« Le Dictateur » : plus de 80 ans après, retour sur le film culte de Charlie Chaplin

"Le Dictateur" : plus de 80 ans après, retour sur le film culte de Charlie Chaplin

Il y a plus de 80 ans sortait (aux USA) le cultissime film Le Dictateur (The Great Dictator) de Charlie Chaplin, revenons ensemble sur quelques éléments clés de cette œuvre historique…

Une petite mise en jambe…

Premier film parlant et plus gros succès commercial pour Chaplin, Le Dictateur est entré dans les annales du septième art. La prise de position ouverte du cinéaste contre le nazisme a eu un écho considérable sur l’opinion publique de l’époque. Quelques jours après l’invasion de la Pologne et la déclaration de guerre du Royaume-Uni et de la France à l’Allemagne, le tournage commence en 1939. Les États-Unis ne sont pas encore engagés officiellement dans le conflit… Chaplin revêt pourtant le costume d’un dictateur ressemblant fortement à Hitler tout en incarnant également le personnage d’un barbier juif.

Pour poser le décor de sa satire, le cinéaste se sert du contexte de la Première Guerre mondiale dans un pays inventé du nom de Tomanie pour introduire son propos. Les similitudes entre l’Allemagne et ce dernier sont d’ailleurs flagrantes. L’histoire commence avec un soldat qui sauve la vie du pilote de chasse Schultz. Mais suite à un accident d’avion, le soldat devient amnésique et on finit par l’enfermer dans un hôpital psychiatrique pendant de nombreuses années. Lorsqu’il parvient enfin à s’enfuir, la Tomanie est devenue une dictature fasciste dirigée par Adenoïd Hynkel. Dans le pays, on persécute les juifs, comme sous le régime nazi.

Notre soldat tente de rentrer chez lui et de reprendre son ancien métier de barbier. Mais sa boutique est maintenant située dans le ghetto juif. Suite à sa rencontre amoureuse avec Hannah, ils décident ensemble de lutter contre la dictature et le fascisme du pays. Entre arrestations, camps de concentration, évasions… Chaplin nous livre dans son œuvre de véritables messages politiques valorisant la paix et la démocratie, tout en caricaturant Hitler.

Le Dictateur, Charles Chaplin - Cultea

Charlie Chaplin engagé

Comme nous l’avons précisé plus tôt, le film est pensé, écrit et tourné avant que les États-Unis n’entrent véritablement dans le conflit. À l’époque, seules l’Angleterre et la France se positionnent contre l’Allemagne. Mais dès 1933, lors de la prise de pouvoir de Hitler, Charlie Chaplin est inquiet. Même si le Britannique vit désormais aux États-Unis, il se sent concerné par ce qui est en train d’arriver.

Il se lance alors dans le projet du Dictateur, faisant fi des menaces qui affluent sur lui. Tantôt on l’accuse d’être communiste, puis on se demande s’il est juif. Le cinéaste est même mis sous surveillance… Dans son autobiographie, Chaplin écrit : « On n’a pas besoin d’être juif pour être anti-nazi. Il suffit d’être un être humain normal et décent », entérinant d’autant plus la stupidité de ses détracteurs.

Sa préoccupation avancée pour le conflit qui se profile à l’horizon permet au Dictateur de revêtir une dimension d’anticipation. La violence et l’horreur du régime nazi se dévoilent au grand jour, ainsi que l’envenimement de la guerre bientôt mondiale. Ainsi, Chaplin extrait l’opinion publique américaine de son isolationnisme lors de la sortie nationale de son film le 7 mars 1941. Il faudra cependant attendre 1945 pour pouvoir le découvrir en France…

Le Dictateur, Charlie Chaplin - Cultea

Hitler et Chaplin

Charlie Chaplin s’est servi de la ressemblance frappante entre son personnage Charlot et Hitler pour caricaturer le dictateur. La petite moustache, la coiffure… Ils sont comme deux reflets identiques, mais l’un incarnant le bien, et l’autre le mal. De plus, il est impossible de ne pas reconnaître Adolf Hitler à travers Adenoïd Hynkel. Le cinéaste a poussé sa gestuelle de manière théâtrale. Le ton des discours est agressif, violent mais rempli de borborygmes incompréhensibles. Les doubles croix sont clairement inspirées de la croix gammée.

Il y a donc un fort contraste entre le ridicule et l’inquiétude qui se moque du culte de la personnalité autour du dictateur tout en mettant en lumière la dangerosité réelle du personnage. Pour faire référence un peu plus à Hitler, on entend régulièrement dans les discours d’Hynkel des mots récurrents à ceux du nazi. Les thèmes dénoncés sont également calqués sur le programme défendu par le régime nazi…

N.B. : En plus de sa ressemblance physique avec Hitler, certains s’amusaient à pointer du doigt les dates de naissance proches de Chaplin et du dictateur.

Le Dictateur, Charlie Chaplin - Cultea

Le Dictateur, premier film parlant de Charlie Chaplin

Alors que le cinéma a quitté l’ère du muet depuis le succès fulgurant du film parlant Le Chanteur de jazz d’Alan Crosland en 1927, Charlie Chaplin a longtemps résisté. Le passage du muet au parlant a été une épreuve pour de nombreux cinéastes et acteurs de l’époque, et certains y ont laissé des plumes… Chaplin ne voit pas l’intérêt de faire parler son personnage Charlot, dont toute la personnalité réside dans son comportement, ses expressions et réactions… La parole ne fait pas partie du personnage, elle lui retirerait son aura et son charme, voire son originalité.

Pour suivre partiellement le mouvement, Chaplin fait tout de même « parler » (avec le langage des clowns) Charlot à la fin Des temps modernes en 1936. Mais vers la fin des années 30, il n’y a plus de films muets et le cinéaste doit passer au parlant. Pour ce faire, il décide de mettre la parole au service d’un engagement fort. Il veut que le parlant serve à quelque chose… C’est ainsi que Le Dictateur devient le premier film parlant de Charlie Chaplin.

Encore aujourd’hui, Le Dictateur est considéré comme l’un des films les plus emblématiques de tous les temps. Une œuvre à consommer sans modération et dont nous vous invitons à (re)découvrir le discours de fin

 

 

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