulièrement.

Les oliphants du Seigneur des anneaux.

Le but des premières captures est donc l’utilisation de ces animaux pour l’agriculture. Pourtant, on va rapidement se rendre compte de l’atout des pachydermes à la peau épaisse pour la guerre. Ainsi, on les retrouve peu à peu dans les rangs militaires, comme en Perse au VIe avant notre ère.

La première confrontation entre Occidentaux et éléphants militaires

La bataille de Gaugamèles

En 331 avant notre ère se déroule la célèbre bataille de Gaugamèles (nord de l’Irak actuel). Elle oppose alors le roi de Perse Darius III et le roi de Macédoine Alexandre le Grand, en pleine conquête.

Mosaïque d’Alexandre (détail) dans la maison du Faune à Pompéi.

Dans les rangs macédoniens, les 40 000 soldats et cavaliers ont en face d’eux une surprise de taille… En plus des 277 000 fantassins, 23 000 cavaliers et 200 chars, Darius III lance dans la bataille 15 éléphants de guerre !

Face à ces mastodontes, les hommes d’Alexandre ont peur. Les chevaux aussi… Mais dans cette mêlée incertaine, le roi de Macédoine monté sur Bucéphale change ses plans stratégiques habituels. Il ordonne aux hommes d’abattre en priorité les soldats juchés sur les pachydermes (cornacs). Puis, la cavalerie macédonienne met en déroute le roi de Perse.

Si les éléphants ne jouent pas ici un rôle important, Alexandre intègre l’utilité des éléphants militaires… Ainsi, après la conquête de la Perse, quelques éléphants rejoignent l’armée macédonienne. Pourtant, on ne les utilise pas tellement dans les batailles en Inde…

La bataille de l’Hydaspe

Mais en 326 avant notre ère, les troupes du roi de Macédoine se confrontent au raja indien Pôros… La bataille de l’Hydaspe (actuel Pakistan) impose aux Occidentaux la première attaque massive d’éléphants de guerre. Effectivement, ce n’est pas moins de 60 000 hommes et 200 éléphants qui affrontent les Macédoniens !

Des éléphants attaqués par la phalange à la bataille de l’Hydaspe en 326 av. J.-C., André Castaigne.

Alexandre engage alors une traversée de l’Hydaspe afin de surprendre ses adversaires qui se croient à l’abri grâce aux hautes eaux du fleuve. Mais arrivés sur le champ de bataille, les chevaux sont terrorisés par les éléphants en armure et refusent le combat.

Le roi de Macédoine engage tout de même une charge de cavalerie sur le flanc gauche des Indiens, tandis qu’une autre partie contourne l’armée adverse pour la prendre par-derrière. L’intérêt est de ne pas approcher des éléphants. L’armée de Macédoine arrive à défaire une majorité de cornacs et les pachydermes de guerre ne sont plus efficaces. Bientôt, Alexandre entoure l’armée indienne et gagne…

Cette bataille nourrit la légende d’Alexandre le Grand. On frappe certaines pièces de monnaie avec Pôros sur un éléphant et Alexandre le poursuivant à cheval (décadrachme de Pôros). Ou encore, Alexandre coiffé de peau d’éléphant…

Décadrachme de Pôros.

La plus grande bataille d’éléphants

La bataille d’Ipsos qui se déroule en Phrygie (Turquie actuelle) en 301 avant notre ère est la plus grande bataille d’éléphants de l’Antiquité. Elle oppose les coalitions des royaumes de Séleucos et de Lysimaque (Ptolémée, Séleucos, Cassandre, Lysimaque) contre le royaume d’Antigone.

Ce dernier présente 70 000 fantassins, 10 000 cavaliers et 75 éléphants de guerre. Mais face à lui, la force coalisée réunit 64 000 fantassins, 10 500 cavaliers, 120 chars à faux et 400 éléphants de guerre ! Effectivement, Séleucos a reçu une imposante troupe d’éléphants dans le cadre d’un traité de paix conclu avec le prince indien Chandragupta Maurya…

Cette bataille suit la chronologie des guerres des Diadoques, qui désignent les généraux et compagnons d’Alexandre le Grand qui luttèrent les uns contre les autres pour obtenir le contrôle de son immense empire après sa mort en 323 av. J.-C.

« De l’exercice de la sixiesme classe, asçavoir de batailler avec des Éléphants » © Paris, musée de l’Armée, Dist. RMN-GP / Pascal Segrette.

Des éléphants dans les rangs

Dans l’armée, on nomme un responsable des éléphants de guerre appelé « commandant des éléphants ». Comme nous l’avons vu précédemment, c’est un cornac qui monte un éléphant et chaque cornac donne un nom à son pachyderme. Il s’assoit sur la nuque de l’animal, le dirige avec sa voix et l’instrument appelé « ankus ». Ce dernier se compose d’un crochet qui est attaché à une poignée de 60–90 cm, se terminant par une extrémité effilée. Mais pendant les batailles, il dirige l’éléphant par des pressions de doigts de pieds sur ses oreilles.

Le pachyderme est respecté comme le guerrier, et possède lui aussi une armure. Il a notamment des protections frontales, des couvertures de couleurs, une clochette au cou, et des pièces de métal voire des lances accrochées aux défenses. On peut se placer à trois sur l’animal et plus tard, on développe le système de tour qui permet aux archets de s’abriter et de tirer.

L’avantage premier de l’utilisation des éléphants est leur impressionnante stature qui effraie bêtes et hommes ignorants. Ils peuvent également donner des coups durant les assauts, piétiner des soldats ou même projeter des choses. Mais le caractère instable des éléphants fait beaucoup de dégâts dans les propres rangs de ceux qui les utilisent. Pour stopper les accès de colère des animaux, les cornacs leur portent un coup entre les oreilles, avec un ciseau et un marteau…

Si l’Occident utilise pendant un temps les éléphants de guerre, il les abandonne peu à peu. La plupart meurent de froid et ne s’adaptent pas. De plus, leur efficacité n’est finalement pas si grande. L’éléphant de Charlemagne, Abul-Abbas, est le dernier animal occidental à être envoyé à la guerre, contre les Danois… Cependant, en Asie, on continue à utiliser les éléphants de guerre de manière régulière. Notamment durant la Seconde Guerre mondiale (James Howard Williams) ! 

Les 5 animaux de guerre – vidéo de Nota Bene

 

Sources :

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Maurane Charles

Étudiante chercheuse en Histoire Contemporaine - Passionnée de littérature, de musique, de cinéma.
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