L’insalubrité sanitaire de Paris au XVIIIe siècle : l’étude de Mercier

L'insalubrité sanitaire de Paris au XVIIIe siècle : l'étude de Mercier

Ville en plein développement au cours de l’Ancien Régime, et plus particulièrement durant le XVIIIe siècle, la capitale française était surtout connue pour son insalubrité sanitaire. Louis-Sébastien Mercier est l’un des écrivains de l’époque qui en a le plus parlé. Retour sur son analyse et sur l’atmosphère nauséabonde qui régnait en plein Paris.

Le cimetière des Innocents : un foyer d’odeurs nauséabondes

Le quartier du cimetière des Innocents est aujourd’hui connu pour avoir abrité des cadavres. À l’époque il se distingue pour l’odeur pestilentielle qui s’y dégage.

Louis-Sébastien Mercier souligne cette odeur dans nombre de ses écrits. Notamment dans l’un d’entre-eux : Tableau de Paris (1783). Dans cet écrit, il fait état de l’insalubrité du quartier et de ses conséquences sur le quotidien des habitants :

« Les caves adjacentes étoient méphitisées au point qu’il fallut en murer les portes. »

Le cimetière des innocents
Planche 2 de la bande dessinée « Le cimetière des innocents » Tome 1 de Philippe Charlot, 2018

Au sein de ce cimetière, des cadavres y sont enterrés depuis l’époque des Mérovingiens. Louis-Sébastien Mercier estime le nombre de corps à plus de 10 millions ! Les os ne cessent de s’empiler et provoquent même des éboulements de façades. En 1780, les murs de la cave d’un restaurateur, situé à proximité du cimetière, s’effondrent à cause de l’amas des ossements.

Selon Mercier, ledit cimetière ne provoque pas uniquement des dégâts matériels : sa mauvaise odeur imprègne les murs des habitations environnantes. Elle affecte par conséquent les mets de l’habitant et sa santé :

« L’humidité cadavéreuse que l’on pouvait trouver sur les murs des maisons voisines au cimetière, surpasse les sucs des végétaux vénéneux et s’attaque au système nerveux, entrainant spasme et vomissements. »

L’air parisien n’est pas seulement désagréable à l’époque, il est également dangereux.

Une insalubrité sanitaire aussi due à l’eau

Aujourd’hui, les égouts n’ont pas la réputation d’être un foyer de bonnes odeurs. Au contraire, on les trouve sales et répugnants. Au XVIIIe siècle, c’était la même chose, voire pire.

Les égouts parisiens sont très utiles pour déverser les fermentations putrides et les matières organiques en décomposition. Louis-Sébastien Mercier nous offre une description dans Tableau de Paris (1783) :

« Le quai de Gèvre est porté sous une voussure. Une voussure qui forma un cloaque affreux ou quatre égouts versa la fange. »

Ce que le réseau d’égouts rejette n’est pas la principale cause de la mauvaise odeur perceptible par les parisiens. Cette odeur est également due à la constitution même des canalisations parisiennes, puisque ces dernières sont toutes composées de plomb. Un matériau qui représente l’exhalaison délétère par excellence.

Les canalisations parisiennes débouchent toutes au même endroit : dans la Seine. Pourtant, le fleuve permet de s’alimenter en eau et d’alimenter les puits grâce aux pompes. Cela signifie que l’eau du fleuve était consommée telle quelle.

Or dans la Seine, on retrouve tout ce que la ville rejetait vers l’extérieur. C’est-à-dire les déchets, les cadavres, mais aussi des carcasses animales. Il s’agit alors du troisième facteur de l’insalubrité parisienne au XVIIIe siècle.

Une odeur causée par le domaine de la mort

Au sein de Paris, on note la présence de 300 étals de boucherie à la fin du XVIIIe siècle. Normalement, les étals et les abattoirs doivent se situer à la périphérie de la ville. Mais du fait de l’expansion de cette dernière, ils se sont retrouvés au centre de Paris.

Article « Boucher », Diderot et D’Alembert, Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers (1751-1772)

Avant d’être abattus, les animaux sont entassés dans des étables au sein de la ville. Ils dégagent alors une mauvaise odeur, du fait de leurs déjections. Ensuite, les bêtes sont abattues et exposées dans la rue. Les bouchers les vident publiquement.

En plus de caractériser le boucher comme une personne violente et sanglante, l’action d’exposer les cadavres dans la rue a un impact sur l’émanation des odeurs et la pollution de l’eau. Le sang coule sur le pavé et descend le long de la rue. Un fait que relève Louis-Sébastien Mercier :

« Les tueries sont un véritable facteur accélérateur du manque d’hygiène parisien, notamment avec le sang qui découle des tueries »

Si le sang coulait jusqu’à arriver à la Seine, son odeur restait sur le sol. Quelques morceaux pouvaient également rester dans la rue, favorisant alors la mauvaise odeur lors de leur décomposition. Les parisiens qui marchaient sur le pavé propageaient également l’odeur nauséabonde.

Image du projet BRETEZ, représentant la rue Saint Jacques de la Boucherie, issue d’une reconstitution en 3D de Paris au XVIIIe siècle.

Trois facteurs sont donc à retenir pour expliquer la mauvaise odeur et la pollution qui ravageaient Paris au XVIIIe siècle : l’abondance de cadavres au sein du cimetière des Innocents, les carcasses d’animaux exposées dans la rue, mais surtout la mauvaise gestion des déchets de la part des Parisiens.

Sources :

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