Il y a cinq ans, Zack Snyder concluait sa vision qu’il avait débutée avec la sortie de Man of Steel en 2013, avec Zack Snyder’s Justice League. Adulée par une partie de la communauté super-héroïque et conspuée par l’autre, cette trilogie aura fait couler beaucoup d’encre durant son existence. Retour sur une série de films aux grandes ambitions, mais coupée dans son élan.
Aux origines de l’Homme d’Acier
En 2012, la trilogie de Christopher Nolan s’achevait avec la sortie en salles de The Dark Knight Rises. Un des plus grands succès de l’époque, ce troisième volet s’insérait dans la dynamique sombre abordée par The Dark Knight : Le Chevalier Noir, dynamique reprise par tout le monde cinématographique des super-héros et le cinéma en général depuis sa sortie. Face à l’émergence du MCU, les studios Warner Bros. réfléchissent à faire de même pour leur univers DC, tout en reproduisant ce qui a fait le succès de la trilogie supervisée par Christopher Nolan. Cette fois-ci, cette potentielle trilogie tournera autour du premier grand super-héros de l’Histoire : Superman.
Les scénaristes Jonathan Nolan et David S. Goyer, déjà à l’œuvre sur les films de Christopher Nolan, sont rattachés au projet et le réalisateur Zack Snyder prend en charge la conception du film. Parmi une longue liste de candidats, c’est finalement Henry Cavill qui est choisi, acteur déjà pressenti pour l’incarner dans le projet avorté Superman : Flyby et qui était passé à côté du rôle pour le Superman Returns de Bryan Singer. Pour se caler sur la continuité des productions de Nolan, le compositeur allemand Hans Zimmer se chargera de la bande originale du film.

C’est ainsi que Man of Steel débarque dans les salles de cinéma durant l’été 2013. Même si son succès le place loin de la trilogie du Chevalier Noir, le film de Zack Snyder réussit à dépasser les 650 millions de dollars de recettes au box-office mondial et rassure les studios dans leur volonté de lancer leur propre univers cinématographique.
Du côté des critiques, les retours sont plus mitigés. Certains n’adhèrent pas au côté sombre de cette version de Superman, personnage régulièrement vu comme une figure positive, humaine et souriante dans la culture populaire et au sein des comics.
La séquence finale est également décriée au niveau de l’ampleur du combat qui amène à la quasi-destruction de Metropolis. Cette dernière est jugée par certains comme outrancière. D’autres au contraire la qualifient de réaliste par rapport à la puissance des deux personnages qui s’affrontent. Malgré cette division, Man of Steel propose une version unique du personnage, version axée sous une figure christique appuyée, et offre des séquences marquantes, à l’image de sa première tentative de vol illustrée brillamment par le compositeur Hans Zimmer.

Le tout est entrecoupé de séquences plus intimes tournant autour du poids des responsabilités qu’amène l’acquisition de tels pouvoirs. Ces séquences, par le biais de ses deux figures paternelles, Jor-El et Jonathan Kent, dans lesquelles certaines répliques sont reprises directement du comics Superman : Origines Secrètes, amènent une caractérisation l’insérant au sein d’un monde contemporain divisé cherchant un symbole fort pour le guider.
Malgré un succès qui rassure les pontes du studio qui valident la mise en chantier de sa suite, on peut déjà constater que Man of Steel regroupe en son sein tous les éléments qui feront tant parler durant la brève carrière cinématographique que connaîtra cet univers DC.
Le choc des Titans et ses retombées
Premièrement vu comme une suite des aventures de l’Homme d’Acier, le projet suivant se transforme peu à peu comme véritable porte d’entrée de l’univers DC. Le succès international du film Avengers en 2012 a sûrement poussé les studios à accélérer leurs plans pour se placer sur les mêmes plates-bandes que la concurrence.
C’est ainsi qu’en 2013 l’acteur Ben Affleck est annoncé dans le rôle de Batman, amenant une forte controverse sur les réseaux face à un comédien qui n’aurait pas le charisme et le talent nécessaire pour incarner cette figure culte de la pop culture. La même année, Gal Gadot est présentée comme la nouvelle Wonder Woman et fait face également aux polémiques en ligne, certains critiquant un physique inadéquat au personnage.

Avec ces différentes présentations, cette suite, intitulée Batman v Superman : L’Aube de la justice, annonce clairement l’inauguration de son univers étendu. La promotion se concentre autour de la confrontation des deux plus grandes icônes de DC Comics, amenant une attente grandissante chez le grand public. En coulisses, les producteurs s’attendent à dépasser la barre symbolique du milliard au box-office mondial. Le film est donc attendu au tournant et fait face à des défis majeurs à surmonter.
La promotion se place sur tous les fronts pour concurrencer le futur Captain America : Civil War, qui doit sortir la même année et axant aussi son intrigue autour de l’affrontement de ses deux grandes icônes. Le film sort ainsi un mois avant la dernière production Marvel et connaît une diffusion compliquée.

