Plusieurs années après une tentative de publication avortée de la série Justice League International, Urban Comics retente le coup avec cette fois-ci un passage vers un format moins coûteux. Cette itération, saluée pour sa personnalité atypique, parvient-elle à conserver cette fraîcheur qui avait marqué les lecteurs à l’époque de sa sortie ?
Un ton novateur
Débarquant avec la fin de la mini-série crossover Legends aux côtés de la nouvelle Suicide Squad, la Justice League International, d’abord nommée sobrement la Justice League, rebattait les cartes de ce que l’on avait connu précédemment. Quelques numéros plus tôt, les membres de la Justice League of America se séparaient à cause d’un enchaînement de tragédies. A sa tête, on voyait un Martian Manhunter désabusé, qui souhaitait en finir avec le danger qui accompagnait chacune de leurs apparitions publiques.
C’est ainsi qu’on le retrouve dans les premières pages de cette nouvelle série régulière, amenant une contrebalance avec la naïveté de ses nouveaux membres. Cette dichotomie sera la pierre de voûte que tracera le scénariste Keith Giffen en tandem avec J.M. DeMatteis à l’écriture des dialogues qui définiront le ton propre de sa Ligue. Habitué aux récits plus légers faisant la part belle à l’humour, son arrivée marque une rupture claire avec le ton général plus sombre pris par l’éditeur DC depuis le crossover le plus impactant de l’histoire des comics, Crisis on Infinite Earths.

Cette singularité au scénario se retrouve également au dessin avec la venue de Kevin Maguire. Aujourd’hui reconnu dans l’industrie, le dessinateur ne possédait pas la même aura à ce moment-là, comme le prouve la préface de Keith Giffen qui avoue que sa première réaction face à l’annonce de son nom a été : « Qui ça ? ».
Quand on prend en compte tous ces facteurs, on comprend pourquoi cette Justice League International est vite devenue une vision unique chez DC. La collaboration de ces trois créateurs sortait du carquois habituel qu’affichait l’éditeur à la sortie d’une nouvelle série. Cette ambiance se ressent d’autant plus aujourd’hui quand on enchaîne la mini-série Legends avec celle-ci.

L’autre force majeure de cette nouvelle équipe se fait ressentir via la construction que met en place Keith Giffen au fil des huit numéros que composent ce tome. Il y instigue différentes sous-intrigues qui nous donnent réellement envie d’en savoir plus tout en faisant évoluer la dynamique de son équipe.
Il en profite également pour recontextualiser la Ligue avec la période dans laquelle la série était publiée. Que ce soit avec le premier numéro dont l’action principale se déroule au siège des Nations Unies ou encore l’apparition du président Reagan ainsi que l’insertion de l’URSS au sein du récit principal des numéros suivants, Keith Giffen ne se cache pas de l’inspiration du monde dans lequel il vit.
Il cherche clairement à transmettre un message d’unité comme le prouve le changement de nom au numéro 7. La Ligue devient une équipe mondiale, chose rare à l’époque. Cette recherche d’unité malgré les différences se retrouve même dans la personnalité des membres de son équipe et de leur dynamique.

Puiser dans l’essence de ses personnages
Ce qui a marqué le lectorat de l’époque et ce qui nous pousse encore aujourd’hui à lire ces aventures, ce sont certainement les membres qui constituent cette Ligue dysfonctionnelle. Même si ce n’était pas l’idée du scénariste principal de réunir ces super-héros au sein d’une même équipe, on ne peut que constater qu’il y puise tout ce qui les définit intérieurement pour les faire interagir habilement entre eux.
La rudesse de Batman, la candeur de Captain Marvel, l’arrogance de Guy Gardner ou encore la mélancolie de Martian Manhunter, toutes ces différentes variations esquissent ce qui fait tout le sel de cette équipe. Même si certains héros se démarquent plus que d’autres, à l’image des diverses confrontations parfois amusantes entre le Chevalier Noir et Guy, on sent que les scénaristes cherchent à mettre tout le monde sur le même pied d’égalité à chacune de leurs apparitions.

Ils possèdent tous leur heure de gloire, malgré une Black Canary qui reste pour l’instant le personnage principal féminin le plus délaissé dans l’ensemble. Des duos se forment dans l’équipe, à l’instar de celui formé par Booster Gold et Blue Beetle.
La chose parfois oubliée ou rapidement développée dans les récits d’équipe est son évolution. Elle est ici parfaitement gérée et finit par devenir le moteur principal de la série. Que ce soit la tension grandissante entre Guy et Batman ou encore la rédemption personnelle de Martian Manhunter face à sa vision d’échec par rapport à l’ancienne Justice League, tout est développé efficacement.

C’est certainement le personnage du héros venu de Mars qui évolue le plus au fil des numéros, prenant une importance considérable dans les dernières pages de cette compilation. On finit même par ressentir une pointe de frustration une fois la lecture terminée, tant l’intrigue principale prend de l’ampleur et nous montre qu’elle nous a fait découvrir qu’une infime partie de ce qu’elle veut raconter.
Justice League International : Un nouveau départ démontre à quel point cette équipe a amené un vent de fraîcheur dans la tournure sombre et sérieuse de la fin des années 80. Avec un ton plus léger et une vision pleine d’optimisme, elle réussit dès les premiers numéros à transposer une véritable dynamique d’équipe. Cela rend la lecture toujours aussi plaisante malgré les années qui passent. Espérons que le succès soit au rendez-vous pour qu’Urban Comics continue la publication de cette série au ton unique.
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