Les Générations volées : retour sur une période tragique de l’Australie

Les Générations volées : retour sur une période tragique de l'Australie

Les Générations volées d’Australie désignent les milliers d’enfants aborigènes retirés à leurs parents de la fin du XIXe siècle jusqu’aux années 1970. On les plaçait en effet dans des familles d’accueil, afin qu’ils soient assimilés, ou dans des institutions spéciales. Il faudra attendre 2008 pour que le gouvernement présente des excuses officielles à l’attention de ces familles brisées. Chez Cultea, on vous propose aujourd’hui de revenir sur cette période tragique de l’histoire australienne. 

À la fin du XIXe siècle, nombreux sont ceux qui pensent que la population aborigène australienne est vouée à l’extinction. Selon certains, l’ensemble de cette population allait disparaître en raison de son contact avec les colons blancs. Le darwinisme social et les théories eugénistes sont formels : le contact entre les colons blancs et les aborigènes colonisés entraînera la disparition de ces derniers.

L’enlèvement des enfants aborigènes

En 1869, on met alors en place le Aboriginal Protection Act dans la colonie de Victoria, en Australie. Cette loi est en fait la première qui autorise le retrait d’enfants à leurs parents autochtones. Elle donne donc un très grand pouvoir à la colonie sur les personnes aborigènes, mais surtout métis (half-caste). Officiellement, le but est d’assurer le bien-être de ces enfants en les intégrant à la société blanche. On prônait en effet massivement une White Australia, ainsi que l’assimilation de la population autochtone. Mais en coulisses, on savait parfaitement que l’objectif était de contrôler tous les aspects de la culture aborigène et d’éviter tout métissage. D’autres États et territoires adopteront plus tard des politiques et des lois similaires. On peut par exemple parler du Aboriginals Protection and Restriction of the Sale of Opium Act de 1897, ou encore des Aborigines Act 1934, et Native Administration Act de 1936.

Les Générations volées - Cultea
Les Générations volées (Stolen Generations).

Chefs protecteurs des Aborigènes et institutions

On enlève donc les enfants métis de leurs familles autochtones. Des chefs protecteurs des Aborigènes, tels que Cecil Cook dans le Territoire du Nord et A. O. Neville en Australie-Occidentale, soutiennent ces législations. Ce dernier écrira même en 1930 dans The West Australian :

« Éliminons les Aborigènes pur-sang et permettons la mixture des métis parmi les Blancs, et peu à peu la race deviendra blanche. »

Ces protecteurs en chef possèdent en fait des pouvoirs de tutelle sur les autochtones (jusqu’à 16 ou 21 ans). Dès lors, ils avaient le pouvoir de décider de leur lieu de vie ou de travail. De plus, certains policiers ou des « Aboriginal Protection Officers » pouvaient localiser puis transférer les enfants de mères aborigènes dans des institutions de soins. À partir du début du XXe siècle, on met en effet en place des institutions gouvernementales et missionnaires pour enfants métis. Leur but ? Soigner et éduquer ces enfants retirés de leur foyer familial. On peut citer par exemple l’Ebenezer Mission dans la colonie de Victoria, le Moore River Native Settlement en Australie occidentale ou encore la Doomadgee Aboriginal Mission dans le Queensland.

Conséquences pour les enfants des Générations volées

Ces enlèvements massifs et arbitraires ont eu des conséquences désastreuses sur les enfants qui en ont été les victimes. Beaucoup d’entres eux ont en effet eu du mal à trouver leur place, et pour cause. D’un côté, une société blanche qui les rejette, de l’autre, une société autochtone à laquelle ils ne peuvent pas s’intégrer, n’ayant pas grandi avec ses codes sociaux. Alors que l’objectif des lois en place était l’assimilation des enfants métis, les Générations volées ne se sont vues qu’être davantage exclues et marginalisées. Beaucoup d’entres eux n’ont d’ailleurs jamais revu leurs parents ou leurs frères et soeurs.

Puisque certains ont été enlevés très jeunes, ils sont incapables d’utiliser leur dialecte. Les directeurs d’institutions et missionnaires les forçaient en effet à ne parler qu’en anglais. S’ils ne le faisaient pas, ils risquaient de se voir infliger des punitions dégradantes, comme devoir se laver la bouche au savon.

Générations volées de Carrolup
Les enfants de Carrolup (Australie) avec le premier directeur, M. W. J. Freyer. Il a été contraint de démissionner en 1918 pour avoir enchaîné une des jeunes filles par le cou à un lit en guise de punition.

D’un autre côté, certains ont tout de même réussi à trouver leur place dans la société. Toutefois, ils sont loin d’être en nombre majoritaire.

Reconnaissance des Générations volées

À la suite d’une enquête nationale, le rapport Bringing Them Home de 1997 révèle au grand jour l’histoire des Générations volées. Il reconnaît la violation des droits des enfants enlevés en préconisant des mesures de soutien. De plus, il demande à l’Australie de présenter des excuses nationales, ce que le premier ministre Kevin Rudd ne fera qu’en 2008. Avant cela, le Parlement avait adopté en 1999 une motion pour exprimer son « profond et sincère regret au sujet des enfants aborigènes qui ont été enlevés à leurs parents ». 

Bruce Trevorrow sera en 2007 le premier enfant des Générations volées à obtenir une compensation financière de la part d’un tribunal. On l’enleva à ses parents en 1957, alors que son père l’avait amené à l’hôpital. À peine âgé de 13 mois, les autorités le retirèrent à ses parents de manière tout à fait légale. Ils l’amenèrent ensuite à une famille blanche en prétextant qu’il était orphelin.

À ce jour, on ne sait toujours pas combien d’enfants autochtones les autorités ont ainsi retiré de leur foyer. Selon le rapport de 1997, le nombre avoisinerait les 100 000. Le professeur Robert Manne parle plutôt d’un nombre allant de 20 000 à 25 000. Quoi qu’il en soit, les Générations volées dénoncent encore aujourd’hui le racisme institutionnel et tentent de d’attirer l’attention sur les problèmes de santé mentale des victimes.

 

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