La « Jamais contente » : retour sur cette prouesse automobile !

La "Jamais contente" : retour sur cette prouesse automobile !

Oui, il s’agit bien du vrai nom officiel donné à un véhicule il y a maintenant plus de 120 ans. Un véhicule d’exception, hors de son temps, qui accomplit pourtant un exploit symbolique à l’époque : franchir la barre des 100 km/h. Depuis, l’eau a coulé sous les ponts, mais sa réputation est toujours là. Découvrons ensemble la Jamais contente.

Ce qui est formidable avec le XIXe siècle, c’est que chaque jour un homme ou une femme se réveillait avec une idée farfelue qui allait soit le tuer, soit changer la face du monde. Dès le début, on constate d’immenses progrès techniques qui seront fiabilisés tout au long du siècle et opérationnels économiquement au XXe siècle.

L’invention du moteur à combustion

L’une des plus importantes inventions développées à cette époque est le moteur à combustion. On le retrouve aujourd’hui dans tous les véhicules de notre quotidien : voiture, moto, bateau, avion. Le premier brevet historique remonte à 1806 et est à l’initiative du suisse François Isaac de Rivaz. Mais la postérité a choisi de plutôt retenir le franco-belge Étienne Lenoir. En effet, ce dernier théorise et construit en 1859 un moteur deux temps qui fonctionne au gaz d’éclairage. Le problème est alors que la puissance est certes élevée, mais le rendement est très pauvre ! Ainsi, le moteur consomme beaucoup de gaz et en rejette une bonne partie en gaz d’échappement. Cette solution n’est donc pas très économique.

C’est pourquoi, dans les années qui suivent, deux Allemands, Otto et Langen, décident de se pencher sur le dossier. Leur objectif est de développer un moteur avec un meilleur rendement, pas aussi puissant certes, mais sacrément moins gourmand et polluant ! Pourtant, leurs travaux sont coiffés au poteau par un Français en 1862 : Eugène Beau de Rochas. Cet ingénieur en thermodynamique est à l’origine du moteur quatre temps qui sera perfectionné par la suite tout au long des XIXe et XXe siècles. Les principes de fonctionnement de ce dernier sont encore aujourd’hui la base de nos moteurs de voiture.

Vers le moteur électrique

Ainsi, le moteur thermique à combustion est né et s’est épanoui comme la technologie n°1 dans l’industrie automobile. Avec tous les enjeux climatiques actuels se pose la question de la pollution de ces moteurs. En effet, toute réaction de combustion provoque un rejet de déchets. Ce n’est pas le cas avec un moteur électrique ! Si ces derniers ont le vent en poupe en ce moment, c’est parce que leur coût d’entretien, leur fiabilité et leur rendement se sont grandement améliorés. Aujourd’hui, une Tesla Model 3 ou une Renault Zoé sont de très bons véhicules, fiables et costauds.

Pourtant, les questionnements en lien avec le choix électrique/combustion ne datent pas d’hier. Dès la seconde moitié du XIXe siècle, des travaux sont menés afin de présenter l’intérêt du moteur électrique. En réalité, il y a bien deux trois inventions en ce sens au début du même siècle. Mais devant la puissance des batteries de l’époque, elles ne parviennent qu’à faire fonctionner des trains miniatures… Pourtant, jusqu’au bout, des ingénieurs vont tenter de prouver que l’électrique à sa place sur le marché. C’est dans ce sens qu’est née la Jamais contente.

La Jamais contente

Cette machine du diable est née en 1898 de l’imaginaire d’un Belge, Camille Jenatzy. Dans les faits, ce pilote (et surtout ingénieur) est à la tête d’une entreprise qui fait la même chose que Michelin, mais en Belgique. Souhaitant se diversifier, il étudie l’ingénierie en électricité. Il croit dur comme fer qu’une voiture peut être propulsée par électricité. De plus, il flaire un marché florissant à Paris : celui des fiacres. Un fiacre est une calèche, la différence réside dans le moment de l’année où on l’utilise. La calèche, étant décapotable, ne peut être utilisée en automne-hiver. Camille Jenatzy veut virer les chevaux au profit d’un moteur électrique. Il faut cependant prouver aux futurs acheteurs que le prix en vaut la peine, que la fiabilité est au rendez-vous et surtout, que la batterie ne prend pas mille ans à charger…

La Jamais contente, une voiture électrique futuriste - Cultea

Le « prototype »

Dans cette optique démonstrative et commerciale, Jenatzy dessine et commande la fabrication d’un prototype. Celui-ci est fabriqué par un carrossier prestigieux de Levallois-Perret (fief de Patrick « Patou » Balkany) : J. Rothschild & Fils. Les professionnels utilisent alors un alliage allégé d’aluminium, de tungstène et de magnésium. Le véhicule a la forme d’un obus de presque 4 mètres de long. Il est monté sur pneus Michelin conçus sur mesure à Clermont-Ferrand. Un peu ironique, sachant que l’homme en fabrique lui-même. Mais bien évidemment, l’expertise Michelin faisait hier, et encore aujourd’hui, référence.

Le tout fait quand même le joli poids de 1,5 tonne. La motricité est entraînée par deux moteurs électriques de 25 kW chacun. Le tout offrant une puissance d’environ 68 chevaux. Le poids combiné des moteurs est de plus de 700 kg. L’histoire ne dit cependant pas de combien d’autonomie dispose le véhicule, ni son temps de recharge complet. En revanche, on sait qu’une batterie (améliorée) du même fournisseur (Fulmen) permit en 1906 de couvrir 307 km sans recharger !

Le 29 avril 1899, la voiture s’élance sur une route des Yvelines et brise le plafond de vitesse symbolique des 100 km/h ! On enregistre 105,88 km/h en vitesse de pointe. Le record est historique, l’électrique surpasse, l’espace d’un instant, son rival à pétrole.

L’électrique au placard pour un siècle

Malheureusement pour elle, l’industrie choisit le moteur à combustion. En effet, ses pièces mécaniques sont peu coûteuses, faciles à fabriquer et remplacer. De plus, le pétrole a un rendement très haut, alors que les batteries électriques sont lourdes, coûteuses et nécessitent un temps de recharge particulièrement long.

À noter que, 110 ans plus tard, en 2009, la compagnie française Venturi baptisa sa petite fusée sur roue « Jamais contente » et brisa le record. Le modèle ressemble aussi à un obus, cette fois-ci de près de 3 000 chevaux, et est aujourd’hui capable de chatouiller la barre des 600 km/h.

Si aujourd’hui l’électrique revient sur le devant de la scène, c’est grâce aux progrès fulgurants des technologies des batteries. Que ce soit le lithium-ion ou l’hydrogène, l’avancement est rapide et fiable. Elon Musk promet par exemple que sa Tesla Model 3 peut survivre jusqu’à 1 million de kilomètres au compteur en gardant ses performances et sa fiabilité. Plutôt impressionnant pour une berline confortable de près de 500 chevaux et autant de kilomètres d’autonomie. Ce qu’il faut en revanche retenir, c’est qu’il y aura toujours des rêveurs fous pour inventer des produits qui changent notre quotidien.

 

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