« Spirou et Fantasio » : retour aux origines d’un classique de la BD !

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Bande-dessinée phare de la littérature franco-belge, Spirou et Fantasio n’a eu de cesse de faire rêver petits et grands. Avec une longévité inégalée dans l’histoire, le duo d’aventuriers peut se targuer d’être un monument culturel européen. D’abord menées en solo, les péripéties du jeune groom se sont vus enrichies d’un cercle de personnages hauts en couleur. Si on pense d’abord à Fantasio, nous verrons qu’il n’est pas tout seul. Revenons donc un instant sur l’histoire de cette merveilleuse BD.

Dupuis

Aujourd’hui éditeur emblématique, Dupuis a su se construire tout au long du XXe siècle. D’abord imprimeur à la fin du XIXe siècle, Jean Dupuis devient patron de presse avec notamment deux titres phares : Le Moustique et Bonne soirée. Le premier est une revue qui publie les programmes radiophoniques puis télévisuels que l’on peut alors capter en Belgique francophone. Il contient en plus quelques pages d’actualité. Le second s’adressait à un public féminin et traitait essentiellement de sorties littéraires, les romans en tête. Vers le milieu des années 1930, il veut diversifier ses activités en ciblant notamment les jeunes. Il imagine alors un journal pour les enfants qui contiendrait notamment des bandes-dessinées.

Cependant, tout ce qu’il trouve alors provient des États-Unis. Il s’agit des fameux comics américains, des BD de super-héros ou de science-fiction. Mais le contenu ne lui plaît pas. Il trouve que la morale américaine est ambigüe, que les récits sont violents et que ça ne colle pas au marché européen.

Il charge alors son fils Paul de définir une ligne éditoriale pour le futur journal. Paul constate que le public idéal est masculin, très jeune, vif d’esprit avec un soupçon d’espièglerie. Le second fils, Charles Dupuis, suggère alors le dessinateur parisien Robert Velter, dit « Rob-Vel ». Ce dernier, de base officier sur les paquebots, a déjà une réputation dans le monde du dessin. En effet, en s’appuyant sur des scenarii écrits par sa femme, il dessine les bulles comiques de Toto dans le journal du même nom. Si vous vous posez la question, il s’agit bien du Toto des blagues. Le contrat est signé, Rob-Vel dessinera un personnage et ses histoires pour le compte de Dupuis dès 1938.

Le personnage

Sa tenue est emblématique. D’un rouge vif, un uniforme droit et sévère qui dénote avec le caractère de trublion de notre héros. Mais d’où vient cette apparence singulière ? Les Dupuis (père et fils) ont décidé que le personnage serait très jeune et espiègle. Piochant dans son passé maritime, Rob-Vel se souvient immédiatement des jeunes mousses sur les navires. Ces derniers, jeunes matelots en formation, n’ont pas leur mot à dire. Ils sont chargés des basses besognes jusqu’à l’âge adulte. De nature parfois joueuse, ils aiment à fomenter des tours pour se moquer des marins. Mais la Belgique n’est pas un pays très maritime. Alors on décide de garder l’idée de l’uniforme, mais on en prend un pendant similaire et plus « terrestre » : un groom d’hôtel.

Rob-Vel se souvient d’ailleurs d’un triste môme qui décéda en service sur un paquebot français. Sa tenue était rouge, notre héros l’arborera avec fierté.

Pour ce qui est du nom, Spirou, il s’agit d’un mot Wallon qui signifie « écureuil ». Cet animal, petit et espiègle, correspond totalement à l’image du personnage. De plus, le petit garçon est roux, comme un écureuil.

Spirou, année 1939 - Cultea

Les aventures

Au départ, les aventures sont modestes. On est loin des expéditions au fond de la jungle pour aller débusquer du Marsupilami. Le jeune Spirou passe son temps à faire des bêtises dans l’hôtel Moustic. Les histoires sont donc courtes et s’incluent au milieu d’autres récits de divers personnages au sein de la revue. De plus, Rob-Vel étant débordé, le travail est divisé en trois. C’est toujours sa femme, Blanche Dumoulin, qui écrit. En revanche au dessin, il y a une alternance entre Vel et un de ses amis peintre : Luc Lafnet. Ce dernier ne fut jamais crédité…

La première planche du Journal de Spirou sort le 21 avril 1938. 40 % de bande-dessinée, un peu de roman, des jeux et un soupçon d’actu. Du côté des BD, on trouve de tout : français, italien mais aussi américain. Parallèle méconnu, la même semaine où Spirou réalisait ses plaisanteries dans cette première édition, on observait le début des aventures de Superman outre-Atlantique.

