La langue des oiseaux : le langage des alchimistes ?

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L’alchimie est une discipline ésotérique très connue pour ses « études » sur la transformation de métaux, comme le plomb en or. Cependant, l’étrange et le mystique entourent les pratiques de ses adeptes. Nous allons aujourd’hui vous parler d’une d’entre elles : la langue des oiseaux…

L’alchimie

Nota Bene : rappelons avant tout que l’alchimie n’est pas une science. Elle relève de l’ésotérisme. Ainsi, il est difficile de dater sérieusement l’histoire de l’alchimie. Et cela, même si les pratiques et idées ont fasciné nombre de gens au fil des siècles…

Aujourd’hui, la discipline est très ancrée dans la pop culture, utilisée aussi bien dans les romans d’heroic fantasy, que dans les films et séries. Notons par exemple l’apparition de la légende alchimiste de Nicolas Flamel et sa pierre philosophale dans Harry Potter.

Entre charlatans, pécheurs, scientifiques, la réputation des alchimistes est variable et entourée d’un épais brouillard de mystères qui attisent plusieurs générations de curieux. On trouve dans les ouvrages relevant de l’alchimie un mélange de sujets divers, allant de la philosophie à la religion, en passant par des récits d’expériences scientifiques. Les illustrations sont souvent étranges et attirantes, imprégnées de liens étroits entre l’alchimie et la nature.

La langue des oiseaux, le langage des alchimistes - Cultea
Gravure sur bois d’un artiste inconnu popularisé par Flammarion (1888).

Les premiers textes connus révélant cette discipline proviennent de l’époque hellénistique, pour la plupart d’Alexandrie. On est alors sous le règne des Ptolémées. Un bouillonnement intellectuel favorise la mise en commun de cultures et les discussions sur l’origine de l’univers. Alexandrie favorise d’autant plus les sujets d’études variés du fait de la convergence des voies commerçantes antiques en son sein.

L’évolution du savoir concernant les métaux et les roches amène progressivement la création d’une forme de pensée à part entière : l’alchimie. La fascination se dirige désormais vers l’or, ce métal remarquable qui ne s’abîme pas avec le temps. Les croyances et la science se mélangent, des traités apparaissent pour réfléchir à différents thèmes autour de la nature, de l’esprit, de l’homme.

L’alchimiste – Attribué à Justus Juncker (1703 – 1767).

Ces spéculations aux aspects scientifiques restent cependant bien de l’ordre de l’ésotérisme. Cette discipline est aujourd’hui légendaire et continue, grâce à son aura de mystère, de fasciner et servir l’imaginaire.

La langue des oiseaux

Le langage et les énigmes sont indissociables de la réputation des alchimistes. Ainsi, il n’est pas surprenant d’observer chez eux l’emploi d’un langage particulier et mystérieux : la langue des oiseaux.

Si nous ne savons pas dater l’apparition de ce langage, la première mention de cette appellation provient de l’auteur René Guénon. Cet intellectuel français musulman d’origine égyptienne parle assez clairement de la langue des oiseaux en 1926, puis dans Symboles de la Science sacrée. Il écrit que ce langage est issu de la tradition islamique avec la figure de Salomon.

L’alchimiste Fulcanelli en parle également dans les Demeures Philosophales en 1930. Pour lui, le langage des oiseaux proviendrait plutôt de la Grèce antique. Il explique que cette langue utiliserait majoritairement des sons :

« La langue des oiseaux est un idiome phonétique qui se base uniquement sur l’assonance. On n’y tient donc aucun compte de l’orthographe, dont la rigueur même sert de frein aux esprits curieux. »

Comment décrypter la langue des oiseaux ?

Pour ce qui est du fonctionnement de la langue des oiseaux, il repose essentiellement sur la différence entre l’écrit et l’oral. Cela consiste à donner un autre sens à des mots ou à des phrases en utilisant des sonorités, des jeux de mots… Ainsi, les alchimistes français utilisent la langue française et son vocabulaire pour inclure des doubles sens phonétiques à leurs propos. Le but est de dissimuler des informations derrière des mécanismes linguistiques divers pour pousser les gens à réfléchir en cherchant le sens caché. La langue des oiseaux utilise surtout des mots aux sonorités semblables (homophonies), des jeux de mots (verlan, synesthésies, homographes…), et la forme des lettres (la graphie).

Ainsi, un alchimiste voit le mot « trépasser » mais l’entend et le comprend comme « trois passages ». C’est-à-dire ceux du corpus, animus, spiritus, une conception philosophique et théologique définissant les trois constituants essentiels de l’Homme.

La langue des oiseaux, le langage des alchimistes - Cultea

La graphie, quant à elle, invite l’alchimiste à trouver des sens cachés dans les mots à travers les lettres qui les composent. Chaque lettre a un sens, et la manière dont elle s’articule avec sa voisine donne une clef. Pour donner un exemple, dans le mot « MORT », on retrouve la lettre (M) la mère (ou « aime » pour « aimer »). Il y a ensuite, le (O) pour eau, le (R) pour l’air, et le (T) pour la terre…

L’appellation de la langue des oiseaux, qui est la même depuis le XXe siècle, aurait d’ailleurs été choisie pour faire un pied de nez à ce fonctionnement. Dans le mot « OISEAUX », aucune lettre ne se prononce vraiment comme elle se prononcerait seule. Le mot se construit entièrement à partir de combinaisons de lettres. Ces dernières expriment des syllabes phonétiquement éloignées de leur prononciation individuelle.

À vous désormais d’interpréter la langue des oiseaux comme bon vous semble. Vous découvrirez peut-être d’incroyables secrets d’alchimistes…

 

Sources :

  • C. A. Burland, Le savoir caché des alchimistes, Bibliothèque des grandes énigmes, 1967.
  • Serge Hutin, L’alchimie, Presses Universitaires de France, « Que sais-je ? », 2018.
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