Quand la syphilis était soignée au mercure : un traitement insoutenable

Quand la syphilis était soignée au mercure : un traitement insoutenable - Cultea

L’époque moderne, c’est l’époque à laquelle on assiste à une véritable floraison scientifique, artistique et technologique. Par exemple, l’époque moderne, c’est Galilée et la défense du modèle copernicien. L’époque moderne, c’est Léonard de Vinci avec ses innombrables inventions. Mais l’époque moderne, c’est aussi l’apparition de maladies et d’épidémies. C’est aussi le moment où l’on traite la syphilis avec du mercure, causant la souffrance de nombreux patients.

L’origine de la syphilis encore indéterminée

L’origine de la syphilis reste encore un mystère. On ignore totalement d’où elle provient véritablement.

À l’époque, les médecins ont convenu que cette nouvelle forme de maladie, encore inconnue malgré le grand travail de recherche au sein d’écrits antiques, provenait du Nouveau Monde, celui exploré par Christophe Colomb.

Christophe Colomb - Cultea
Christophe Colomb (source : France Inter)

Quoi qu’il en soit, les pays impactés par cette nouvelle maladie rejetaient la faute sur les voisins européens. Arian Bayle l’explique clairement dans son article « La syphilis au XVIe siècle : maladie nouvelle, discours nouveaux » :

« Les Napolitains et les autres Italiens appelaient cette maladie Mal Francese, qui signifie Mal Français. Les Français eux, l’appelaient Morbus Neapolitanus ou Italicus, qui signifie Mal de Naples. Les Belges et les Hollandais appelaient la maladie Hispanicae variolae, qui signifie la variole Hispanique. »

Toutefois, les Européens ont convenu que cette maladie ne pouvait venir du sein de l’Europe, car ils auraient décelé son existence bien avant. Ils associèrent alors l’apparition de cette maladie avec le départ et le retour des mercenaires européens partis à la rencontre du Nouveau Monde.

Un remède particulier

Pour combattre la syphilis tout au long de l’époque moderne, on utilise un remède qui n’est pas des moindres. On utilise en effet le mercure.

Déjà utilisé au cours de l’Antiquité, le mercure était administré pour lutter contre les maladies de la peau. Étant donné que les médecins ne parvenaient pas à comprendre la maladie, et par conséquent n’arrivaient pas à déterminer le remède le plus adéquat, ils proposèrent le mercure, pensant que la syphilis était une maladie dite parasitaire.

On ignore cependant quel médecin est le premier à avoir proposé le mercure comme traitement. Certaines sources mentionnent Paracelse, d’autres Gaspar Torella ou encore Sébastien Aquilina.

D’affreuses conséquences sur le corps humain

Il faut savoir que le traitement au mercure était généralement proposé sous forme de fumigation. Le malade était enfermé dans une cuve, seule la tête dépassait. Des parfums mercuriels étaient jetés sur des braises et le patient devait inhaler les vapeurs, pendant une durée comprise entre 20 et 30 jours.

Le traitement de la syphilis par le mercure - Cultea
Source : article « Le traitement de la syphilis par le mercure : Une histoire thérapeutique exemplaire » (Bibliothèque interuniversitaire de Santé, pôle médecine-odontologie)

Pour ce qui est des conséquences du traitement, de nombreux témoignages médicaux existent. Des témoignages que l’on retrouve dans l’article « Le traitement de la syphilis par le mercure : Une histoire thérapeutique exemplaire », écrit par Gérard Tilles et Daniel Wallach en 1996.

On peut y lire les descriptions suivantes, écrites par Hutten, un médecin antimercurialiste :

« L’effet de ces expositions était si actif qu’il ne tardait pas à changer le caractère du mal. Une fluxion s’opérait sur l’arrière-gorge, sur la bouche. Cela provoquait même la chute des dents. Des ulcères commençaient à apparaître au niveau du gosier, au palais, à la langue et aux gencives. Les malades préféraient mourir de la maladie que subir le traitement au mercure. »

De plus, Fernel, un autre médecin antimercurialiste, souligne le fait que si le patient survivait à ce traitement, et même si les symptômes disparaissaient, ils réapparaissent quelques années après.

L’article se termine par une déclaration de Jean Astruc, un médecin reconnu du XVIIIe siècle pour ses travaux sur la syphilis et la gynécologie. Il met en avant les solutions qui s’offraient aux malades et à qui on a administré un traitement au mercure :

« Les malades avaient alors trois solutions : soit mourir lentement du fait de la maladie, soit mourir en suivant les avis des médecins, soit s’en remettre aux charlatans et mourir aussi. »

Il faudra attendre 1905 pour que la maladie et sa cause soient identifiées par Fritz Schaudinn et Erich Hoffman. Et il faudra attendre 1940 pour que le premier remède soit mis en circulation, à savoir la pénicilline. Il aura donc fallu attendre plusieurs siècles avant que ne soit créé un traitement capable de combattre la syphilis.

 

Sources :

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