Il y a deux ans exactement, PlayStation retirait Concord des ventes après seulement quinze jours d’exploitation. Nous pensions alors assister à l’un des plus gros accidents de la marque de prestige de Sony. Nous étions malheureusement très loin de penser que la boîte de Pandore ne se refermerait plus. Depuis cette erreur monumentale, PlayStation enchaîne les mauvaises surprises, les fermetures de studios, l’abandon de grands noms du jeu vidéo et des décisions qui enragent les joueurs. C’est très simple, nous assistons probablement à la chute d’un roi devenu tyran qui ne semble plus avoir aucun respect pour son public de longue date.
Ces derniers jours, PlayStation a décidé de s’orienter vers un futur plus qu’incertain auprès des joueurs. Les décisions de l’une des firmes les plus importantes du jeu vidéo tournent à la mauvaise plaisanterie chez les joueurs, à l’image de la fin du support physique, de l’abandon de Hideo Kojima ou de la réception mitigée du très attendu Marvel’s Wolverine.
Le calendrier a un sens de l’ironie assez remarquable, puisque tout cela tombe très exactement au moment où Concord, le hero shooter de Firewalk Studios, souffle sa deuxième bougie posthume. Un titre qui aura coûté la fin de son studio, mais aussi, selon les estimations qui circulent, plusieurs centaines de millions de dollars en quatorze jours. Un rendement que peu d’entreprises peuvent se vanter d’avoir atteint.
Le titre multijoueur en PvP que nous avions testé aurait pu simplement disparaître définitivement pour laisser une nouvelle page se tourner, mais les dégâts sont bien trop colossaux. Derrière chaque choix de PlayStation semble se cacher le spectre revanchard de Concord.

Hideo Kojima lâché par PlayStation et récupéré par Xbox !
La décision qui fait couler le plus d’encre ces derniers jours est probablement celle tournant autour de Hideo Kojima, qui s’est exprimé sur les réseaux sociaux. Kojima, créateur de Metal Gear Solid, a été lâché par PlayStation et son projet Physint a été annulé à la mi-juin. Pourtant, ce jeu était présenté comme l’héritier spirituel de la légendaire saga. Malheureusement, rien ne s’est passé comme prévu suite aux recettes jugées insuffisantes par PlayStation de Death Stranding 2 On the Beach et du budget élevé du nouveau titre du développeur japonais.
Après trois mois de recherche d’un nouveau partenaire, Physint est finalement sauvé du naufrage par Xbox. Relisez cette phrase aussi souvent que nécessaire, nous avons fait pareil. La nouvelle PDG Asha Sharma a officialisé l’accord le 9 septembre 2026 et le jeu sortira exclusivement sur PC et Xbox Series. Un immense gâchis à nos yeux puisque Death Stranding était l’un des rares AAA de cette génération à se montrer unique, étonnant et hors du commun.

Le jeu service, un cimetière qui coûte des studios entiers !
Nous aimerions pouvoir arrêter les mauvaises nouvelles ici, mais Sony ne s’est pas arrêté en si bon chemin. L’entreprise a dépensé des fortunes à courir après le jackpot multijoueur et Concord n’était que la première tentative d’une longue liste. Le bilan de ce choix stratégique donne le vertige.
The Last of Us Online est annulé, tout comme le multijoueur dédié à God of War. Destiny 2 a reçu son ultime mise à jour alors que Marathon peine à trouver son public. Horizon Hunters Gathering, lui, est retourné en préproduction. À ce stade, on ne parle plus vraiment d’une stratégie mais bien d’une volonté d’agrandir un cimetière. N’est pas Fortnite qui veut, même si Helldivers 2 semble être le seul à s’en sortir avec les honneurs.

