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Les Onna-bugeisha, les femmes samouraï oubliées

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"Practicing pole sword" de Toyohara Chikanobu, 1895.

Les Onna-bugeisha (Onna-musha en anglais) étaient des femmes guerrières japonaises membres de la classe bushi. Elles étaient très importantes dans la société et leur rôle était bien différent de celui d’épouse au foyer. Retour aujourd’hui sur ces femmes qu’on qualifie parfois de femmes samouraï.

Les premières guerrières japonaises

Avant même l’apparition de la classe des samouraïs, on apprenait à certaines femmes à utiliser la naginata (un sabre à lame courbée) et le kaiken (un poignard). En fait, le but était d’assurer la protection des communautés dans lesquelles il y avait peu de combattants masculins. La femme guerrière japonaise la plus célèbre est sans doute l’impératrice Jingū (169-269). En effet, cette dernière envahit la Corée vers 200, après la mort de son mari, l’empereur Chūai. Malgré tout, la limite entre légende et réalité est assez fine, et son existence n’a pas été prouvée à 100%. Quoi qu’il en soit, elle est le parfait exemple d’une onna-bugeisha.

Ces dernières s’entrainaient donc longuement afin de perfectionner leurs techniques de combat. On parle beaucoup d’archerie équestre, mais la naginata reste le principal symbole de ces femmes combattantes. L’arme peut mesurer jusqu’à deux mètres, ce qui permet de maintenir l’ennemi à distance. De plus, la longueur du sabre sert également à déstabiliser l’ennemi, que ce soit à cheval ou à pied. Maîtriser une telle arme prenait donc des années. Beaucoup d’onna-bugeisha sont alors restées au stade de la préparation. Ensuite, on leur refusait l’accès aux champs d’honneur, les chefs de guerre préférant qu’elles protègent la maison plutôt que de les voir se battre sur le champ de bataille.

Impératrice Jingū, 1843/44.

Les femmes samouraï à l’époque de Kamakura

À la fin du XIIe siècle, on écrit le Heike Monogatari. Celui-ci évoque les exploits des samouraïs, qui exercent une hégémonie politique à cette époque. Et dans cet ouvrage, on mentionne une femme : Tomoe Gozen. Cette dernière est en fait l’amante de Minamoto no Yoshinaka, alors en guerre contre le clan Taira (guerre de Genpei, 1180–1185). Le récit raconte comment Gozen coupa la tête de son ennemi, après l’avoir désarçonné. Elle était très douée en tir à l’arc et en équitation, et elle maniait l’art du sabre des samouraïs à la perfection. De plus, les hommes la respectaient, et elle était même l’un des principaux capitaines de Yoshinaka. Selon le Heike Monogatari :

« Elle était aussi une remarquable archère et, en tant qu’épéiste, elle valait une centaine d’hommes, prête à affronter un démon ou un dieu, à cheval ou à pied. Elle dressait des chevaux intrépides et descendait facilement des vallons périlleux. Chaque fois qu’une bataille était imminente, Yoshinaka la nommait premier capitaine, l’équipait d’une forte armure, d’une très grande épée, et d’un arc puissant, et elle se montrait plus brave que n’importe quel autre guerrier. »

Représentation de Tomoe Gozen.

À l’instar de Jingū il se peut que Gozen n’ait jamais existé…

En 1192, Minamoto no Yoritomo devient shogun du shogunat de Kamakura (gouvernement militaire féodal). Sa femme Hōjō Masako, devient quant à elle la première onna-bugeisha importante en politique. Après cela, au XIIIe siècle, on accorde davantage de droits aux femmes. En outre, elles obtiennent un statut plus élevé et peuvent élever leurs enfants dans les règles samouraï. De plus, elles sont autorisées à employer des serviteurs, contrôler les finances ou encore léguer leurs biens. Et le plus important : elles peuvent défendre leur foyer en temps de guerre.

Époque d’Edo

Durant l’époque d’Edo (1600–1868), les samouraïs ne sont plus des guerriers, mais deviennent des bureaucrates. En effet, le Japon étant en paix, l’intérêt de leurs talents de combattants est moindre. Il en est alors de même pour les onna-bugeisha, qui voient leur statut diminuer. Par la suite, la femme n’est plus une dévouée intrépide, mais une épouse passive et silencieuse. Elle ne sert plus qu’à fournir un enfant à son mari, et beaucoup de couples mariés ne dorment même plus ensemble. Pour autant, les femmes devaient se montrer nobles si leur mari venait à mourir, afin de défendre son honneur.

En plus de cela, les femmes combattantes n’ont plus le droit de voyager seules et doivent demander des autorisations pour pouvoir se déplacer. Elles doivent également passer par de nombreux points de contrôle. Néanmoins, elles existent encore. Une compagnie de femmes s’est effectivement battue lors de la bataille d’Aizu (guerre de Boshin) contre l’armée impériale japonaise du domaine d’Ōgaki. Nakano Takeko, faisant partie du clan d’Aizu et ayant une parfaite maîtrise de la naginata, était à la tête de cette unité féminine. Un monument a même été érigé en leur honneur dans la préfecture de Fukushima.

Ishi-jo, épouse de Oboshi Yoshio. Estampe de Kuniyoshi de la série histoires de coeurs fidèles, 1848.

Difficile de faire la différence entre légendes et histoires vraies quand il s’agit des femmes samouraï. Néanmoins, les onna-bugeisha ont bien existé et étaient des femmes très importantes.

Sources :

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