Aux origines des figurines manga

Aux origines des figurines manga - Cultea

Il y a un secteur pour lequel la crise n’existe pas et dont les clients sont toujours prêts à mettre la main au portefeuille, animés par leur passion : celui des figurines manga. Il en existe de tous les genres et pour tous les budgets. La France, en tant que deuxième consommateur de mangas au monde, est tout spécialement touchée par ce phénomène, qui a explosé à l’après-guerre. Mais on peut retracer l’histoire de ces objets à bien plus loin. De la préhistoire jusqu’aux Funko Pop, retour sur ces jouets de collection désormais indissociables de nos œuvres cultes.

Les figurines à l’aube du monde

La création de figurines, c’est-à-dire de statuettes de petite taille représentant une figure humaine ou animale, remonte à la préhistoire. Au Japon, on trace leur apparition à la fin de l’ère Jōmon, de -13 000 à – 400 av. J.C. Le plus célèbre exemple est certainement le Dogû. On a retrouvé environ 15 000 de ces petites statuettes assez mystérieuses, faites d’argile. Très présentes dans la culture japonaise, elles ont inspiré des Pokémon et plus récemment toute la direction artistique de Zelda : Breath of the Wild, ainsi que sa suite, Tears of Kingdom.

Dogû retrouvé sur le site Abisuda, à Tajiri dans la préfecture de Miyagi

Avec le temps, l’argile perd en popularité au profit d’autres matériaux. Les sujets restent religieux et principalement bouddhistes, sous l’influence de la Chine et de la Corée. Bon nombre des statuettes jusqu’à l’époque Heian (794-1185) sont désormais sculptées dans le bois par des artisans ou des moines. Osamu Tezuka n’hésite pas à représenter cet art dans le tome 4 de Phoenix : Karma. Largement associées à la religion ou à la spiritualité, on n’hésite pas à prêter un rôle de porte-bonheur à ces effigies.

Netsukes en ivoire

Puis, c’est à l’époque Kamakura que les figurines connaissent un nouveau développement. Elles deviennent en effet un accessoire stylistique, pratique, sous la forme des Netsuke. Ces petites sculptures servent à retenir les bourses attachées à l’obi (la ceinture) du kimono. En effet, l’habit traditionnel n’ayant pas de poches, il s’agissait du seul moyen de transporter ses possessions. On les retrouve travaillées dans le bois, la laque, le métal, l’ivoire, l’ambre, etc.

L’apparition du manga

Durant l’époque Edo (1603-1868), le manga connaît ses premiers balbutiements. En effet, Hokusai sera le premier à utiliser ce terme. Le peintre et graveur, à qui l’on doit les estampes les plus célèbres au monde (La Grande Vague au large de Kanagawa, Vent frais par matin clair), désignera ainsi ses carnets de croquis dans lesquels il saisit le monde « sur le vif ».

Pendant l’ère Meiji (1868 – 1912), le Japon s’ouvre au monde occidental. L’île, jusqu’alors complètement refermée sur elle-même, découvre de nouvelles influences artistiques. Le premier manga moderne date de 1902. Créé par Rakuten Kitazawa, il reprend l’Arroseur arrosé des frères Lumière. Rakuten est le premier à réutiliser le terme de manga après Hokusai et est considéré comme le fondateur de ce nouvel art. Il crée son propre magazine, Tokyo Puck, et bientôt le manga se diffuse dans les publications japonaises.

Premier numéro de Tokyo Puck en 1905

Hélas, ces mangas ne représentent pas encore de personnage fortement reconnaissable, ou ne sont pas assez largement diffusés pour lancer une série de produits dérivés. Si des figurines ne manquent pas de représenter des rôles de kabuki, des chats ou des yōkai, les figurines mangas n’existent pas encore.

Plusieurs éléments vont alors se rejoindre pour véritablement lancer l’essor des premières figurines telles qu’on les connaît. Tout d’abord, on entre dans l’ère industrielle et on produit désormais des biens à grande échelle. Puis, une nouvelle matière est créée : le celluloïd. Toute première matière plastique, elle rend la production des poupées et des figurines plus rapide, moins chère et plus simple. Les jouets jusqu’alors fabriqués artisanalement vont pouvoir s’écouler en masse dans la population.

L’influence des guerres mondiales

La Première et la Seconde Guerre mondiale ont eu une influence directe sur le marché des figurines au Japon et dans le monde. En effet, les Allemands dominaient depuis longtemps l’industrie du jouet. Or, au lendemain de la guerre, le pays ne peut plus répondre aux besoins du marché. De plus, même lorsque leurs usines arrivent à produire des jouets de qualité, ils sont boycottés. L’Europe, épuisée, n’arrive pas à répondre à la demande. Le Japon se positionne immédiatement sur le créneau.

