Andrée Viollis : grand-reporter féministe, humaniste et résistante

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Andrée Viollis fut l’une des toutes premières femmes grands-reporters. Elle mena ainsi de nombreux combats et défendit d’innombrables causes. Elle considérait : « le journalisme comme le meilleur moyen de ne pas se résigner, d’agir contre ce que sa conscience réprouve. » Cependant, elle a aujourd’hui disparu des mémoires, comme beaucoup de femmes dans l’histoire. Retour sur l’histoire et le travail incroyables de cette femme.

Femme dans un milieu d’hommes

Enfant, elle souhaitait devenir marin, mais étant née femme en 1870, ça ne pouvait être qu’un rêve. Elle obtient son bac en 1890. A cette époque, seulement une trentaine de femmes ont le bac en France. Révoltée par l’inégalité des sexes, elle fait le choix de travailler et choisit l’écriture. A cette époque, le journalisme était un monde d’hommes, surtout les grands-reporters, mais cela ne l’effraie pas. Et elle va vite s’imposer et se faire connaître pour son engagement.

Andrée Viollis

Sa carrière débute avec l’affaire Dreyfus, qu’elle défend corps et âme. Elle écrit alors dans le journal féministe La Fronde, le premier journal réalisé par des femmes. Andrée Viollis y réalise ses premiers reportages, ignorant la morale et les « qu’en dira-t-ton ». D’ailleurs, elle n’hésite pas à faire des choses que la morale réprouve. Par exemple, elle s’infiltra dans l’hôpital de la Salpêtrière, déguisée en infirmière. Ses chroniques politiques, judiciaires et ses enquêtes d’investigation la font peu à peu connaître.

Engagement durant la Première Guerre Mondiale

Quand la guerre éclate en 1914, Andrée Viollis a plus de quarante ans et quatre enfants. Cependant, elle ne souhaite pas rester sans rien faire. Elle s’engage comme infirmière et parcourt les champs de batailles, en profitant pour livrer des reportages depuis le front au Petit Parisien.

Elle obtient même une interview exclusive de David Lloyd George, le Premier Ministre Britannique de l’époque. La presse française n’envisage pas qu’une femme puisse être à l’origine d’un tel papier et parle donc d’un monsieur André Viollis. La journaliste n’en a que faire.

Travail de grand-reporter pendant l’entre-deux-guerres

Après la guerre, elle continue de travailler à la rédaction du Petit Parisien alors que l’information devient internationale. C’est le moment pour elle d’aller voir ailleurs. En 1922, elle se rend en Irlande pour couvrir la guerre civile, elle sympathise d’ailleurs et aide la cause républicaine. Puis elle part faire son premier grand reportage international en Union Soviétique en 1927 où elle voyagera trois mois.

Ses papiers ont tellement de succès qu’elle publie un livre chez Gallimard : Seule en Russie. Elle se rendit d’ailleurs un peu partout sur le globe : Inde où elle interview Gandhi et Afghanistan où elle couvre une révolte en 1929. Mais également la Chine, le Japon et l’Indochine. Là elle y dénonça le colonialisme et les crimes commis par la France, ce qui lui vaudra de nombreuses menaces proférées contre elle.

Dans ses articles, Andrée Viollis témoigne également du sort des femmes partout dans le monde. Tout au long de sa vie, elle continue de publier des ouvrages pour renseigner la condition des hommes et des femmes sur la planète.

André Viollis
André Viollis en 1937

La Seconde Guerre Mondiale et après : un travail incessant dû à ses convictions

Avec l’arrivée du nazisme et du fascisme, Andrée Viollis souhaite continuer de se battre face à la barbarie. Elle écrit en 1934 :

« La guerre et le fascisme sont les pires ennemis des femmes : la première leur tue leurs enfants, le second, en les privant du droit au travail, leur enlève indépendance et dignité, les ramène au temps de l’esclavage. »

A plus de soixante-cinq ans, elle s’engage dans la Résistance. En 1938, elle démissionne du Petit Parisien pour s’engager dans la guerre d’Espagne et lutter contre Franco. Après-guerre, Andrée Viollis continue son travail de journaliste, en tant qu’envoyée spéciale de Ce soir et de L’humanité. Elle se rapproche donc du Parti Communiste Français et continue de parcourir le globe.

Après être allée aux Etats-Unis, elle combat l’apartheid en Afrique du Sud et se rend dans bien d’autres pays. Son engagement intellectuel et politique l’aura poussé à un travail incessant. Elle meurt en 1950 à l’âge de 79 ans, alors qu’elle était en pleine préparation de son prochain voyage : la Corée.

Andrée Viollis

Andrée Viollis fut une grande journaliste. Ce métier aura été une véritable vocation pour elle et sa carrière en fut inhabituellement longue. Elle a combattu sur tous les fronts, du droit des femmes à la lutte pour l’indépendance coloniale, sans jamais renoncer à ses convictions. Reconnue de son vivant pour son travail, elle fut malheureusement oubliée par la postérité. Elle fait aujourd’hui partie de cette longue liste de femmes dont on a oublié l’histoire.

 

Sources : 

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