BMW : comment la marque s’est construite grâce au nazisme

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BMW est un constructeur automobile emblématique de l’histoire. Fabricante de berlines luxueuses, confortables et puissantes, la marque a pourtant un passé sombre. Comme bien des industriels allemands, nous direz-vous ! Certes, mais son cas est tout de même assez particulier. Découvrons ensemble comment s’est construite la célèbre marque bavaroise.

Bayerische Motoren Werke

Le constructeur BMW naît le 7 mars 1916 à Munich. Il s’agit en réalité d’une fusion de deux entreprises : la Bayerische Flugzeugwerke (« fabricant d’avions bavarois ») et la Rapp Motorenwerke (« les moteurs Rapp »). La contraction des deux donne Bayerische Motoren Werke (« les fabricants de moteurs bavarois »), abrégé BMW.

AGO Bayerische Flugzeugwerke

La première entreprise (BF) appartient alors à Gustav Otto. Ce dernier est le fils du prestigieux Nikolaus Otto, acteur décisif de l’histoire de la motorisation. En effet, il a, au même titre que Beau de Rochas en France, inventé et développé vers 1880 le moteur quatre temps que l’on retrouve sous les capots de toutes nos voitures actuelles. L’entreprise qu’avait co-fondée Nikolaus, la Deutz AG, fût probablement le groupe industriel le plus décisif de l’histoire automobile allemande. En effet, son co-fondateur Gottlieb Daimier est à l’origine d’une autre société de motoriste qui finira par devenir en 1926 le groupe Mercedes Benz. Enfin, la Deutz AG deviendra l’acteur majeur du secteur des utilitaires et camions (poids lourds, autobus, tracteurs, etc.) en s’associant à d’autres marques comme Volvo, Saviem, Magirus ou encore IVECO après le rachat du groupe par Fiat en 1974.

Le fils Otto, Gustav, n’est pas en reste. Ingénieur et designer de génie, il utilise les brevets de son père pour fabriquer des moteurs qu’il perfectionne. De plus, il fabrique des avions qui utilisent ces mêmes moteurs. Ainsi, il les teste lui-même sur un aérodrome qu’il a construit en banlieue de Munich. Il vend alors ses appareils et moteurs via son entreprise, AGO Flugzeugwerke, dès 1911.

Souhaitant gagner en poids, il propose une fusion à une tout aussi jeune structure munichoise : la Rapp Motorenwerke, fondée en 1913. La fusion est actée en 1917 sous le nom BMW. À noter que Rapp revend alors toutes ses parts à Otto, seul dirigeant désormais.

BMW

La société choisit pour emblème une hélice d’avion qui reprendrait les couleurs de la Bavière. Les avions qui sortent des usines BMW sont alors exceptionnels. En 1920, un biplan monté avec un moteur V12 BMW établit clandestinement un nouveau record d’altitude de 9 760 m.

Mais malheureusement, l’histoire de l’entreprise sous la direction d’Otto ne sera que de courte durée. La même année, la défaite de l’Allemagne et la signature du traité de Versailles interdisent à BMW de produire des moteurs pour avions. Les usines, qui emploient tout de même 3 500 personnes, choisissent de se tourner vers les camions et les motos. De nature joueur, Gustav choisit très vite d’inscrire BMW lors de courses de motos. Mais il n’en profite pas longtemps. En raison de problèmes de santé et familiaux, il devient très dépressif. Il se suicide le 28 février 1926, à l’âge de 43 ans. L’entreprise revient alors à Franz Josef Popp.

