La pierre philosophale à travers l’histoire : de ses origines à aujourd’hui

La pierre philosophale est une substance hypothétique alchimique. De nos jours, beaucoup la connaissent grâce à la saga Harry Potter. Pourtant, elle semble exister depuis très longtemps…

La pierre philosophale serait le moyen par lequel transformer les métaux vils en or, ou même en argent. Les alchimistes considéraient aussi qu’elle pouvait guérir les maladies et prolonger la vie humaine. La fabriquer était très complexe. En effet, il fallait d’abord trouver la matière première dans les profondeurs de la terre. Ensuite, on devait dissoudre cette matière en eau, puis évacuer l’eau superflue par volatilisation pour que la matière coagule et se transforme en produit visqueux. Par la suite, on devait séparer les matières les plus subtiles, et enfin, il fallait unir ces esprits purs afin d’obtenir la pierre.

Origines de la pierre philosophale

La première référence à la pierre philosophale date de 300 après J.-C. Elle se trouve dans Cheirokmeta de l’alchimiste gréco-égyptien Zosime de Panopolis, mais aussi dans le Kitab al-Fuṣūl al-ithnay ‘ashar fī ‘ilm al-hajar al-mukarram (Le livre des douze chapitres sur la science de la Pierre Illustre) d’Ostanès. Des écrivains alchimistes avançaient également que l’origine de la pierre remontait à Adam. Elias Ashmole, par exemple, expliquait que Dieu aurait informé Adam de l’existence de cette pierre. Les patriarches de la Bible auraient à leur tour transmis ce savoir.

Concernant la théorie de la création de la pierre, l’origine se trouverait plutôt du côté des philosophes grecs. En effet, les alchimistes auraient puisé leur inspiration dans les textes de ces derniers, tels que le Timée de Platon. Celui-ci racontait que les quatre éléments provenaient d’une matière première (materia prima), associée au chaos. Les alchimistes ont par la suite utilisé le terme « Prima Materia » pour nommer cette matière  nécessaire à la création de la pierre. 

Le Rosaire des Philosophes
Le Rosaire des Philosophes, un livre d’alchimie de 1550 publié à Francfort.

Au Moyen-Âge

Au VIIIe siècle, l’alchimiste Jabir ibn Hayyan (Geber) avance que chaque métal est une combinaison des quatre éléments, et donc des quatre qualités fondamentales. Ces dernières sont chaudes ou froides et sèches ou humides. Dès lors, un métal pourrait transmuter en un autre si ses qualités venaient à être réorganisées. Pour ce faire, l’alchimiste dit qu’il faudrait utiliser une substance, qui s’appelle « al-iksir » en arabe (d’où vient d’ailleurs le mot élixir en français). Cette substance serait une sorte de poudre rouge sèche (al-Kibrit al-Ahmar الكبريت الأحمر- soufre rouge), faite à partir de la fameuse pierre philosophale.

Plus tard, au XIe siècle, Avicienne (Ibn Sina), discrédite cette théorie. Selon lui :

« Ceux de l’engin chimique savent bien qu’aucun changement ne peut être effectué dans les différentes espèces de substances, même si elles peuvent produire l’apparence de tels changements. »

Par la suite, le scientifique et philosophe Albert le Grand (XIIIe siècle) raconte dans ses écrits avoir été témoin de la création de l’or par la transmutation. On raconte alors qu’il aurait découvert la pierre philosophale et qu’il l’aurait transmise à son élève Thomas d’Aquin…

De la Renaissance au début de l’ère moderne

Au XVIe siècle, l’alchimiste suisse Paracelse pensait qu’il existait un élément inconnu, appelé l’ « alkaest ». D’après lui, les quatre éléments étaient issus de celui-ci, qui n’était autre que la pierre philosophale. Un ouvrage nommé Mutus Liber datant du XVIIe siècle explique même comment créer la fameuse pierre…

À partir de là, la pierre mythique est en grande partie liée à des affaires d’escroquerie. Par exemple, un certain Dubois réussit à berner Louis XIII et Richelieu pendant plusieurs semaines. Malheureusement pour lui, une fois la supercherie révélée au grand jour, il finit par être pendu.

Alchimiste découvrant le phosphore
Alchimiste découvrant le phosphore, Joseph Wright, 1771.

Au début du XVIIIe siècle, De Lisle, un prétendu alchimiste, raconte à un riche marchand de Digne qu’il a trouvé la pierre philosophale. La rumeur parvient aux oreilles de Louis XIV, qui demande qu’on fasse venir De Lisle afin que ce dernier présente son procédé. Il essaiera par tous les moyens de ne jamais rencontrer le roi, et finira donc embastillé pour faux-monnayage. Après une enquête, on comprend que De Lisle est effectivement un charlatan. Il meurt le 30 janvier 1712 dans des circonstances mystérieuses.

L’Encyclopédie de Diderot mettra un terme au mythe de la pierre :

« Ces gens se font toujours payer très cher, et payer d’avance, leur secret. Qu’ont-ils besoin d’argent s’ils ont la puissance de composer les métaux ? »

La pierre philosophale dans la pop culture

La référence la plus connue du la pierre philosophale se trouve sans aucun doute dans le premier roman de la saga Harry Potter :Harry Potter à l’école des sorciers. Celui-ci s’appelle en effet Harry Potter and the Philosopher’s Stone en anglais (Harry Potter et la pierre philosophale). Dans le roman (et le film), la pierre est conservée à Poudlard et en plus de fabriquer de l’or, elle permet aussi de créer un élixir de longue vie (celui qui le boit, devient immortel).

Harry Potter and the Philosophe's Stone
Harry Potter and the Philosophe’s Stone, J.K. Rowling, 1997.

Le manga Fullmetal Alchemist et ses adaptations utilisent aussi la pierre légendaire. Ici, elle est créée grâce à des âmes humaines et se trouve sous forme liquide ou dans un corps humain. En d’autres termes, ce n’est pas une matière solide. Plus précisément, elle peut donner la vie éternelle, voire créer une armée d’immortels.

Enfin, la pierre apparait également dans la série américaine The Flash. Grâce à elle, Alchemy s’échappe de prison dans la saison 3, et elle sert également à transformer le fer en caoutchouc.

On sait aujourd’hui que l’alchimie n’est pas vraiment une science. En fait, d’un point de vue philosophique, celle-ci viserait plutôt à la transformation de l’individu lui-même. Dans ce sens, la pierre philosophale fait figure de symbole : la pierre brute devenue philosophale, à l’instar de l’homme vulgaire devenu éveillé. 

 

Sources :

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