Néron a-t-il vraiment provoqué le grand incendie de Rome ?

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Le 18 juillet 64, un terrible incendie consume Rome. Les flammes sont hautes, elles ravagent les immeubles. Et au loin, à travers les rues brûlantes, certains habitants semblent entendre leur empereur Néron chanter…

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Néron l’empereur artiste

Des débuts prometteurs

Avant de nous lancer dans le récit de cette nuit de flammes et de morts, nous allons nous pencher sur le principal accusé de ce drame historique : Le célèbre empereur Néron et sa noire réputation. Si l’on voit effectivement cet empereur romain comme un des plus cruels ayant régné, il s’avère que le propos reste tout de même à nuancer

Néron à Baïes, Jan Styka, 1900.
Néron à Baïes, Jan Styka, 1900.

Nota Bene : Les principales sources qui éclairent la vie de Néron, proviennent des écrits de Suétone dans son De vita duodecim Caesarum libri (La Vie des douze Césars) et de Tacite dans les Annales. Leurs œuvres sont toutes les deux écrites une quarantaine d’années après la mort de Néron et les deux auteurs appartiennent aux ordres supérieurs de la société romaine. Ces éléments nous amènent à prendre avec prudence les faits relatés dans ces écrits.

 

Néron naît en 37 à Antium. Sa mère Agrippine la Jeune devient la seconde épouse de l’empereur régnant Claude, qui adopte son fils et le propulse dans un jeu politique dangereux. En effet, Claude a déjà un héritier, Britannicus. Pour accélérer la prise de pouvoir de Néron, Agrippine décide d’empoisonner son mari empereur. Il n’est pas rare dans le monde romain que la transmission de pouvoirs passe par un assassinat. Si plusieurs versions quant à la mort de Claude existent, on retient souvent la version où Agrippine embauche l’empoisonneuse Locuste. C’est ainsi qu’après un joli plat de cèpes, l’empereur Claude décède.

En 54 à dix-sept ans, Néron arrive alors au pouvoir. Le jeune empereur est l’arrière-arrière-petit fils d’Auguste, fondateur de la dynastie. On le lie aux divinités Mars et Apollon, ce qui l’entoure d’une aura sacrée. Mais son image seule ne suffit pas à asseoir son pouvoir. Un empereur doit également acheter sa protection en doublant le solde de la garde prétorienne pour éviter des complots. Il est également question de mettre dans sa poche le vote de la plèbe. Néron donne alors beaucoup de vins, de nourriture et de jeux au peuple.

Les cinq premières années du règne de Néron sont plutôt positives. Il réduit l’impôt, peine à condamner à mort ses opposants… Mais derrière l’empereur ce sont surtout sa mère Agrippine, ainsi que son célèbre professeur Sénèque qui influencent ses décisions. Ce dernier donne un vernis politique au jeune empereur, lui apprend à régner et le conseille vivement sur certaines décisions.

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« Portrait de Sénèque d’après l’antique » (un buste maintenant surnommé Pseudo-Sénèque (en)) de Lucas Vorsterman d’après Rubens, 1638, Bibliothèque nationale de France.

Des scandales pas si choquants pour l’époque.

On associe beaucoup Néron à la cruauté et au vice. Il est effectivement vrai que d’un point de vue contemporain, de nombreux actes abominables parcourent la vie de cet empereur. Mais les mœurs de l’époque ne sont pas considérés de la même manière à l’Antiquité. Il n’y a aucune limite afin d’atteindre la jouissance. Ainsi, la pédophilie, la violence sexuelle, les orgies sont des actes récurrents et banalisés dans l’entourage des empereurs. On retrouve d’ailleurs Néron déguisé dans les rues de Rome et protégé de sa garde, enlever des femmes à leur mari sans leur consentement afin de les posséder.

Ce qui est plus tabou chez les romains, c’est l’inceste. Malgré tout, nous ne sommes pas sans savoir que des liaisons incestueuses se nouent régulièrement, bien qu’elles soient moins ouvertement assumées. Claude est notamment l’oncle d’Agrippine la Jeune et Néron entretient quelques relations avec sa propre mère…

Trois assassinats historiques

Concernant les morts nombreuses dans l’entourage proche de Néron, certains scandales ont plus marqué que d’autres.

S’agissant de l’assassinat de Britannicus tout d’abord : En 55, la position de pouvoir de Néron est encore fragile, et la seule existence de son demi-frère Britannicus ne fait rien pour arranger la situation. Il ordonne alors à Locuste d’empoisonner le jeune homme. Après deux tentatives, Britannicus décède en plein milieu d’un banquet.

Locuste essaie le poison sur un esclave, esquisse pour le tableau primé Locuste essaie, en présence de Néron, le poison préparé pour Britannicus, Joseph-Noël Sylvestre, 1870-80.
Locuste essaie le poison sur un esclave, esquisse pour le tableau primé Locuste essaie, en présence de Néron, le poison préparé pour Britannicus, Joseph-Noël Sylvestre, 1870-80.

Néron se met ensuite à accuser son épouse Octavie, fille de Claude, d’infertilité. Sa mère Agrippine, prend le parti de sa belle-fille pour éviter une polémique politique. Il répudie tout de même Octavie et l’exile en 62. Il divorce alors et épouse son véritable amour, sa maîtresse Poppée. L’opinion gronde, on accuse par conséquent la jeune Octavie d’adultère et elle reçoit l’ordre de se suicider. De force, on lui ouvre finalement les quatre veines, puis on porte sa tête coupée à Rome pour la montrer à Poppée.