Ce dernier va voir la période phare du développement de BMW. Déjà, les motos sont fiables, se vendent bien et, en plus, font un tabac sur les circuits de courses. Les automobiles se développent et deviennent un marché porteur. Et les années 30 voient la levée des restrictions sur l’aéronautique. La production reprend. Le moteur BMW 801 équipe alors les nouveaux chasseurs de la Luftwaffe. L’entreprise grandit et de nouveaux acteurs entrent à son capital, notamment Günther Quandt…

La façade de l'usine historique de BMW à Milbertshofen - Cultea
Crédit photo : BMW

Günther Quandt

Günther Quandt, né en 1881, est l’héritier d’une usine familiale dans le textile. Très tôt, il étudie pour devenir un homme d’affaires dans ce type de production. En 1911, il se porte acquéreur dans diverses usines de confection de draps. Dès la Première Guerre mondiale, il affirme de grandes ambitions. En plus des usines familiales, il prend la tête de l’entreprise numéro une dans l’approvisionnement textile pour la fabrication d’uniformes militaires. À partir de 1921, l’homme a un tel poids qu’il exerce comme chargé de l’industrie textile au ministère de l’Économie.

Souhaitant diversifier ses activités, il se lance en 1922 dans l’industrie de la potasse. Il s’agit d’extraire des roches contenant du potassium. Quelle utilité, nous direz-vous ? Eh bien, il y en a plusieurs. Déjà, certaines roches contiennent du chlorure de potassium ou de sodium. Ces roches vont servir à l’industrie chimique pour fabriquer des savons ou des engrais. Mais certaines roches sont alcalines, ce qui permet de les utiliser pour fabriquer des batteries entre autres. Quandt n’est pas fou, il poursuit sa stratégie en acquérant la majorité du principal fabricant de batteries d’Europe. Il exerce donc un contrôle sur l’approvisionnement et la fabrication d’une pièce essentielle. On retrouve des batteries dans les voitures naissantes (alimentation du démarreur électrique), mais aussi dans les sous-marins de la Marine allemande.

Il continue sur sa fulgurante lancée et rachète en 1928 la manufacture d’armes et cartouches de Berlin. Il devient donc fournisseur des uniformes, des batteries, mais aussi d’armes et de munitions pour l’armée allemande… C’est dans cette optique qu’il décide d’investir dans la société BMW, celle-ci fournissant des moteurs pour les futurs avions de combat.

Côté famille, ça ne va pas fort, il est sur son troisième divorce. Sa femme, Magda, le quitte pour se remarier avec un certain Joseph Goebbels…

Günther Quandt - Cultea
Günther Quandt.

Le nazisme

Côté idées, ça ne va pas fort non plus… Il est très tôt séduit par cette nouvelle idéologie conquérante qui gagne doucement l’Allemagne : le nazisme. Ainsi, en 1931, il fait partie des industriels qui rencontrent Adolf Hitler dans un hôtel de Berlin. Ces derniers décident de fournir une enveloppe de 25 millions de Reichmarks au parti nationaliste NSDAP. Ce faisant, ils contribuent à la campagne électorale qui a amené Hitler au pouvoir en 1933. À ce propos, les historiens constatent :

« Le nazisme au pouvoir profita sans aucun doute de l’opportunisme quotidien de nombreux chefs d’entreprise, et reçut probablement leur approbation sur des questions comme la régulation du marché du travail, l’éradication du mouvement ouvrier et la plus grande marge de manœuvre laissée aux entrepreneurs. En revanche, le soutien actif au nazisme fut rare, et exista surtout chez les représentants d’une jeune génération qui cherchait à faire sa place, et à qui le nazisme offrit des perspectives de réussite qu’elle n’aurait sans doute pas eues sans cela. »

Werner Plumpe, Les entreprises sous le nazisme : bilan intermédiaire, 2005

Le contre-exemple Günther

Mais Günther Quandt n’est clairement pas l’un d’eux. Son père avait réussi son mariage en épousant une héritière de l’industrie textile. Arrivé à l’âge adulte, Günther n’a fait que pérenniser et fructifier le début d’empire de la famille de sa mère. Il est donc un contre-exemple du profil type des soutiens du nazisme, puisqu’il a soutenu la naissance et profité pleinement de ce mouvement.

