L’épidémie dansante de 1518 : quand la danse devint contagieuse

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Alors que nous sortons peu à peu de deux ans d’épidémie de coronavirus, chez Cultea nous souhaitons vous faire découvrir une autre épidémie des plus énigmatiques. En 1518, la cité de Strasbourg fait face à une épidémie dansante qui touche de nombreux habitants, un épisode qui resta dans l’histoire. En effet, des centaines de personnes se mirent soudainement à danser pendant des semaines, jusqu’à épuisement. Retour sur cette peste dansante aux origines mystérieuses qui nous fascine encore aujourd’hui.

Une épidémie dansante soudaine et inarrêtable

En juillet 1518, une femme, Frau Toffea sort de chez elle et se met à danser seule, sans aucune musique, ce pendant des jours et sans aucune explication. Les demandes de son mari et la fatigue ne l’arrêtèrent pas. Ses pieds étaient ensanglantés et elle dormait à peine, seulement lors de quelques siestes. Elle continua ainsi pendant six jours entiers.

Fièvre dansante Strasbourg

Peu à peu, cette danse devient contagieuse et des dizaines d’hommes et de femme la rejoignent. Fin juillet, une cinquantaine d’individus se mettent ainsi à danser dans les rues. Au total, près de 400 personnes dansent dans les rues de Strasbourg sans pouvoir s’arrêter. Pour les médecins, il s’agit alors d’une maladie naturelle liée aux alignements des planètes et à la chaleur. Regard dans le vague, vêtements trempés et manque de nourriture, cette épidémie n’avait rien de réjouissant. Selon les sources de l’époque, des dizaines de danseurs ont perdu la vie à cause de cette fièvre dansante. Sebastian Brant, un greffier de Strasbourg en 1518 témoigna :

« Une effroyable maladie s’est propagée, si bien qu’une cinquantaine de personnes dansaient jour et nuit, ce qui faisait peine à voir. »

Des tentatives pour arrêter la maladie

Les autorités s’inquiètent et le conseil de la ville décide, devant l’impossibilité d’arrêter ces personnes, de les laisser faire. Des douzaines de musiciens sont engagés pour accompagner les danseurs, jour et nuit. En effet, on pensait alors qu’il s’agissait d’une sorte de fièvre. Si c’était une fièvre, le mieux ce n’est donc pas d’empêcher les individus de danser, mais au contraire de les faire danser encore plus. Il fallait qu’ils transpirent énormément car comme toutes les fièvres, on pensait à l’époque qu’elle partirait avec la sueur. Quelques habitants dansèrent avec les malades pour les surveiller et leur donner à manger.

épidémie dansante Strasbourg

Toutefois, la présence des musiciens n’endigue pas l’épidémie, bien au contraire. On tente de trouver d’autres remèdes comme une décoction d’orge ou l’interdiction de boire du vin. Certains instruments sont également proscrits, comme le tambour et les instruments à vent.

Des messes sont organisées et des offrandes faites. Le conseil de la ville envoie les danseurs en pèlerinage à Saverne, à une journée de Strasbourg. En effet, une cérémonie en l’honneur de Saint Guy y prenait place, le protecteur des malades atteints de la « chorée », une maladie infectieuse qui provoque des mouvements anormaux et des convulsions.

Epidémie dansante Strasbourg

Quelques semaines plus tard, après un total de six semaines de fièvre dansante, le phénomène prend fin et les danseurs rentrent peu à peu chez eux. Toutefois, cette épidémie dansante de Strasbourg a marqué les esprits et est aujourd’hui encore une histoire qui intéresse toujours.

Des causes toujours inconnues aujourd’hui et plusieurs théories possibles pour expliquer l’épidémie dansante

Le mystère de l’origine de cette épidémie dansante nous intrigue toujours. Plus de 500 ans plus tard, on ne sait toujours pas ce qui est responsable de ce phénomène. Pour les Strasbourgeois de l’époque, c’est Dieu qui a envoyé cette maladie comme tous les fléaux à l’époque comme la peste. Quelques années après les faits, le médecin Paracelse mena sa propre enquête. Pour lui, il s’agissait d’une révolte des femmes, alors en pleine conscience, qui se seraient manifestées contre leur situation conjugale.

Fièvre dansante
Gravure montrant les femmes affectées par la peste dansante

Toutefois, l’hypothèse la plus populaire aujourd’hui est celle de l’ergotisme. Il s’agit d’une intoxication par le seigle due à un champignon, l’ergot de seigle, dont dérive le LSD. Ce dernier provoque des convulsions et des hallucinations comme ce fut peut-être le cas dans le village de Pont-Saint-Esprit.

Enfin, la dernière théorie expliquant cette psychose collective défend que le désespoir a poussé ces individus psychologiquement vulnérables à danser. En effet, à l’époque, la cité sort tout juste de trois années de famines successives et était victime de nombreuses maladies qui se propageaient alors. La danse aurait donc été la seule extériorisation possible de la détresse des gens. Ils seraient donc entrés dans un état de transe, ce expliquerait cette épidémie dansante.

Alors, danse comme exutoire, empoisonnement ou acte délibéré, on ne le saura vraisemblablement jamais. En tout cas, cette espèce de première rave party de l’Histoire ne passa pas inaperçue et inquiéta fortement le clergé. Le peuple de cette époque ne s’adonnait pas uniquement à la danse. Le football était également un sport populaire à l’époque, il fut même interdit en Angleterre. 

 

Sources :

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