La tragédie de la grotte de Montérolier, vingt-cinq ans de secrets et d’incompréhension

Petit retour sur l’histoire funeste qui a plongé la commune de Montérolier (Seine-Maritime) dans le deuil et l’incompréhension.

Quand on s’aventure dans la gueule du loup

Toute histoire macabre se doit d’avoir une origine obscure. Celle d’aujourd’hui débute en 1944. L’armée allemande, en pleine occupation française, profite d’une grotte locale perdue dans les bois de Clairefeuille. Ce labyrinthe sous-terrain est exclusivement utilisé pour stocker diverses munitions et bombes aériennes. Oublié de tous dès la fin de la guerre, ce dédale obscure et à trois kilomètres de la commune la plus proche n’attire aucun intérêt du grand public.

Cependant, la grotte reste pendant des années connue comme un lieu de jeu et d’échanges prisé par les jeunes locaux. Beaucoup s’y retrouvent entre amis et parcourent les galeries lugubres à disposition, en dépit de leur histoire peu glorieuse.

Malheureusement, le 21 juin 1995 trois adolescents, Pierre, Thomas et Nicolas, âgés de 13 à 14 ans, descendent dans la grotte. Ceux-ci ne quitteront jamais vivant ses froids couloirs de pierre. Alertés par ces disparitions, les autorités locales ne tardent pas à accourir sur les lieux et constatent la présence d’une fumée dans les galeries. C’est en essayant de sauver les adolescents pris au piège qu’un des parents, un sauveteur amateur et quatre pompiers plongent dans les entrailles souterraines de cette cavité infernale. Eux aussi ne reviendront jamais vivants de cette dernière excursion.

Au final, les pompiers ainsi que le préfet local décident de ventiler la grotte avant d’attendre le lendemain pour envoyer de nouveaux hommes dans la grotte. C’est à la suite de ces démarches que l’on extrait les neuf corps des disparus de leur obscur refuge.

La cause d’un tel évènement

Bien vite, l’enquête ne tarde pas à mettre en évidence le déroulement de ce funeste évènement. Les trois adolescents, ayant tout d’abord allumé un feu de bois dans les galeries, auraient été victimes de la nature de la grotte en elle-même. En effet, le lieu étroit et sinueux aurait fait office de gigantesque cheminée et les aurait intoxiqué avec des vapeurs de monoxyde de carbone. Ces mêmes émanations ont également causé la mort des sauveteurs des jeunes victimes, ayant aussi ignoré le danger.

La presse s’empara très vite du phénomène.

À la suite de ce drame, les médias français multiplient les intrusions à Montérolier et tentent de montrer le deuil et l’incompréhension de la commune. De même, les questions et les rumeurs ne tardent pas à pulluler dans les mentalités face à plusieurs zones d’ombre. La plus fameuse prétendrait que les émanations toxiques auraient étés chargées par des composants d’anciennes munitions de la grotte que les autorités auraient négligé de retirer. De plus, plusieurs personnes témoignent avoir décelé une odeur étrange dans les vapeurs s’évacuant à l’extérieur au moment du drame.

Des secrets et dissimulations ?

Sur cette même piste, les analyses sanguines de plusieurs pompiers rescapés indique l’émanation de cyanure et de molécules plastiques ou synthétiques durant leur bref séjour dans la grotte.

Plusieurs langues parlent de complot, au vu de la présence de forces militaires aux alentours de la grotte dans la semaine suivant le drame.

Ces éléments ont poussé une partie de la population à réclamer de nouvelles expertises pour mettre la lumière sur cette affaire jugée floue et étrangement classée.

Cependant, même si la thèse d’un complot visant à couvrir la négligence de l’Etat peut paraitre alléchante, elle reste très vitre démentie par de simples explications.

Tout d’abord la présence de cyanure et de molécules synthétiques dans les vapeurs, s’explique par l’action des adolescents responsables de l’incendie. En effet, il auraient eu recours à des sacs poubelles et de l’essence en vue de confectionner des torches. Ces éléments auraient alors, au cours de la combustion, ajouté leurs vapeurs nocives à celles du Co2 de flammes, causant alors un mélange fatal.

De plus des fouilles de la grotte ont démontré l’absence totale de munitions oubliées par l’armée après la guerre. Malgré tout, certains propagent encore des rumeurs de dissimulation plus de vingt-cinq ans après l’affaire.

 

Une stèle posée à Montérolier pour rendre hommage aux victimes de la tragédie.

Cette démarche montre encore aujourd’hui qu’il est beaucoup plus facile d’attribuer la paternité d’un drame à une mystification ou un complot obscur que d’admettre qu’une simple négligence peut provoquer de lourdes conséquences.

Sources :

https://www.leparisien.fr/faits-divers/la-grotte-cachait-un-depot-de-munitions-17-09-2000-2001634722.php

https://www.paris-normandie.fr/breves/normandie/monterolier–hommage-aux-victimes-de-la-grotte-de-clairefeuille-fi3479465

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