Dès l’année suivante en revanche, Rob-Vel transforme Spirou en globe-trotter. Ce dernier va aux confins du monde, et même dans l’espace ! Il rencontre d’ailleurs en cours de route un petit compagnon : Spip. L’écureuil malin apparaît en juin 1939 et fait évidemment écho au personnage de Spirou. Il est espiègle, parfois à l’ouest, mais souvent très malin !

La guerre

Avec le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, Rob-Vel est mobilisé. Il confie alors la suite à sa femme qui finit par la donner au dessinateur Joseph Gillain (Jijé) en 1940. Libéré en 1941, Rob-Vel reprend temporairement son œuvre jusqu’en 1943, où la parution du journal est interdite. Chose exceptionnelle dans le milieu, Rob-Vel revend ses droits d’auteur à la maison Dupuis. Jijé reprend le dessin et le Journal de Spirou paraît clandestinement dans la Belgique occupée.

Jijé va alors apporter une grande contribution, en créant en 1944 le personnage de Fantasio. L’idée était de contrebalancer le personnage trop lisse de Spirou par un nouveau héros bizarre qui apporterait un décalage comique. Cette création est en réalité le fruit d’une réflexion commune du dessinateur et de son supérieur : le rédacteur en chef Jean Doisy. Fantasio, de part son métier de journaliste, permet de mieux justifier les déplacements aux quatre coins du monde. Contrairement au personnage que l’on connaît, le Fantasio de Jijé est très investi dans les aventures et plutôt adroit. Celui des bandes-dessinées qui suivront est en revanche particulièrement maladroit et passe son temps à subir les conséquences d’événements aléatoires.

Franquin

La période emblématique des aventures de Spirou et Fantasio est sans aucun doute celle sous Franquin. C’est en 1946 que Jijé confie une partie de son travail en cours à son jeune apprenti : André Franquin. L’œuvre de ce dernier est gargantuesque. Il rallonge les courts récits pour en faire de grandes aventures détaillées. De plus, il crée de nombreux personnages récurrents : le comte de Champignac, Zorglub, Zantafio ou encore la reporter Seccotine ! Il est aussi à l’origine du Marsupilami, dont la vente de peluches a dû rapporter pas mal à Dupuis !

De plus, en créant à la fin des années 1950 le personnage de Gaston Lagaffe, Franquin offre une escapade solo à Fantasio. Ce dernier est alors plus sage, mais toujours aussi colérique, le rôle de pitre revenant évidemment à Gaston.

Cependant, suite à un conflit pour droits d’auteurs non tenus avec les éditions Dupuis en 1955, Franquin rejoint le concurrent principal : le Journal de Tintin. Nos deux compères et Spip passeront donc de mains en mains jusqu’à nos jours. La qualité n’a globalement jamais trop baissé, offrant toujours des aventures riches et rafraichissantes.

Un dessin de Franquin (Spirou) - Cultea

Bilan

Il est amusant de constater aujourd’hui que Spirou et son journal homonyme ont été pensés comme une contre-offensive culturelle. Véritable réaction vis-à-vis des comics américains, la bande-dessinée franco-belge s’est construite en opposition. Il s’agissait d’inventer un personnage plus en adéquation avec les principes et valeurs morales européens. On peut totalement se permettre le parallèle avec la période des années 90 où les politiques reprochaient au Club Dorothée d’avoir rapporté les anime, et donc les mangas, en France. Il y a eu la même levée de bouclier qui a abouti à la quasi fin des dessins animés made in Japan sur les chaînes publiques françaises. Étaient alors mis en cause la violence, mais aussi les grandes divergences culturelles. Une levée de bouclier d’autant plus stupide que les programmes furent remplacés par des dessins animés américains…

Il ne s’agit pas ici de défendre les comics des années 30, dont la profondeur d’écriture était… variable. Cependant, le genre a beaucoup évolué et propose, depuis les années 60, des contenus intéressants et parfois sujets à de profondes réflexions. Les X-Men de Jack Kirby et Stan Lee en sont un parfait exemple.

Aujourd’hui, le système de distribution permet à n’importe qui n’importe où d’avoir accès à des bandes-dessinés de toute origine. Il n’y a pas de modèle plus brillant qu’un autre. Le dessin est différent car il reflète des intentions et des émotions différentes. Les histoires quant à elles sont souvent universelles.

Véritable égérie de la bande-dessinée franco-belge, Spirou et Fantasio est la série littéraire francophone la plus longue de l’histoire. Cela fait plus de 80 ans que des aventures de Spirou paraissent continuellement. Malgré des tomes parfois un peu en-deça, l’esprit, lui, est toujours là. De plus, avec la série Le Spirou de […], la palette graphique n’a jamais été aussi vaste. Si vous n’avez encore jamais ouvert un volume des aventures des trois compères (Spip!), faites-vous une faveur et découvrez un univers riche accessible à tous.

 

Sources :

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