« Le regard de la haine » : quand Goebbels découvre que son photographe est juif

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Nous sommes en septembre 1933, à Genève. Se tient alors un sommet de la Société des Nations (SDN), où est envoyé le photographe Alfred Eisenstaedt. Ce dernier sera marqué par une rencontre des plus inamicales avec le tristement célèbre Joseph Goebbels. 

Alors qu’Hitler est au pouvoir depuis quelques mois seulement, un climat de persécution se fait déjà grandement sentir dans l’Allemagne nazie. Un climat dont sont victimes le photographe Alfred Eisenstaedt et sa famille. Cependant, Eisenstaedt est envoyé en « terrain hostile » comme photographe par le magazine Life, afin de couvrir le sommet de la SND. Une occasion qui lui permettra de prendre une photo aujourd’hui entrée dans l’Histoire

Joseph Goebbels face au photographe

Pour rappel, Joseph Goebbels fut ministre de la propagande sous le IIIe Reich, de 1933 jusqu’à 1945. Un rôle qui lui donna une place prépondérante dans les campagnes anti-juifs, notamment par le biais des médias et de la culture. Profondément anticlérical et antisémite, Goebbels eut un rôle essentiel dans la mise en place du régime nazi.

Cependant, quand il rencontre Alfred Eisenstaedt, Goebbels se montre très enthousiaste à l’idée de se faire photographier de la sorte. Il faut dire que son rôle de ministre de la propagande lui imposait de montrer une certaine image au peuple allemand. Les premières photos présentent ainsi un Goebbels détendu et souriant, presque amical.

À propos de ce cliché, Alfred Eisenstaedt déclara :

« Il souriait, mais pas à moi. Il regardait quelqu’un d’autre à ma gauche. » 

Cependant, les choses changèrent très rapidement. En effet, Goebbels découvre le nom d’Eisenstaedt et comprend que celui-ci est de confession juive. Une information faisant changer du tout au tout l’attitude du ministre. Eisenstaedt profite alors du brusque changement de comportement de son sujet pour le photographier sur le vif. Il offrit alors au monde une image entrée dans l’histoire…

Le regard de la haine

Le regard est haineux, perçant, d’une violence inouïe… Outre l’hostilité déclarée, les yeux de Goebbels dévoilent un air de méfiance. Le ministre de la propagande ne lâche pas Eisenstaedt du regard et l’on peut d’ailleurs remarquer un détail très révélateur.

En effet, Goebbels ne regarde pas directement l’objectif, mais bel et bien au dessus. Un détail qui peut paraître anodin, mais qui témoigne de la haine absolue, venant lui faire oublier l’appareil photo en train d’immortaliser son regard.

« Je me suis approché et j’ai photographié Goebbels. C’était horrible. Il m’a regardé avec une expression pleine de haine. Le résultat fut cependant une photographie beaucoup plus forte. Rien ne vaut un contact personnel et étroit avec un sujet impliqué, aussi désagréable soit-il… »

Alfred Eisenstaedt

Cette photo d’une grande violence est par la suite devenue le symbole de cette période d’avant-guerre, marquée par la haine constante. Il est à noter qu’il ne s’agit pas du seul cliché d’Alfred Eisenstaedt à être entré dans l’histoire.

En effet, le photographe se distinguera à la toute fin de la guerre, en photographiant l’emblématique Baiser de Time Square, dont nous vous parlerons dans un prochain article… En attendant, vous pouvez découvrir trois baisers emblématiques dans l’histoire de l’humanité

 

Sources :

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Robin Uzan

Journaliste, photographe et réalisateur indépendant, écrire et gérer Cultea est un immense plaisir et une de mes plus grandes fiertés.
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