L’expédition Andrée de 1897 : la tragique quête du pôle nord

Le 6 août 1930, l’équipage du Bratvaag, navire chasseur de phoques, aborde l’île de Kvitøya dans l’océan Arctique. Cette dernière, habituellement recouverte de glace, est accessible grâce à un été particulièrement chaud. Sur l’île, l’équipage découvre les vestiges d’une expédition ayant eu lieu 33 ans auparavant : celle de Salomon August Andrée. L’aéronaute suédois était en effet parti à la recherche du pôle nord en 1897. Aujourd’hui, on vous propose de revenir sur cette expédition tragique, qui entraîna la mort de l’ensemble de ses participants. 

La quête du pôle nord

À la fin du XIXe siècle, le pôle nord est encore une terre inconnue. Pourtant, de nombreux explorateurs ont déjà essayé d’y accéder, mais toutes les tentatives se sont soldées par un échec. Pas moins de 700 personnes perdent ainsi la vie en tentant de découvrir cette terra incognita. On peut citer l’exemple de l’expédition de Sir John Franklin, parti à bord des HMS Erebus et HMS Terror à la recherche du Passage du Nord-Ouest. L’équipage était alors composé de 128 hommes, et aucun n’a survécu.

À cette époque, on assiste donc à une sorte de course vers le pôle nord, et plusieurs pays sont en compétition, tels que la Norvège et la Suède. Cela est en fait le résultat d’un certain patriotisme, les Suédois étant jusqu’alors à la traîne dans cette course. L’expédition norvégienne de Fridtjof Nansen et de Hjalmar Johansen de 1895 avait en effet atteint un record de latitude nord de 86°13′. La Suède souhaitait alors battre son pays voisin.

Le ballon à gaz de S. A. Andrée

Une conférence se tient en 1895 à l’Académie royale des sciences de Suède. Lors de celle-ci, l’ingénieur suédois Salomon August Andrée propose de conquérir le pôle nord en utilisant le ballon à gaz (aussi appelé charlière). Ce moyen de transport n’avait encore jamais été utilisé dans l’exploration des pôles. Selon les calculs d’Andrée, l’expédition ne devrait pas durer plus d’une semaine. Le ballon partirait de l’archipel du Svalbard, survolerait la Sibérie puis le Canada (en fonction des vents), avant d’arriver au pôle nord. L’ingénieur avance aussi que des mesures pourront être prises 24h sur 24h lors du trajet, grâce au soleil de minuit. De plus, le coût humain du voyage serait très faible, puisque l’expédition ne nécessiterait que 3 personnes.

On commence alors à collecter des fonds pour financer l’expédition. Certaines personnalités telles que le roi Oscar II de Suède ou encore Alfred Nobel y contribuent. Un ballon à hydrogène de 20,5 m de diamètre est commandé auprès du constructeur parisien Henri Lachambre. Celui-ci est composé de trois couches de soie, et des voiles sont fixées à côté de lui pour permettre aux explorateurs de le diriger. De plus, Andrée met au point un système de guideropes et de lourdes cordes censées traîner sur le sol. Ces dernières devraient ralentir la vitesse du véhicule et pourraient être lâchées si besoin.

L’échec de la première tentative

L’expédition quitte la Suède en juillet 1896. À bord du ballon, on retrouve donc S.A. Andrée, accompagné du météorologue Nils Gustaf Ekholm et du physicien et chimiste Nils Strindberg. En plus d’atteindre le pôle nord, l’équipage a pour objectif de cartographier la zone polaire. Malheureusement, les conditions météorologiques sont mauvaises, et Ekholm décide alors de se retirer. Selon lui, l’expédition est trop risquée. En plus de cela, le ballon présentait des trous au niveau des coutures, laissant s’échapper l’hydrogène gardé à l’intérieur. L’expédition est un fiasco, et Andrée est accusé d’avoir été incapable de prédire les vents. À leur retour, l’enthousiasme a déjà commencé à se dissiper, et il y a peu de candidats à une deuxième expédition. Néanmoins, Andrée finit par choisir Knut Frænkel, un ingénieur de 27 ans, pour l’accompagner à bord de son ballon.

Nils Ekholm, Salomon August Andrée et Nils Strindberg - Cultea
Nils Ekholm, Salomon August Andrée et Nils Strindberg.

Un vol tragique

Le ballon décolle une nouvelle fois le 11 juillet 1897, au départ du Spitzberg. Grâce aux journaux de bord tenus par l’équipage, retrouvés en 1930, on sait à peu près comment l’expédition s’est déroulée. Au début, le ballon peine à décoller en raison de la direction et de la force des vents. Les guideropes finissent par se détacher, et le ballon s’élève ainsi à plus de 600 m d’altitude. Les explorateurs ont aussi dû lâcher plus de lest que prévu, rendant l’aérostat moins manœuvrable. Le ballon réussit malgré tout à parcourir 400 km au cours des 12 premières heures. Malheureusement, le ballon vole ensuite à une altitude bien trop basse et touche beaucoup le sol. Alors, l’équipage est forcé d’atterrir le 14 juillet 1897, après 33 h de vol. Les explorateurs atteignent la latitude nord de 82°56′ et se trouvent à 750 km du pôle nord…

L’atterrissage forcé du ballon est dû à plusieurs choses. Tout d’abord, ce dernier était bien trop lourd. Il présentait aussi une couche de glace incapable de fondre en raison du manque de soleil. Enfin, le gaz à l’intérieur du ballon avait refroidi à tel point qu’il était impossible de gagner en altitude.

La mort des explorateurs au pôle nord

Au début, l’équipage essaie de rejoindre le cap Flora dans l’archipel François-Joseph. Cependant, la dérive des glaces rend l’avancée vers l’est quasiment impossible. Les trois explorateurs choisissent donc d’aller vers le sud, plus précisément en direction des Sept Îles dans l’archipel du Svalbard. Le 12 septembre, l’équipage décide de passer l’hiver sur la banquise près de l’île de Kvitøya (White Island). À partir du 17 octobre 1897, les journaux des explorateurs deviennent vierges.

 Knut Frænkel et Nils Strindberg - Cultea
Photo de Knut Frænkel (gauche) et Nils Strindberg (droite), retrouvée en 1930.

Le 6 août 1930, l’équipage et les scientifiques du Bratvaag tombent nez à nez avec le campement de l’expédition d’Andrée. Dans une crevasse, ils retrouvent le squelette de Nils Strindberg, couvert de roches. Ils supposent donc que ce dernier est mort en premier et que ses compagnons l’ont enterré. Le corps d’Andrée est lui retrouvé sur le rocher situé au-dessus de leur tente. Un mois plus tard, on découvre les restes de Knut Frænkel dans les débris de la tente. En plus de cela, on tombe sur les journaux tenus par les trois explorateurs, ainsi que sur des pellicules photo quasi intactes. Grâce à ces découvertes, il aura été possible de retracer les événements de cette tragique expédition.

Avant la découverte des corps des 3 explorateurs, un grand mystère plana sur l’expédition Andrée. On ne savait en effet rien de la destinée funeste d’Andrée, Frænkel et Strindberg. Pourtant, même après avoir retrouvé les journaux de l’équipage, ce voyage vers le pôle nord continue à fasciner. Hélène Gaudry a en effet publié en 2019 Un monde sans rivage, un récit d’enquête s’appuyant sur les photos de l’expédition retrouvées en 1930.

 

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