Et derrière la ligne stratégique de Concord se dégage une succession de désastres et de conséquences. Le 19 février 2026, PlayStation abandonne Bluepoint Games et licencie 70 personnes. Le studio derrière les remakes de Shadow of the Colossus et Demon’s Souls rejoint cette liste de studios qui ont mis la clé sous la porte pour des erreurs qui ne viennent pas d’eux.
Le 8 mai, Sony actait une dépréciation de plusieurs millions de dollars liée à l’achat de Bungie, les créateurs de Halo et de Destiny, et enclenchait une nouvelle vague de licenciements chez eux. Enfin, il ne semble plus faire aucun doute que Media Molecule, l’entreprise derrière LittleBigPlanet, connaîtra le même sort dans les prochains mois. C’est ce que supposent de nombreux joueurs.
Il existe un autre signal que nous ne pouvons plus mettre sur le compte du hasard. Ted Price a quitté Insomniac Games en janvier 2025 et Brian Fleming a annoncé son départ de Sucker Punch en décembre 2025 après 28 ans de créativité. De plus, Ilari Kuittinen a quitté Housemarque après 33 ans, malgré la réussite critique de Returnal.
Officiellement, contrairement à Kojima, il s’agit de départs volontaires annoncés sur les réseaux sociaux, mais tous quittent le navire à une période post-Concord où l’on exige des résultats avant même de tenter quoi que ce soit. Un studio privé du droit à l’échec ne fabrique plus des jeux authentiques, mais bien des produits génériques.

Marvel’s Wolverine sort les griffes… mais se fait mal lui-même !
Et ce terme de produit déjà-vu correspond parfaitement à notre avis autour de Marvel’s Wolverine. Nous avons eu la chance de passer quelques heures aux côtés du mutant le plus célèbre des X-Men, ou de la « Team X » comme les a rebaptisés Insomniac Games sur les réseaux sociaux. Une appellation qui a déclenché bien des moqueries. Soyons sincères, nous en ressortons plutôt déçus.
Toutefois, attention au contresens, car le nouveau jeu Marvel n’est pas un ratage complet, loin de là. Il est fun, immédiat, souvent jouissif, porté par un Liam McIntyre impeccable et une réalisation de haute volée. Néanmoins, le problème arrive vite une fois l’euphorie passée.
Les ennemis sont peu variés, les boss appliquent le même protocole, on enchaîne les couloirs non-stop accompagnés de QTE, de bagarres et de cinématiques, et on s’en lasse très vite. Marvel’s Wolverine s’accompagne également de choix particulièrement déroutants, dont la représentation d’un Logan trop sage et trop gentil à notre goût.
Nous n’allons pas nous attarder davantage sur le test du jeu, car son véritable bouleversement est qu’il est la définition parfaite d’un jeu signé PlayStation, d’une formule qui s’essouffle de plus en plus. Pour faire simple, changez le héros et l’univers des X-Men et vous obtiendrez n’importe quelle production sous licence de ces cinq dernières années. Nous n’avions pas vu un jeu aussi générique depuis Forspoken et croyez bien que ce n’est pas une comparaison que l’on distribue à la légère.

En effet, Marvel’s Wolverine applique la recette miracle de PlayStation jusqu’à la nausée. Cette recette déjà présente dans Uncharted, The Last of Us, God of War et bien d’autres est finalement devenue le gabarit par défaut de tous les projets signés Sony.
Bien évidemment, on retrouve toujours ces combats accessibles, ces cinématiques qui en mettent plein les mirettes et cette fameuse jauge de rage à remplir pour déclencher son ultime, présente dans à peu près tout ce que l’éditeur a publié depuis l’arrivée de la PlayStation 4. Dix ans plus tôt, c’était enthousiasmant. Aujourd’hui, les joueurs semblent arriver à saturation.
Enfonçons le clou davantage ! Ghost of Yotei, Marvel’s Spider-Man 2, God of War Ragnarök et Horizon Forbidden West se jouent exactement comme leurs prédécesseurs sur PS4. Toute une génération de machines next-gen pour si peu de mouvement ? Pourquoi ?
En d’autres termes, Marvel’s Wolverine n’est que la conclusion de cette logique et c’est exactement ça que les critiques lui reprochent. Néanmoins, nous ne pourrons nous empêcher de suggérer que le titre d’Insomniac Games aurait reçu tous les honneurs si la controverse PlayStation n’avait pas atteint ce stade culminant. Oui, on assume et on ose l’affirmer !
Soyons honnêtes sur ce point. Sorti en 2019, coincé entre le très bon Marvel’s Spider-Man, qui lorgnait sur la formule Arkham, et le spin-off Miles Morales, Wolverine aurait probablement décroché un joli 18/20 de la presse spécialisée sans que personne n’y trouve rien à redire parce que le contexte était celui de la confiance et non celui du procès. En ce mois de septembre 2026, chaque test autour du périple de Logan est aussi un test sur la stratégie de Sony et ce n’est évidemment pas le même exercice.

