Radium Girls, découvrez l’histoire de ces femmes « lumineuses » oubliées

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Avez-vous déjà entendu parler des Radium Girls ? Ce nom peut faire penser à un film, ou à un roman. Malheureusement, c’est une histoire vraie et tombée dans l’oubli. L’histoire de ces femmes qui deviennent lumineuses dans le noir paraît improbable. Cependant, elles étaient victimes d’une intoxication au radium liée à leur emploi. L’issue de cette intoxication était la mort et la souffrance. Ensemble, découvrons l’histoire de ces femmes oubliées. 

Qui sont les Radium Girls ?

Tout d’abord, l’affaire prend place aux Etats-Unis, à partir de 1917. L’usine United States Radium Corporation fabrique des montres et réveils aux cadrans fluorescents pour les besoins de l’armée. C’est dans l’usine du New Jersey où travaillait un grand nombre de femmes que l’affaire a commencé.

Celles-ci devaient peindre les cadrans avec la peinture au radium nommée « Undark ». Cependant, cela était fait au mépris de toutes les règles de sécurité. Elles ne portaient aucune protection. Elles n’étaient pas non plus informées de la dangerosité de leur travail, ni de l’effet néfaste du radium sur le corps.

Ces femmes étaient très fières de travailler. Elles ne posaient aucune question, même lorsqu’on leur suggérait d’humidifier la pointe de leur pinceau avec leurs lèvres. En effet, le radium assèche les pinceaux. On leur demandait donc de le mettre dans leur bouche pour régler le problème !

Certaines d’entre elles utilisaient aussi la peinture comme peinture corporelle. En effet, elles l’appliquaient sur leur visage, leurs ongles ou encore leurs dents. De cette manière, elles souhaitaient surprendre leur petit ami ou bien être plus plaisantes en soirée. Une manière pour elles de se différencier.

Réveil peint au radium - Cultea
Réveil peint au radium.

Les dangers du radium

Découvert par Pierre et Marie Curie en 1898, le radium est un métal par définition radioactif. C’est pour sa radioactivité très forte qu’il a été utilisé dans la médecine pour soigner les cancers et certaines affections de la peau. Il est d’ailleurs toujours aujourd’hui utilisé dans la radiothérapie contre les cancers. Cependant, on ne l’utilise pas toujours pour ses propriétés médicinales. C’était le cas de l’United States Radium Corporation, qui décide de l’utiliser pour un usage commercial.

Mais pas seulement. L’industrie pharmaceutique développe aussi un grand nombre de produits « miraculeux » pour soigner toutes sortes de problèmes. Cela va de la pommade à l’alimentation des animaux qui contiennent des dérivés du radium. C’est un peu une folie autour du radium qui se développe dans la première moitié du XXe siècle.

Dans le médical, on se rend compte dès 1920 que le radium est dangereux. En effet, cela a entraîné le décès de quelques personnes étudiant les effets du radium en application médical à l’Institut du Radium de Londres. Après cela, on donne des directives de précaution. Cependant, le milieu industriel ne semble pas se préoccuper des recommandations scientifiques. Pourtant, depuis 1917, plusieurs cancers avaient été signalés dans les usines qui utilisaient de la peinture au radium.

Publicité vantant les bienfaits du radium - Cultea
Publicité vantant les bienfaits du radium.

La reconnaissance des Radium Girls

Dès la première femme atteinte, on remarque de nombreux problèmes. La mâchoire s’effrite, les dents tombent, la jeune femme ne peut plus marcher. Finalement, le corps de ces femmes se décompose petit à petit. En 1922, plusieurs femmes commencent à avoir ces symptômes. La première, Mollie Maggia, meurt d’une hémorragie cette même année. Les médecins, ne sachant quoi dire, lui attribuent la syphilis. Malheureusement, ce diagnostic sera utilisé par ses employeurs pour se laver des accusations contre le radium. Au fur et à mesure, de nombreuses collègues de Mollie suivent son chemin.

Après avoir nié pendant deux ans les liens entre les décès et le radium, l’URSC lance une étude en 1924. Celle-ci étant indépendante, elle fait le lien entre les pathologies et l’emploi des jeunes femmes. Cependant, l’entreprise n’accepte pas et commande d’autres études pour avoir des résultats contraires. On accuse alors les femmes d’avoir été contaminées ailleurs et on refuse tout dédommagement. Les femmes doivent alors prouver que leur maladie est en lien avec le radium.

C’est en 1925 qu’Harrison Martland, médecin, met au point un test et explique aussi ce que le radium fait sur le corps. Il découvre qu’une fois ingéré, le radium reste dans le corps et s’installe sur toutes les parties osseuses. Il grignote tout ce qu’il peut et les personnes exposées commencent donc à avoir des os friables, des problèmes d’articulation ou de dents. Autre symptôme qui ne trompe pas, les os se mettent à briller dans le noir ! Tout cela mène presque toujours à la mort, il est impossible d’extraire le radium du corps.

“‘Living Death’ Victims,” The Times-News, 1938 - Cultea
“‘Living Death’ Victims,” The Times-News (Hendersonville, NC), 14 février 1938, p.1.

Un combat à gagner

Les industriels continuent à discréditer les recherches des médecins, dont celles d’Harrison Martland. Cependant, les femmes n’abandonnent pas le combat et ne lâchent rien. Elles mettent un certain temps pour trouver un avocat pour les défendre. En 1927, l’avocat Raymond Berry accepte de défendre Grace Fryer et quatre de ses collègues qui sont les porte-paroles de ces employées. 

Malheureusement, au début du procès, ces jeunes femmes n’ont plus longtemps à vivre. Les médecins leur prédisent 4 mois et les industriels veulent faire durer le procès. Celui-ci prend une tournure internationale. Cependant, le temps étant imparti, les jeunes femmes doivent accepter un arrangement à l’amiable. Elles avaient tout de même remporté un combat ! Leur affaire avait désormais une portée internationale. Et d’autres travailleuses des USA ont commencé à se battre.

Une autre femme s’engage alors dans ce combat. C’est Catherine Wolfe-Donohue. Elle travaille dans l’Illinois et est atteinte des mêmes maux que les femmes du New Jersey. Son entreprise, Radium Dialls, nie autant que USRC et va jusqu’à piller les tombes des femmes décédées pour masquer les preuves. Lorsque son dossier passe en jugement en 1938, Catherine Wolfe est sur son lit de mort. Elle témoigne depuis son lit et obtient gain de cause. Elle aura obtenu la justice pour tous les travailleurs américains à la santé bafouée par leurs employeurs.

Catherine Wolfe-Donohue sur son lit de mort - Cultea
Catherine Wolfe-Donohue sur son lit de mort.

Aujourd’hui, c’est une histoire qui est oubliée. Cependant, depuis quelques années, il y a eu un regain d’intérêt pour ses femmes et le nombre de publications sur le sujet ne cesse d’augmenter. Si elles sont pour la plupart décédées avant la fin des procédures, certaines ont survécu. C’est le cas de Mae Kean qui a combattu plusieurs cancers et ne s’est éteinte qu’en 2014. Elle doit certainement sa survie au fait qu’elle n’est restée que quelques mois dans cet emploi qu’elle n’aimait pas. Cela ne lui a pourtant pas épargné deux cancers. C’était la dernière « Radium Girl ». 

 

Sources :

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Charlotte Yankovitch

Guide conférencière diplômée, spécialisée en Histoire de l'art et passionnée de mode. Ma passion pour l'écriture ma guidée jusqu'à Cultea!
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