20 décembre 1924 : Adolf Hitler sort de prison, un an après son putsch raté

20 décembre 1924 : Adolf Hitler sort de prison, un an après son putsch raté

Le 20 décembre 1924, Adolf Hitler finit de purger sa peine de prison, un an seulement après avoir tenté de prendre le pouvoir par la force en Allemagne. Cette tentative de coup d’Etat est plus connue sous le nom de « putsch de la Brasserie ». 

Avant d’être élu chancelier de façon démocratique, Hitler tenta de prendre le pouvoir via un coup d’Etat. Celui-ci se solda par un échec cuisant, mais devint un des mythes fondateurs du régime nazi. Retour sur ce putsch raté, tourné par la suite en instrument de propagande.

Les prémices d’un coup d’Etat

Un peu de contexte

Depuis le , Adolf Hitler dirige le parti nazi. Un parti doté d’une aile paramilitaire depuis l’année précédente, qui deviendra plus tard la tristement célèbre SA (Section d’assaut / Sturmabteilung). Tout comme de nombreuses autres organisations paramilitaires, cette faction n’hésite pas à s’impliquer dans des actions brutales, durant les premières années de la République de Weimar.

Putsch de la Brasserie - Crédits : Bundesarchiv
Putsch de la Brasserie – Crédits : Bundesarchiv

Suite à une altercation particulièrement violente, Hitler est condamné en  pour « attentat à la liberté de réunion » ainsi que pour « coups et blessures ». La peine est cependant légère. En effet, il ne sera condamné qu’à trois mois de prison dont deux avec sursis. Par la suite, le futur chancelier s’attellera à renforcer son parti, notamment militairement.

Durant la même période, en Italie, a lieu la « marche sur Rome » menée par Benito Mussolini. Un coup d’éclat militaire, qui persuade Hitler qu’il pourrait en faire autant. À cela s’ajoute un contexte très favorable à la montée du parti nazi. En effet, la crise économique fait rage et l’ultranationalisme grimpe en flèche en Allemagne.

En outre, l’occupation de la Rhénanie et de la Ruhr par les troupes françaises et belges exacerbe les velléités militaires du peuple allemand. C’est donc dans cette situation explosive qu’Adolf Hitler commence à préparer son coup d’Etat…

La préparation du putsch

Le putsch est préparé entre les 6 et Hitler souhaite l’effectuer à Munich, ainsi que dans les principales villes bavaroises (notamment Nuremberg et Wurtzbourg). Il prépare ainsi une prise de contrôle des gares, des bâtiments publics et des moyens de communication. Il souhaite également que les dirigeants socialistes et communistes soient immédiatement arrêtés.

Mais très vite, la préparation du coup d’Etat fait naître des rumeurs. Otto Von Lossow, l’un des commandants militaires de Bavière, prend ces rumeurs au sérieux et donne l’ordre à ses officiers supérieurs de réprimer toute tentative de putsch. Il désigne d’ailleurs Hitler comme en étant l’instigateur. Cependant, il demande que les mesures de sécurité soient aussi discrètes que possible.

Le « putsch de la Brasserie »

Hitler à la Bürgerbräukeller

Le 8 novembre, Otto Von Lossow se rend à la brasserie Bürgerbräukeller, où se tiennent régulièrement des réunions du parti nazi. Il est accompagné du Colonel Seisser et de quelques policiers. Ils assurent ainsi le maintien de l’ordre à l’extérieur, tandis que les membres du parti affluent.

C’est aux alentours de 20h30 qu’un groupe d’hommes en armes fait irruption dans la salle. Hitler est à leur tête, armé également. De surcroit, une mitrailleuse en batterie est placée aux abords de la brasserie. Hitler tire alors un coup de feu, afin d’attirer l’attention pour prononcer les mots suivants :

« La révolution nationale a éclaté. La salle est occupée par six cents hommes armés. Si le calme ne s’établit pas immédiatement, une mitrailleuse viendra sur la galerie. Le gouvernement bavarois est renversé, un gouvernement provisoire est formé. »

Après son discours, Hitler tente de s’assurer le soutien de Otto Von Lossow et du Colonel Seisser. Un soutient qu’ils lui apporteront, tout du moins en apparence…

Putsch de la Brasserie - Mémoires de Guerre

L’échec du putsch

Si le putsch se passe comme prévu à la Bürgerbräukeller, il en est autrement à l’extérieur. En effet, alors qu’Hitler se rend en ville pour y continuer sa prise de pouvoir, ils autorisent Lossow et Seisser à rentrer chez eux. Une erreur monumentale de la par des putschistes.