La déception est grande chez les spectateurs, qui jugent un film boursouflé qui s’écroule face aux ambitions affichées du futur univers étendu et qui n’a ainsi pas le temps de respirer. Au même moment, une communauté de fans commence à se former pour défendre le film et la vision très personnelle de son réalisateur, faisant faire face aux nombreux avis assassins qu’ils jugent comme injustes par rapport à tout ce que propose cette suite.
Batman v Superman n’arrive pas à atteindre les espérances des studios Warner au box-office et ces derniers commencent à s’inquiéter de l’avenir de cet univers balbutiant. Une Ultimate Edition est ensuite annoncée pour sa sortie en format physique, rajoutant une trentaine de minutes à un film qui en avait été amputé pour avoir une plus large palette de séances au cinéma.

Au vu de cette nouvelle version, on ressent une complexité scénaristique fortement entachée dans sa version cinéma, mais dont on pouvait malgré tout voir les bribes en s’y penchant un peu plus et que cette Ultimate Edition confirme. Zack Snyder continue sur la lancée de son précédent film en dressant un monde toujours plus sombre, cette fois-ci incarné par un Batman désabusé, dans lequel Superman se débat pour faire ressortir son humanité.
Il ne possède toutefois pas la mesure nécessaire dans sa subtilité, comme le prouve la scène qui a fait tant parler autour du nom de Martha, mais montre une véritable implication et un grand attachement envers sa version des personnages DC. Il y a clairement une vision qui peut être considérée comme trop radicale, ce qui amène indubitablement le genre de retours qu’a connus le film. Mais même en y mettant du cœur, il est compliqué de maintenir le cap quand les studios pensent que le bateau chavire.

La déchéance d’une Ligue
Malgré la réception mitigée qu’a connu Batman v Superman : L’Aube de la justice, la production de sa suite, sobrement intitulée Justice League, continue. Néanmoins, en coulisses, la panique semble s’insinuer dans le projet. Le décès prématuré de la fille adoptive du réalisateur n’arrange rien et, la mort dans l’âme, Zack Snyder décide de se détacher du projet. Joss Whedon, réalisateur des premiers Avengers, est appelé à la rescousse pour finir la production, sans qu’il soit pour autant crédité en tant que réalisateur.
Les rumeurs commencent à pleuvoir en ligne, relatant de nombreuses séances de reshoots qui édulcoreraient la vision initiale du réalisateur. La collaboration entre le casting et le nouveau réalisateur ne se passerait également pas comme prévu. Certains font état d’un Joss Whedon s’immisçant de plus en plus dans le projet en y incorporant des proches de son cercle créatif, à l’image de l’arrivée de Danny Elfman à la composition musicale à la place de Junkie XL.

Tout cela détériore la future réputation du film, qui finit par sortir durant la fin d’année 2017. Les avis sont encore plus mitigés que ceux de Batman v Superman et un désintérêt global en ressort. Beaucoup y voient un film malade, tiraillé par deux visions très différentes, et les scènes tournées par Joss Whedon offrent une qualité visuelle détonnant avec le reste. Entre la moustache retouchée en post-production d’Henry Cavill et les changements de coiffure et de comportement entre deux plans, le film créditant toujours Zack Snyder en tant que réalisateur semble loin de la vérité.
Les résultats sont en deçà de ceux de Batman v Superman et enterrent un peu plus cet univers DC émergeant. Sa direction s’en voit changée et la vision de Zack Snyder mise au placard. Face à cela, une injustice se fait ressentir du côté des fans qui décident de maintenir la flamme sur les réseaux sociaux.

L’espérance jusqu’à la délivrance
Durant les années qui suivent la débâcle de la sortie de Justice League, une communauté de fans se forme pour demander la sortie d’une version Director’s Cut du film. Le hashtag #ReleaseTheSnyderCut voit le jour et est implicitement soutenu par Zack Snyder via son profil sur le réseau social VERO, où il partage des images du tournage de son film sacrifié. Au cours de ce laps de temps, l’assiduité de ses fans, comportant néanmoins leurs propres controverses dans la véracité de leurs intentions, se fait de plus en plus entendre.
Cela se transforme en une demande forte que les studios Warner finissent par percevoir. A l’ère de l’arrivée des plateformes de streaming de chaque grand studio, la question du contenu pour nourrir ces plateformes commence à émerger. L’univers cinématographique DC amorcé en 2013 bat de l’aile et suscite de moins en moins d’intérêt de la part du grand public, ce qui fait ressortir la ferveur des fans pour cette version qui semblerait exister.
C’est ainsi qu’en 2020, Zack Snyder annonce l’arrivée prochaine sur HBO Max de sa version complète du film Justice League. Intitulée Zack Snyder’s Justice League, cette version sort en mars 2021. Même si on reconnaît que les grandes lignes de l’intrigue principale se trouvaient déjà dans le film de 2017, il est évident que le style du réalisateur en était absent.