Le plus inquiétant, c’est que rien n’indique que tout cela va s’arrêter de sitôt. Tant que PlayStation continuera d’appliquer le même schéma à chacune de ses productions, les prochaines exclusivités pourront récolter des notes comparables pour des raisons strictement identiques. Et ça, nous en sommes absolument certains !
Prenons le temps de nous poser tous ensemble et de nous demander quels ont été les véritables vents de fraîcheur de la PlayStation ces dernières années. Selon nous et sans conteste, il s’agirait de Ghost of Tsushima, avec sa direction artistique que plus personne n’oserait tenter dans un jeu triple A, de Death Stranding, objet le plus étrange et le plus fascinant de l’éditeur, et enfin de Returnal pour son côté arcade pur et dur. Des productions qui deviennent bien trop rares pour un catalogue de cette ampleur.
Notre choix n’est pas réellement anodin puisqu’il correspond parfaitement à trois studios qui ont pris des risques : Kojima Productions, Sucker Punch et Housemarque. Le premier a vu son jeu soudainement annulé et les deux autres ont perdu leur cofondateur historique. Voici ce qui semble être la récompense que PlayStation semble offrir à ses trois meilleures têtes pensantes. La marque s’étonnera sûrement que plus personne ne prenne de risques pour elle à l’avenir.

Un possible retour de Jak ou Sly ? Pour le moment, peu probable…
PlayStation veut rembourser Concord coûte que coûte, quitte à prendre des décisions machiavéliques dignes d’un méchant de James Bond. Cependant, on s’interroge sur leur logique de financement. Pourquoi continuer à gonfler le budget de ses jeux vidéo AAA quand ils pourraient tenter de sauver la face avec le retour de licences mythiques qui ont fait l’âge d’or de l’éditeur ? C’est assez rageant, d’autant que la marque sait pertinemment que les joueurs répondront présents.
Rappelons les faits en un exemple. Pour les 30 ans de PlayStation, Hermen Hulst, patron de PlayStation Studios après la fin de l’ère Jim « Concord » Ryan, déclarait publiquement être ouvert à la relance de franchises cultes. Parmi elles, Sly Raccoon, Infamous ou Jak & Daxter, en s’appuyant sur des sondages d’audience qui indiquaient qu’il s’agissait d’une idée brillante. Aujourd’hui, il ne s’est absolument rien passé. Aucune de ces licences n’est revenue. Les fameux sondages, eux, doivent être encore en cours de dépouillement pour rester optimiste.
Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé. Sanzaru Games, le studio derrière le mitigé Sly Cooper Voleurs à travers le temps (2013), avait préparé un pitch de remaster de Jak & Daxter que PlayStation n’a jamais commandé. Racheté par Meta en 2020, le studio a finalement été fermé par cette dernière en janvier 2026 et ses développeurs ont décidé de créer Sneaky Devil Studios, dont le nom est un clin d’œil direct à une réplique de Bentley la tortue dans Sly 3.
Résumons donc le parcours : les seules personnes au monde disposant de la possibilité de ressusciter Sly Raccoon ont dû quitter l’orbite de Sony, se faire fermer par Meta, puis remonter leur propre boîte. On a connu des plans de carrière plus simples.
!["Sly 3 : Honor Among Thieves" : l'apogée d'une trilogie réussie [TEST]](https://cultea.fr/wp-content/uploads/2025/08/sly-cooper-3-cover-altar-of-gaming-1024x576.webp)
Le jeu qui valait presque 600 millions de dollars !
Au lieu d’éveiller son âge d’or, PlayStation gère son budget en augmentant le prix de développement de ses projets de qualité. Intergalactic The Heretic Prophet, nouveau-né de Naughty Dog, coûterait entre 400 et 600 millions de dollars, une fourchette haute correspondant à un éventuel report du titre pour 2028. En comparaison, The Last of Us Part II avait coûté 220 millions de dollars. Oui, c’est un budget potentiellement triplé pour une exclusivité en plus d’être une nouvelle licence .
Avec un tel montant, le jeu doit absolument plaire à tout le monde. Autant dire qu’il a désormais toutes les chances de ne pas le faire. L’économie que Sony a choisie rend l’audace mathématiquement nulle alors qu’elle pourrait être son ange gardien.