Ceux-ci renient aussitôt leur soutien au putsch. Un soutien obtenu, selon eux, sous la contrainte. Ils prennent alors contact avec l’armée, la police et les médias pour contrer l’action d’Hitler.

À cela s’ajoute une désorganisation manifeste des putschistes. Certes, le 3ème bataillon du régiment SA de Munich parvient à se procurer 3 000 fusils. Mais le groupe Oberland échoue à s’emparer des armes du 19ème régiment d’infanterie. Comble du malheur pour ce coup d’Etat : beaucoup d’élèves du régiment d’infanterie refusent de se joindre au putsch.

Le 9, la confusion règne encore, mais le coup d’Etat semble être un échec. Malgré les déclarations inverses des putschistes, les forces armées et la police sont restées loyales au régime légal. Et aucune autre partie de la Bavière n’a connu de troubles aussi prononcés qu’à Munich.

Une dernière tentative désespérée

Malgré un échec quasi-total, Hitler rassemble environ 2 000 putschistes afin d’entamer un défilé. Si ce défilé commence sous les acclamations de la foule, la police confronte rapidement les putschistes. Des échanges de coups de feu éclatent alors. Hermann Göring, une des futures têtes pensantes du régime nazi, sera alors grièvement blessé. Hitler s’en sort avec une simple épaule démise. Un mythe tenace dit d’ailleurs qu’un de ses gardes du corps l’aurait protégé de l’impact des balles, en s’interposant et en encaissant les coups de feu à sa place.

Procès et condamnation d’Hitler 

Durant leur procès, les dirigeants putschistes furent accusés de haute trahison ainsi que du meurtre de quatre policiers. Deux crimes passibles de la peine de mort. Cependant, les peines prononcées furent particulièrement légères pour Hitler et ses condisciples.

En effet, les procureurs ainsi que les juges manifestèrent une grande sympathie à l’égard des accusés. Un climat très propice à Hitler, qui en profita pour faire de ce procès une opération de propagande. Misant sur son grand talent oratoire, il prononça ces mots :

« Je ne suis pas venu au tribunal pour nier quoi que ce soit ni éviter mes responsabilités. […] [Ce putsch] je l’ai porté seul. En dernière analyse, je suis le seul à l’avoir souhaité. Les autres accusés n’ont collaboré avec moi qu’à la fin. Je suis convaincu que je n’ai rien souhaité de mal. J’assume les responsabilités pour toutes les conséquences. Mais je dois dire que je ne suis pas un criminel et que je ne me perçois pas comme tel, bien au contraire. »

Ainsi, les peines prononcées furent incroyablement légères, au vu de ce que risquaient Hitler et ses lieutenants. Chacun fut condamné à cinq années de prison. Avec une déduction de leurs six mois de détention préventive.

Malgré cela, Hitler sortit un an plus tard, renforcé par cette expérience et avec une nouvelle stratégie de conquête du pouvoir. Cette détention lui permit d’ailleurs de rédiger un ouvrage tristement célèbre : Mein Kampf.

Encyclopédie Larousse en ligne - Mein Kampf Mon combat

L’héritage du putsch 

Ayant renoncé à prendre le pouvoir par la force, Hitler veut désormais s’imposer politiquement et devenir la force idéologique principale des milieux nationalistes. La rédaction de Mein Kampf fut une étape essentielle de cette stratégie de prise du pouvoir. Cependant, il se retrouva bloqué un temps. En effet, jusqu’en avril 1925, le parti nazi était considéré comme illégal.

Cela ne l’empêcha pas de faire de ce coup d’Etat raté un de ses principaux instruments de propagande, dès 1924. En effet, le parti nazi s’est appliqué à donner au putsch une dimension héroïque. Hitler alla même jusqu’à dédier le premier chapitre de Mein Kampf aux seize victimes de son parti, mortes durant le putsch.

Cette relecture héroïque du coup d’Etat devint d’autant plus importante après l’arrivée d’Hitler au pouvoir en 1933. En 1935, Hitler fit ériger deux mausolées pour ces seize mêmes putschistes. Il fit ensuite poser une plaque. Une plaque que les passants devaient saluer du salut hitlérien quand ils passaient devant.

Bien qu’il fut un échec sur le moment, ce putsch fut donc un des principaux piliers de l’arrivée d’Hitler au pouvoir. Un pilier qu’il s’attela à renforcer dès sa sortie de prison en 1924, pour arriver à la tête de l’Allemagne neuf ans plus tard… 

 

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