Il est certes difficile de comparer une version de 2h avec une version de 4h, mais il est clair que certains choix ont été faits durant le remplacement par Joss Whedon. Le personnage qui en sort grandi est certainement Victor Stone, futur Cyborg, qui devient ici un élément central du récit et qui connaît un véritable arc narratif contrairement à sa version du film de 2017.
Le retour de Junkie XL à la composition musicale permet également d’avoir une continuité avec les précédents films, nous faisant oublier les reprises des thèmes cultes de Batman et Superman orchestrées par Danny Elfman, mais qui ne collaient pas avec cette version des personnages.
Ce n’est pas pour autant que le film fit l’unanimité auprès des spectateurs, chacun restant dans ses retranchements respectifs. Cependant, cette sortie aura sûrement permis de refermer les plaies d’un projet difficile et de conclure la vision de son réalisateur.

Un héritage en suspens
Au vu de l’engouement de certains fans et de leur adoration parfois exagérée, on peut se demander si cette trilogie a impacté le milieu de la pop culture et y possède une place importante. En se tournant vers les deux films Wonder Woman, on peut déjà y constater quelque chose de flagrant. Ce qui a fait la force et la réception majoritairement positive du premier volet de Patty Jenkins, c’est sa direction artistique et la mise en scène de ses passages les plus importants.
En 2017, le premier film était encore supervisé sous une seule et même vision orchestrée en partie par Zack Snyder en tant que producteur exécutif. Sa patte se faisait clairement ressentir dans la manière de filmer les scènes d’action et dans la colorimétrie du long-métrage. D’autant plus quand on enchaîne avec Wonder Woman 1984, film peu inspiré dans sa réalisation sans parler de son scénario bancal sur de nombreux aspects. L’héritage de sa vision se faisait déjà ressentir et prouvait qu’avec sa suite, Patty Jenkins ne possédait plus la maîtrise qu’elle avait pu avoir durant la production du premier volet.

Il existe également des rumeurs sur un possible espionnage industriel de la part des studios Marvel quand les plans de l’univers partagé DC en étaient à leurs balbutiements. Il est vrai que, quand on se penche sur les plans originaux et que l’on regarde la trame d’Avengers : Infinity War et d’Endgame, un lien peut se faire au niveau d’un héritage indirect, mais tout n’est que spéculation.
En 2022, la sortie de Black Adam tenta de relancer cet univers par le biais d’un film qui surfait sur le style de Snyder, mais ne faisait que le copier sans y mettre l’intention derrière. L’apparition surprise d’Henry Cavill en Superman et les réactions provoquées prouvèrent malgré tout que son incarnation avait convaincu le grand public. Ce caméo ne sauva pas pour autant le naufrage du film.

En omettant Aquaman et le Royaume perdu, qui se concentrait essentiellement sur sa propre mythologie, cet héritage s’est officiellement achevé avec la sortie du film The Flash, offrant une dernière apparition aux Batman, Flash et Wonder Woman de cet univers. Avec ce film, c’est notamment la présence du personnage incarné par Ben Affleck qui fut salué, montrant un attachement pour ce dernier et prouvant le potentiel qu’il aurait pu donner.
Aujourd’hui, l’héritage de cette trilogie se transmet essentiellement via l’affection de ses fans pour cet univers et ses personnages, marqueur important dans la remémoration d’un univers n’ayant pas eu de base assez solide pour perdurer. Le fait que le réalisateur s’en soit aperçu et qu’il en soit reconnaissant est sûrement le plus beau cadeau que peut procurer cet héritage.
Les plans du projet de grande envergure prévu par Zack Snyder ne verront jamais le jour, mais auront finalement abouti, parfois dans la douleur, à la sortie d’une trilogie aux ambitions affichées, mais perfectibles. Malgré ses défauts, cette série de films aura été le vecteur d’une passion clairement visible à l‘écran de son réalisateur pour cet univers au potentiel avorté, mais dont l’héritage est encore ardemment défendu aujourd’hui par ses fans, pour le meilleur et pour le pire.
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