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Julie-Victoire Daubié : la première Française à obtenir son bac et sa licence

Julie-Victoire Daubié : la première Française à obtenir son bac et sa licence - Cultea

Après l’histoire du baccalauréat, découvrez Julie-Victoire Daubié, une journaliste et militante des droits des femmes qui fut la première femme à passer son bac en France en 1861. L’éducation pour tous est aujourd’hui acquise dans notre pays. Mais il fut un temps où les femmes n’avaient de facto pas le droit de passer cet examen, ni de suivre des cours à l’université. Retour sur cette époque et sur les accomplissements de cette femme.

La vocation d’apprendre et d’enseigner de Julie-Victoire Daubié

Julie-Victoire Daubié naquit le 26 mars 1824 dans les Vosges, la petite dernière d’une famille très modeste de huit enfants. Son père était caissier et mourut alors qu’elle était âgée d’à peine un an. Sa mère, ses frères et sœurs se chargèrent donc de son éducation. Très jeune, elle fut au contact de la misère et du prolétariat, contre lesquels elle se battit toute sa vie.

L’un de ses frères lui apprit le grec et le latin, ce qui lui permit de se différencier des filles de son âge. À 20 ans, en 1844, elle obtint son brevet supérieur de capacité, diplôme obligatoire pour devenir institutrice. En effet, sa vocation était d’enseigner. Elle devint donc gouvernante d’enfants, s’occupant de leur éducation et de leurs passe-temps.

Militante féministe pour de nombreuses causes

En parallèle de son emploi de gouvernante, Julie-Victoire Daubié travailla également en tant que journaliste, avec l’écriture d’articles pour les grands journaux de son époque, comme Le Temps. Elle fut l’une des premières féministes françaises et se battit pour les droits des femmes, notamment celui à un salaire égal aux hommes. En effet, elle s’intéressa avant tout et surtout à la condition des femmes et à leur émancipation. Julie-Victoire Daubié fut aussi l’une des premières suffragettes à militer pour le droit de vote, au même titre que les hommes.

Julie-Victoire Daubié donna des conférences et lectures sur la place de la femme dans la société. Elle milita aussi au sein d’associations et écrivit plusieurs livres sur ce sujet. La Femme pauvre au dix-neuvième siècle aborda la condition des femmes à son époque, qui devaient travailler pour vivre. Elle y désigna l’Etat comme responsable des inégalités entre hommes et femmes. Ce qui la révoltait le plus était l’inégalité dans l’accès aux études et l’impossibilité pour les femmes de s’instruire. Elle écrivit dans son livre :

« Nous vivons dans un milieu où logiquement les femmes n’obtiendront jamais ce qu’elles seront capables de prendre. […] Le baccalauréat est la clef de tous les emplois et l’examen du baccalauréat ne leur est interdit ni par la loi salique, ni par le Code Napoléon. »

Julie-Victoire Daubié, la première femme bachelière en France

Julie-Victoire souhaitait être professeur de littérature. Elle passait son temps à lire des ouvrages littéraires, scientifiques et des journaux. En effet, elle avait une soif insatiable de connaissances. Toutefois, il fallait passer son baccalauréat pour devenir professeur à cette époque. Mais aucune femme n’avait jamais été diplômée du bac. Dans les mœurs, il leur était en effet interdit de se présenter aux examens.

Julie-Victoire était contre cette discrimination. Elle déposa donc une candidature pour passer son baccalauréat auprès de l’Académie de Paris et celle d’Aix-en-Provence, qui refusèrent sous le seul prétexte qu’elle était une femme. Toutefois, l’Académie de Lyon finit par accepter sa candidature.

À 37 ans, elle fut donc la première femme française à obtenir son baccalauréat le 17 août 1861, avec la mention « honorable ». Cela ne plut pourtant pas à tout le monde. Elle dut attendre plusieurs mois avant qu’on ne lui remette son diplôme. En effet, le ministre de l’Instruction publique, Gustave Rouland, refusait alors de signer son diplôme, craignant que cela ne ridiculise le ministère.

Il fallut l’intervention de l’impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III, en sa faveur pour régler le problème. Elle reçut enfin son diplôme en mars 1862. Ce fut un grand pas pour les droits de la femme en France, bien que les bachelières restèrent tout de même des exceptions durant les années qui suivirent. En effet, on en compta seulement quelques dizaines entre 1866 et 1882.

La première Française licenciée de l’université

Ses examens lui permirent de devenir institutrice. Toutefois, Julie-Victoire ne s’arrêta pas là. Après son bac, elle continua ses études de lettres. Les femmes ne pouvaient pas suivre les cours à l’Université de France. Elle apprit donc et révisa seule, ce qui n’empêcha pas sa réussite.

Le 29 octobre 1871, dix ans après l’obtention de son baccalauréat, elle reçut un diplôme en licence de lettres. Elle ouvrit donc les portes de l’université aux femmes à une époque où elles n’y étaient pas les bienvenues. Ne se satisfaisant pas d’une licence, Julie-Victoire Daubié mourut en 1874, alors qu’elle préparait un doctorat sur la condition de la femme dans la société romaine.

Julie-Victoire Daubié se battit donc pour l’éducation des jeunes femmes. Elle rencontra même Jules Ferry, grâce à qui les avancées pour lesquelles elle se battit toute sa vie devinrent la loi. En effet, la loi Ferry de 1882 établit l’égalité des sexes devant l’instruction. Il déclara :

« Réclamer l’égalité d’éducation pour toutes les classes, ce n’est faire que la moitié de l’œuvre, que la moitié du nécessaire, que la moitié de ce qui est dû ; cette égalité, je la réclame, je la revendique pour les deux sexes. La difficulté, l’obstacle ici n’est pas dans la dépense, il est dans les mœurs.« 

Plusieurs écoles en France ont pris le nom de Julie-Victoire Daubié. Toutefois, beaucoup ont oublié son combat. Aujourd’hui, les filles comme les garçons peuvent passer leur bac, mais l’éducation des filles reste un combat dans de nombreux pays. Après la première bachelière, découvrez la première femme chauffard de France.

 

Sources :

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