Qui paie les mauvaises décisions ? Les joueurs !
Toutes ces décisions irrévocables tombent sur le public. D’abord, des fuites concordantes évoquent une PS6 qui pourrait atteindre les 1 000 dollars, empêchant une multitude de joueurs précaires de se la procurer facilement. Ce n’est pas officiel, mais suffisamment sérieux pour prévoir une énième mauvaise nouvelle au vu de la situation économique actuelle. Tout cela sans mentionner la fin programmée du support physique pour 2028 qui a transformé la Gamescom en tribunal populaire.
Ajoutez-y des films achetés qui s’évaporent des bibliothèques et des boutiques PS3 et PS Vita réduites à l’état de ruines et le message de PlayStation prend une autre forme. Nous ne possédons rien, nous louons tout jusqu’à la disparition du titre. Jouer a bel et bien des limites pour reprendre le slogan puisque le jeu possède désormais une date d’expiration.
Néanmoins, les chances de voir PlayStation changer d’avis sur la fin du support physique sont bien maigres. En effet, le jeu le plus attendu depuis des années, celui-là même dont Sony a acheté l’exclusivité marketing, arrive justement pour enfoncer le clou. GTA 6 sera disponible au format numérique ou via une boîte qui ne comportera qu’un code à activer sur le PlayStation Store ou le Xbox Store. Le 7 août dernier, lors de la conférence de résultats de Take-Two, son PDG Strauss Zelnick assumait pleinement ce choix :
« Dans certains cas, surtout s’il s’agit d’un gros jeu, les disques, et notez bien que j’ai dit les disques, n’ont pas vraiment de sens pour le consommateur. »
Il appuyait son raisonnement sur un chiffre difficilement contestable, puisque plus de 90 % des ventes de son groupe sont déjà dématérialisées. Il concluait en expliquant que des éditions physiques continueraient de paraître de temps en temps, à l’image du vinyle dans l’industrie musicale. La comparaison est audacieuse puisqu’à notre connaissance, un vinyle contient toujours de la musique. Le succès annoncé de GTA 6 risque bien de rendre la position de PlayStation irréversible, puisque les joueurs auront ainsi validé celle de l’éditeur.

Fairgame$ ou le Concord d’après ?
PlayStation a décidé de rentabiliser son Concord et ne semble pas avoir retenu la leçon. Ce mois-ci, le projet de Haven Studios, Fairgame$, dirigé par Jade Raymond, a fait l’objet de fuites importantes. Les images correspondent exactement à ce que les joueurs redoutaient du jeu, à savoir un jeu de tir à la troisième personne en PvPvE avec perçage de coffres et sacs de billets à ramasser. Un simulateur de braquage entre The Finals et Payday qui ne semble avoir aucune identité propre. Et c’est bien ce qui nous inquiète terriblement.
Alors que Sony annule Physint et ferme le studio derrière le remake de Shadow of the Colossus, l’éditeur risque de reproduire exactement le monstre qui l’a redoutablement endetté.
Le roi PlayStation a sombré dans la folie, celle qui incite à dépenser 600 millions de dollars pour éviter des risques et qui laisse partir des développeurs prestigieux. Tout cela pour financer des jeux services auxquels personne ne joue. Deux ans après Concord, la leçon est loin d’avoir été prise. Aujourd’hui, il nous paraît difficile de trouver une bonne raison d’acheter une PS6, parce que rien ne nous donne envie de rester chez PlayStation. Le studio emblématique devient ainsi le propre destructeur de son identité et de son héritage.
Bande-annonce de Marvel’s Wolverine
Sources :
- XBOX and KOJIMA PRODUCTIONS Expand Partnership to Publish PHYSINT – XBOX
- Another PlayStation Studio Cofounder Steps Down: ‘Housemarque’s Strategy And Creative Vision Are In Exceptional Hands’ – Kotaku
- PlayStation Could Be Reviving Sly Cooper, Fans Believe – TheGamer
- Naughty Dog’s new game Intergalactic may have the biggest PlayStation game budget of all time – TweakTown
- Rockstar’s Parent Company Says ‘Discs Don’t Really Make Sense For The Consumer’ – Kotaku


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