Sabina Poppæa, Maître anonyme de l'École de Fontainebleau (XVIe siècle), musée d'Art et d'Histoire de Genève.
Sabina Poppæa, Maître anonyme de l’École de Fontainebleau (XVIe siècle), musée d’Art et d’Histoire de Genève.

En parallèle, l’empereur ressent de plus en plus la pression de la tutelle de sa mère et cela lui déplaît. Il se sent menacé, il a peur qu’elle lui trouve un successeur et qu’elle complote contre lui. Il l’écarte progressivement des pôles de pouvoir et au printemps 59, Néron prend la décision de l’assassiner.

Mais la tâche est délicate. Le matricide à Rome est un crime suprême. Il décide alors de camoufler le meurtre en naufrage. Selon Tacite, Néron et sa suite se trouvent dans sa villa impériale de Misène, dans la baie de Naples, où il a invité sa mère à l’occasion des fêtes de Minerve. À l’issue des fêtes, il la raccompagne au port, où il lui prête une galère avec sa dame de compagnie. Le navire se disloque dans la baie, mais elle parvient à rejoindre le rivage et se fait débarquer au lac Lucrin, d’où elle rejoint sa demeure. Néron consulte Sénèque et Burrus, qui le convainquent de la faire assassiner en pleine nuit dans sa villa par des soldats ou des marins.

L’empereur artiste

Néron est un artiste. Il adore chanter et il révèle même des dons dans les pratiques artistiques. Malgré son statut d’empereur qui lui donne un pouvoir suprême, il veut également montrer sa domination et son talent dans les arts. Pourtant il est censé être dégradant pour un empereur de s’adonner aux arts, les empereurs ne pouvant pas être considérés comme « des amuseurs publics« . Mais Néron s’en moque et entreprend un voyage d’un an en Grèce afin de donner des spectacles et participer à des concours de chants et de lyre. Il crée même une brigade des acclamations pour empêcher les gens de partir durant ses représentations.

Le grand incendie de Rome

Maintenant que tout le monde a bien le profil de Néron en tête, observons de plus près le grand incendie de Rome.

Dans la nuit du 18 juillet 64, le feu se déclare dans l’entrepôt du grand Circus Maximus de Rome. S’il n’est pas rare de constater des incendies dans la capitale romaine, l’exceptionnelle durée et les ravages qu’il induit choquent ! Pendant neuf jours environ, des vents violents attisent les braises, tandis que le feu s’éparpille dans la ville, s’éteint et repart.

Carte de progression du grand incendie de Rome
Carte de progression du grand incendie de Rome

Au total, trois des quatorze régions (quartiers) qui constituent la ville sont détruites et seulement quatre restent vraiment intactes. On compte environ 200 000 sans-abris, ainsi que des milliers de morts.

Néron accusé

Les soupçons d’un incendie volontaire se dirigent immédiatement vers Néron. L’impopularité de l’empereur le dessert, d’autant plus que de nombreuses personnes rapportent l’avoir entendu jouer de la lyre et déclamer des odes pendant que Rome brûlait. Pourtant, aucune preuve concrète ne vient appuyer cette thèse.

Représentation du grand incendie de Rome, d'après un tableau de Karl Theodor von Piloty, vers 1861.
Représentation du grand incendie de Rome, d’après un tableau de Karl Theodor von Piloty, vers 1861.

Rome est bâtie avec des sols en chaux et des armatures en bois. Le tout est extrêmement inflammable et comme nous l’avons dit plus haut, les incendies ne sont pas rares à Rome. Parfois ce sont des accidents, d’autres fois des propriétaires mettent le feu à de grands immeubles. De plus, le grand incendie intervient dix ans après la prise de pouvoir de Néron, il n’est donc pas en danger à ce moment-ci. En outre, ce soir-là, l’empereur est dans sa villa à Antium et ne revient que dans la nuit, lorsque le feu est déjà très violent. S’il est peu probable que Néron soit à l’origine de l’incendie, on peut lui reprocher son inaction.

Après la catastrophe, les victimes recherchent un coupable. C’est ainsi que Néron, qui a toujours voulu reconstruire Rome et qui a préféré contempler « le spectacle du feu » plutôt que de réagir, est la cible des soupçons. L’empereur n’hésite cependant pas à faire construire un immense palais doré sur les ruines de Rome et à recréer des rues plus larges et plus aérées afin de limiter les incendies. Il ouvre également ses jardins aux rescapés de l’incendie et fait venir du blé du port d’Ostie.

Finalement, pour faire taire les mauvaises langues, il décharge son courroux sur des boucs émissaires parfaits : les chrétiens. Ces derniers ne s’intègrent pas facilement à Rome. Si la ville est très ouverte sur les religions, tous doivent consentir à l’adoration de l’empereur, ce que les chrétiens ne font pas. La population est donc plutôt hostile aux chrétiens, ce qui fait d’eux de bons coupables. Au cours d’une grande fête à la maison impériale, Néron fait crucifier les chrétiens, les enduit de poix pour les faire brûler et éclairer les festivités.

Les Torches de Néron, tableau du peintre polonais Henryk Siemiradzki de 1876, Musée national de Cracovie.

C’est ainsi que Néron orchestre une des premières persécutions de l’empire romain. Mais cela n’empêche pas les complots contre Néron de se multiplier : la conspiration Pison, Sénèque… Il finira par se suicider.

Sources :

Néron et l’incendie de Rome | 2000 ans d’histoire | France Inter

L’un des plus célèbres empereurs romains, Néron, Futura Sciences

Néron, Hérodote.net

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Maurane Charles

Étudiante chercheuse en Histoire Contemporaine - Passionnée de littérature, de musique, de cinéma.
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