Clayface : un film qui a 20 ans de retard [critique]

Après les deux Joker et un film The Batman particulièrement réussi, DC Studios continue de capitaliser sur un type de cinéma plus violent et plus mature en proposant un long-métrage centré sur le terrifiant Clayface, connu sous le nom de Gueule d’Argile chez nous. Mike Flanagan, l’homme derrière l’iconique série The Haunting of Hill House ou Doctor Sleep, s’occupe de l’écriture du scénario. La mise en scène est, elle, confiée à James Watkins, réalisateur du récent et plutôt convaincant Speak No Evil. Le message est clair : DC veut produire son premier véritable film d’horreur.

C’est qui Clayface ?

Pour ceux qui ne connaîtraient pas Gueule d’Argile, Clayface raconte le destin de Matt Hagen, un acteur qui commence tout juste à percer dans le milieu hollywoodien. Alors que ce dernier est défiguré par un caïd de Gotham, il se tourne vers un traitement expérimental censé lui redonner son apparence, son visage, et donc grosso-modo sa vie de playboy-acteur.

Dans les comics, Clayface est un personnage récurrent de l’univers de Batman. Méchant iconique, esthétiquement impressionnant de part son apparence unique, scénaristiquement excitant via son pouvoir de métamorphe, c’est un antagoniste emblématique, souvent mis à contribution dans les pages des comics ou même dans les différents dessins animés DC : Batman, Harley Quinn ou encore Creature Commandos.

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Sa première apparition remonte tout de même à 1940. A l’époque, Basil Karlo est un acteur de films d’horreur qui sombre dans la folie et reprend l’identité de l’un de ses personnages dans le but de se venger de ses anciens collègues, alliés et pontes hollywoodiens qui l’ont laissé tomber.

Matt Hagen, lui, apparaît en 1961, et devient la version la plus célèbre du personnage. Son corps peut changer de forme et reproduire les apparences d’autres personnes. Cette incarnation développe le thème de la perte d’identité et sera notamment popularisée par la série animée Batman de 1992. Depuis, deux autres versions du personnage ont vu le jour, sans jamais atteindre la popularité de Matt Hagen.

Une arnaque de plus ?

Maintenant que le contexte est posé, on peut s’attarder sur le film de James Watkins. Comme précisé dans notre préambule, Clayface veut s’installer comme un véritable film d’horreur super-héroïque. Une approche sombre, un body-horror un peu crade, des mises à mort violentes et une ambiance propre à Gotham et Batman. Si la volonté y est, le résultat est bien en dessous des attentes posées par le film.

Dès les premières images du long-métrage, et l’apparition feignante du titre, façon production Netflix DTV, on sent que l’artificialité du projet va prendre le pas sur une véritable vision artistique de l’ensemble. Clayface est un film de super-héros qui a vingt ans de retard sur son époque.

A l’instar des récents Morbius ou The Crow, Clayface est un film artificiel, une origin story bavarde et paresseuse qui respire le début des années 2000. Comment justifier un film  dans lequel Gueule d’Argile n’apparaît réellement que durant les dix dernières minutes du récit ?

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Franchement, est-ce qu’en 2026, les origin story dans l’univers super-héroïque ont encore leur place ? Comment un film qui se veut horrifique et sombre peut être moins inquiétant et dérangeant que l’excellent Joker de Todd Phillips ? Là où le pari fonctionne dans le film avec Joaquin Phoenix, grâce à une approche intrinsèque du personnage, tout ce qu’entreprend James Watkins ici fait l’effet d’un pétard mouillé.

Les expérimentations scientifiques vieille école rappellent Morbius et Venom, la pègre de Gotham se rapproche davantage du Daredevil avec Ben Affleck que de l’excellent The Batman et on a des difficultés à croire à une romance cousue de fil blanc. Rien ne donne envie de rester une minute de plus dans ce métrage qui dure 1h49, avec un ressenti de 2h20.

C’est bavard, ennuyeux et les séquences de violence sont distillées en hors champ, un comble pour un soi-disant film d’horreur. L’univers de Gotham n’est jamais pesant, présent, et est à peine effleuré. Franchement, donnez-nous vite The Batman Part II par pitié.

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Et même le personnage de Clayface n’est pas forcément employé correctement. L’intérêt d’avoir un personnage métamorphe permet de créer des séquences à suspense, des usurpations d’identité malignes ou des twists bienvenus, mais jamais James Watkins n’utilise le potentiel créatif et scénaristique de son héros.

Les rares changement d’identité sont prévisibles, grotesques, attendus et ne permettent ni à l’histoire, ni à la mise en scène de réellement s’incarner. La preuve avec un climax ringard dans une boîte de nuit, lieu commun éculé du genre super-héroïque/film d’action. Une séquence à peine divertissante, qui, avec un peu de créativité, aurait pu être réjouissante mais qui se traduit par la simple prémisse d’un épilogue lourdingue.

Un échec également imputable à Tom Rhys Harries, visage vidé de toute personnalité pour un film vidé de toute essence. Un comédien qui ne parvient pas à retranscrire la complexité d’un personnage fragmenté, aux multiples facettes, miroir d’une profession où le trouble de l’identité est récurrent. Un acteur fade, sans émotion, qui n’a pas les épaules pour porter un personnage aussi vivant.

Clayface rate tout ce qu’il semble entreprendre. Ce problème survient aussi dans l’interprétation du comédien, que dans l’écriture du personnage et sa représentation. Gueule d’Argile est un personnage constamment en mouvement, en construction et déconstruction, tandis que James Watkins nous pond un film terriblement statique.

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Bande-annonce officielle de Clayface

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