Il adhère officiellement au parti le 1er mai 1933. Le grand réseau industriel qu’il a construit permet au régime de reconstruire rapidement une armée. BMW fournit les moteurs des véhicules, ainsi que les avions. Les uniformes sont réalisés dans ses usines textiles. Il fabrique de nombreuses armes. Quandt participe même à la propagande d’État en incarnant le rôle de « l’industriel modèle ». Enfin, ses industries de la batterie fournissent tout : batteries de blindés, radios, composants pour radios, radars et technologies embarquées pour avions de combat.

Les usines de Quandt poussent ensuite le long des conquêtes allemandes. Il fait bâtir des fabriques d’électronique à Cracovie, à Riga ou encore à Lviv en Ukraine.

Fabrique d'accumulateurs à Hanovre - Cultea
Fabrique d’accumulateurs à Hanovre.

De conquérant à profiteur

À la fin des années 2000, plusieurs historiens viennent enfoncer le clou sur le dossier Quandt. On apprend alors que de nombreux terrains et hangars utilisés par l’industriel provenaient de spoliations à des propriétaires juifs. Pire encore, une grande partie de sa main-d’œuvre était constituée de travailleurs forcés. Ces derniers, joints à des groupes de prisonniers de guerre, servent alors dans les usines de batteries et d’électronique. Les conditions sont déplorables, on tient en moyenne six mois… En 1944, 40 % du personnel total des usines provient des camps ou des prisons. Cela représente en 1944 plus de 5 800 personnes dans les usines d’électronique, et 4 500 dans les usines BMW. Avec cette moyenne de temps de survie, il faut régulièrement changer les équipes « d’ouvriers ». On estime aujourd’hui que près de 50 000 travailleurs forcés et prisonniers auront travaillé dans les seules usines BMW.

L’usine d’Hanovre

Son entreprise de fabrication de batteries et de composants électroniques s’était notamment installée à Hanovre. L’emplacement était judicieux, il y avait de la main-d’œuvre pas loin. En effet, le camp de concentration d’Hanovre-Stöcken était une dépendance d’un camp plus gros : Neuengamme. En tant que tel, il recevait régulièrement des surplus de « prisonniers ». Ceux-ci étaient alors conduits aux usines pour y travailler près de onze heures par jour. On compte 80 morts par mois en raison des contaminations au plomb et autres matières toxiques. Les nazis le prennent en compte, et créent une « rotation » pour que les ouvriers soient régulièrement remplacés après leur mort. L’usine en question était alors dirigée par le fils de Günther lui-même : Herbert Quandt. Ce dernier ne sera jamais inquiété et reprendra BMW pour la diriger vers le succès qu’on lui connaît après la guerre…

À la fin de la guerre, les nazis évacuent le camp et l’usine en emportant les prisonniers. Mais ces derniers sont fatigués. En avril 1945, les nazis enferment plus de 1 000 travailleurs, principalement polonais, dans une grange et y mettent le feu. Le « massacre de Gardelegen » est découvert quelques jours plus tard par les Américains, les nazis n’ayant pas eu le temps de cacher tous les corps…

Günther Quandt passa trois ans en prison. Son procès décida que l’homme n’avait eu qu’un rôle « d’exécutant » des ordres. Il mourut paisiblement à l’âge de 72 ans, lors d’un séjour touristique en Égypte. Son fils obtint un héritage colossal dans des centaines de domaines. Il fit prospérer sa fortune et donna une grande impulsion à BMW notamment. La fortune des Quandt était déjà grande en 1930, elle devint gargantuesque après 1945… Aujourd’hui, grâce aux enquêtes des journalistes et historiens, la vérité sur la fortune de la famille est connue de tous. Suite à ces révélations, la famille Quandt a souhaité faire amende honorable en ouvrant ses archives privées aux historiens.

 

Sources :

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