Durant l’entre-deux-guerres, déjà, les jouets en celluloïd représentaient la treizième source d’exportation du Japon. Puis, les bénéfices de cette industrie sont multipliés par 9 entre 1914 et 1920, pour atteindre 21 millions de yens. A la fin de la Deuxième Guerre mondiale, la présence américaine au Japon introduit les jouets dérivés dans la population. Figurines de soldats, Barbies… La culture japonaise, friande de figurines, s’y accroche immédiatement, mais l’île reste chauvine. On veut consommer japonais. En 1947, Bandai ouvre ses portes, en même temps que Kotobukiya. Les deux sociétés de jouets deviennent immédiatement des leaders du marché.

Apparition des vraies premières figurines manga

Aux alentours de 1950, le Japon se remet peu à peu de la guerre. La culture, qui était au service de la propagande, commence à regagner son indépendance. Le dernier engrenage se met ainsi en place. Finalement, il ne manquait à cette formule que des titres cultes, aimés en masse. Et c’est Osamu Tezuka qui émerge, avec sa carrière flamboyante. Astro Boy, le Roi Léo, Phoenix, etc. Soudain, les Japonais sont des millions à lire ces œuvres et à consommer des produits dérivés.

Figurine de Godzilla, Bandai, 1954

La culture de masse fait son effet. Les mangas et les films japonais font le tour du globe grâce à la mondialisation. Les films de Kaijūs, comme Godzilla, explosent le box-office et tous les enfants réclament un jouet à son effigie. La culture japonaise s’exporte. Walt Disney s’inspire du Roi Léo pour créer Le Roi Lion. Les petites créatures mignonnes comme Doraemon, les énormes mécha comme Tetsujin 28-go. Tous ont droit à leur reproduction miniature.

Désormais, tous les éléments sont en place et la machine se lance véritablement. A l’ère du capitalisme et de la société de consommation, les publicités s’enchaînent. La télé et les magazines encouragent à acheter des figurines à l’effigie des héros. Et les plus jeunes ne sont pas les seuls concernés. Traditionnellement, le Japon a un profond lien avec les figurines, les adultes n’hésitent donc pas à se lancer.

Politiquement, pour le pays, c’est du pain béni. Le Japon, qui tente de faire oublier ses crimes de guerre et de se créer une nouvelle image, s’engouffre dans la brèche. Désormais, le programme, c’est soft-power et kawaii ! Hello Kitty conquiert les cœurs, Pokemon apparaît. C’est une nouvelle ère.

Les figurines manga à l’ère moderne

Aujourd’hui, l’industrie des figurines manga est devenue un secteur à part entière, engrangeant des sommes gigantesques.

  • Good Smile Company : 326 millions d’euros de chiffres de vente
  • Kotobukiya : 113 millions d’euros de bénéfice
  • Bandai : 305 millions d’euros de bénéfice

De plus, les sociétés japonaises ne sont plus les seules sur le marché. Les Américains et même les Français essayent de se trancher une part du gâteau.

Les affaires sont au beau fixe donc, et ce, grâce à une mécanique simple. En effet, il existe des figurines pour absolument tout le monde. Le marché s’est élargi pour proposer des gammes de produits, de prix et de qualité extrêmement larges.

Ainsi, on va désormais des gashapon à quelques euros aux Funko Pop. Puis, pour les budgets un peu moins serrés, on s’attaque aux petites figurines réalistes autour de 30 €. Enfin, on commence à toucher au dessus du panier. Les collectors en résine, les pièces uniques, les figurines grandeur nature… Jusqu’aux plus chères qui peuvent monter à 200 000 € (figurine en or massif de Luffy).

Figurine récente de Jujutsu Kaisen

Les collectionneurs, ou les « figure moe zoku », comme on les appelait à l’époque, sont désormais comblés. En effet, il existe aujourd’hui des plateformes entièrement dédiées à la revente et au partage d’informations concernant leurs figurines et les magasins fleurissent de partout.

Si la société portait autrefois un regard plein de jugement sur cette passion, aujourd’hui il est dur de trouver un foyer occidental sans aucune figurine. L’image des collectionneurs et des otakus s’est banalisée. Désormais, bon nombre de personnalités publiques ou de professionnels de l’industrie n’hésitent pas à se vanter de leur propre collection. Dès lors, les fabricants n’ont plus qu’à améliorer la recette. Au programme ? Des figurines plus écolos, moins sexistes et toujours plus soignées. 

 

Sources :

2 Replies to “Aux origines des figurines manga

  1. Article très lisible et enrichissant, merci beaucoup. De nombreuses informations dont l’existence m’étaient alors inconnues notamment en ce qui concerne l’historique de ces objets.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *