Les monts de Kong : une chaîne de montagnes africaine imaginaire

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Après le faux enregistrement de la voix du tsar Nicolas II, Cultea a souhaité vous faire découvrir une autre supercherie qui concerne cette fois-ci la géographie. Au début du XIXe siècle, un géographe anglais inscrivit sur une carte un massif montagneux en Afrique, les monts de Kong. Ces montagnes ont été répertoriées sur la totalité des atlas de l’Afrique pendant près d’un siècle. Pourtant, elles n’ont jamais existé. On vous explique cette imposture des plus improbables.

Le récit évasif d’un explorateur sur une région énigmatique

À la fin du XVIIIe siècle, l’Afrique est encore un continent largement inconnu et qui fascine. D’ailleurs, plusieurs rumeurs concernant l’existence de montagnes dans la région couraient depuis longtemps. En 1796, l’explorateur écossais Mungo Park revient d’une expédition en Afrique de l’Ouest et publie son récit de voyage. Il fut l’un des premiers Européens à explorer autant en profondeur le continent africain.

Dans ses carnets de voyage, Park prétendit avoir découvert une chaîne de montagnes qu’il baptisa les « monts de Kong ». En effet, les locaux les avaient décrits comme appartenant au royaume de Kong. Le nom de ces montages fait donc référence à un royaume et à une ville qui eux ont bel et bien existé dans ce qui est aujourd’hui le nord de la Côte d’Ivoire.

À l’origine des monts de Kong : un cartographe mal renseigné

James Rennell - Cultea

S’appuyant sur ce vague témoignage et le peu d’informations transmises, le géographe anglais James Rennell réalisa une carte de l’Afrique et y fit figurer les monts de Kong pour la première fois en 1798. Il écrivit alors :

« Les découvertes de ce gentleman donnent un nouveau visage à la géographie physique de l’Afrique de l’Ouest. »

Ainsi naquit l’une des plus grandes supercheries cartographiques de l’histoire. James Rennell utilisa de maigres informations et les combina avec son imagination. En effet, si le géographe fut si prompt à accepter cette information de Mungo Park, c’est que la présence et la localisation de ces montagnes appuyèrent sa thèse sur le cours du fleuve Niger. Souhaitant prouver sa théorie, il situa le massif entre le bassin du Niger et le Golfe de Guinée et le décrivit comme long de près d’un millier de kilomètres. Les montagnes traversaient ainsi le continent d’est en ouest et le coupaient en deux.

Carte de l'Afrique datant de 1805 et figurant les monts de Kong - Cultea
Carte de l’Afrique datant de 1805

Toutefois, personne ne remit en question la carte de Rennell. Il était alors réputé et reconnu pour son travail, étant membre de la Royal Society, une société savante émérite destinée à la promotion des sciences. Le mythe de cette chaîne de montagnes va se développer au sein de la société européenne. Ainsi, la chaîne montagneuse fictive figura sur les cartes officielles durant près d’un siècle.

De nombreux témoignages sur l’existence des monts de Kong

Une fois la carte de Rennell établie et accessible au public, les témoignages d’explorateurs s’étant rendus dans la région se multiplient et concordent. Les montagnes furent décrites comme un obstacle insurmontable avec des sommets enneigés allant de 760 mètres à plus de 4 200 mètres pour les plus hauts. En 1833, l’ouvrage La Géographie de l’abbé Gaultier présenta les monts de Kong comme l’un des principaux massifs montagneux de l’Afrique. Certains auteurs affirmèrent même que les montagnes abritaient des gisements d’or.

Les journaux répandirent ces fausses informations auprès du public. Tout le monde s’accorda sur l’existence et les caractéristiques de ces montagnes. Au fil des années, malgré les doutes émis par certains explorateurs et journaux, la réputation et le mythe des monts de Kong demeurèrent. Le célèbre auteur Jules Verne les mentionna dans son roman Robur-le-Conquérant (1886).

Carte des monts de Kong datant de 1881 - Cultea
Carte des monts de Kong datant de 1881

Fin du mythe

À la fin du XIXe siècle, la supercherie s’acheva enfin. Le militaire français Louis-Gustave Binger rétablit la vérité. En effet, le gouvernement français, alors en pleine conquête coloniale, lui confia une mission de reconnaissance géographique et commerciale. Le 20 février 1888, il atteignit la ville de Kong, censée être située au pied des montagnes. Cependant, il ne vit aucun massif à l’horizon. Il écrivit à la France :

« À l’horizon, on n’aperçoit même pas une ride de collines : la chaîne de montagnes de Kong n’a jamais existé que dans l’imagination de quelques voyageurs mal renseignés. »

Gustave Binger - Cultea

Il fut donc le premier à démontrer que les monts de Kong n’existaient pas. On commença à retirer ces montagnes fictives des atlas à partir de 1892. Elles disparurent définitivement au début du XXe siècle : leur dernière apparition fut en 1905.

Pendant longtemps les Européens connurent très mal le continent africain et le fantasmaient. Les monts de Kong furent cartographiés pendant près d’un siècle, une véritable fake news qui s’est propagée dans toute l’Europe. Toutefois, les fake news ne concernent pas uniquement le XIXe siècle. En effet, il existe encore aujourd’hui des informations erronées sur Louis XIV.

 

Sources :

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