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Louis XVI : quand le roi perfectionnait la guillotine ?

Louis XVI : quand le roi perfectionnait la guillotine ?

Terrible destin que celui de Louis XVI. L’enfant manuel et technique qui ne devait pas gouverner se retrouve sur un trône dont il ne sait rien et à la tête d’un État endetté au bord de la banqueroute. La conclusion ? Il meurt guillotiné le 21 janvier 1793. C’est en effet la guillotine qui aura séparé la vie du roi de son corps. Une invention dont certains rapportent qu’elle aurait été perfectionnée par Louis XVI lui-même. Chez Cultea, on vous démêle le vrai du faux dans cette histoire.

Louis XVI : un technicien plus qu’un roi

Il est de notoriété publique que Louis XVI n’aurait pas dû être roi. En effet, le jeune Louis-Auguste avait plusieurs frères, dont un destiné au trône. Louis-Joseph-Xavier-François duc de Bourgogne était son ainé de trois ans seulement. Ce dernier était adroit et malin. On voyait déjà en lui le futur roi de France. La tradition veut que, à 7 ans, l’éducation des jeunes hommes soit confiée d’une gouvernante maternant un enfant puéril à un gouverneur formant un homme d’exception. Lorsque débute la formation de Louis-Joseph, il est épatant. La cour et ses parents sont fiers de lui et il brille par son assurance et son intelligence. Il en est même parfois un peu arrogant.

L’accident

Mais un bête événement va bouleverser l’ordre des choses. Au printemps 1760, le jeune Louis-Joseph chute d’un cheval en carton. On lui diagnostique une grosseur à la hanche et il se met à boiter. Il doit donc rester à l’intérieur sans trop bouger et exige de passer du temps avec son petit frère : Louis-Auguste, futur Louis XVI. Louis-Joseph est amusé de voir que son frangin ne s’intéresse absolument pas aux arts de la cour. Il n’aime pas monter à cheval, il n’aime pas forcément les arts, ni la politique.

Ce qui intéresse le jeune Louis-Auguste, c’est l’artisanat mécanique. Il se passionne pour l’horlogerie, qu’il trouve fascinante de détails et de complexité. Au-delà, il s’éprend pour la serrurerie. Il y passe des heures en privé, à fabriquer des clés, des cadenas ou des mécanismes complexes pour des coffres secrets. Ce passe-temps lui vaudra d’être l’objet de moqueries à la cour, un roi n’ayant pas à se rabaisser à une telle activité « populaire ». L’information à retenir ici est que Louis-Auguste n’est pas seulement un amateur de technique. Il en est un praticien assidu. Enfin, c’est également un grand amateur de géographie.

Le drame

Fin 1760, on diagnostique deux tuberculoses à Louis-Joseph. Son destin est scellé, il ne lui reste que quelques mois à vivre. Il s’éteint le 22 mars 1761. Louis-Auguste devient le futur prétendant au trône, lui qui n’a pourtant jamais rien appris en matière de gouvernance et que l’on trouve timide. Enfin, son père, doté d’une santé fragile, décède en décembre 1765. La situation est catastrophique : Louis-Auguste devient l’héritier direct de la couronne.

Suite au décès de son frère, le jeune homme s’était déjà vu offrir une éducation au-delà des espérances. Ses connaissances scientifiques, géographiques, philosophiques, historiques et linguistiques font honneur à son époque.

Louis XVI, roi de France

À la mort de son grand-père Louis XV en mai 1774, Louis-Auguste devient roi de France. Son règne s’achève en 1791, durant la Révolution française. En moins de vingt ans, il n’aura pas pu faire grand-chose face à la situation économique désastreuse dont il avait hérité. En effet, malgré des décisions de larges réductions des dépenses publiques, la crise s’annonce. La postérité immédiate se souviendra de Louis XVI comme un « réformateur impuissant ».

Louis XVI aurait amélioré la « guillotine » ?

La rumeur exacte affirme que Louis XVI aurait proposé une lame en biais plutôt qu’un couperet en croissant de lune. Ce qui plaît tant dans cette histoire, c’est d’imaginer Louis XVI comme l’architecte indirect de sa propre mort. Une situation ironique, en somme.

De plus, connaissant le passif de technicien perfectionniste de Louis XVI, il n’est pas bête de penser que le roi ait pu contribuer à améliorer ce dispositif. Enfin, n’oublions pas que la guillotine avait pour vocation de mettre à mort « proprement ». L’idée étant de se passer d’un bourreau qui pourrait devoir s’y reprendre à deux fois pour trancher une tête… En améliorant la lame, on améliore forcément la netteté de l’action, et donc, la promesse d’une mort rapide et « indolore ».

La guillotine

Le premier nom de la machine nous vient de son concepteur : le docteur chirurgien militaire Antoine Louis. En effet, elle est d’abord connue sous le nom « louisette ». Mais c’est le député et docteur Joseph Guillotin qui porte le projet devant l’Assemblée en 1789 et fait adopter la machine en 1792 comme moyen de mise à mort. Le peuple retient donc le nom de « guillotine ».

La machine n’est pas nécessairement nouvelle et existe déjà en Écosse depuis longtemps. Le principe est simple : on actionne une corde qui laisse tomber une lame droit sur la nuque d’un condamné. La mort est fulgurante, rapide, nette et surtout mécanique.

Une histoire qui ne colle pas

La rumeur énoncée plus tôt ne colle cependant pas… La mention de cette histoire d’amélioration par Louis XVI est faite dans un ouvrage : les Mémoires de Sanson. La famille Sanson est célèbre pour avoir exercé comme bourreaux entre 1688 et 1847. C’est une famille qui fascine beaucoup et à qui l’on prête certains « faits d’armes » qui n’ont jamais eu lieu.

L’un des Sanson de l’époque qui nous intéresse, Henri, est par exemple reconnu pour avoir mis à mort Marie-Antoinette. Ce qui est faux, mais la famille en joue pour sa légende. L’autre Sanson, Charles-Henri, a quant à lui réellement fait partie du « projet guillotine ».

En effet, Charles-Henri a testé la machine pour le compte des deux médecins. D’abord sur des moutons, puis sur des cadavres. Ce qui est moins certain, c’est la suite. En effet, dans les « Mémoires » qu’il écrit et qui sont publiées en 1831, Charles-Henri Sanson raconte la chose suivante : lui, Guillotin, Antoine Louis et le roi Louis XVI se seraient retrouvés pour une réunion secrète aux Tuileries. Le souverain aurait alors critiqué la forme de la lame.

Ce récit est aujourd’hui attesté comme faux. En effet, les « Mémoires de Sanson » ont en réalité été écrites par les auteurs Louis-François l’Héritier et Honoré de Balzac. De plus, cette « anecdote » n’apparaît que dans la version éditée en 1862, et pas dans la version originale de 1831…

Une machine différente

Enfin, détail ultime, la machine présentait toujours une lame en forme de croissant de lune en 1793 lorsque Louis XVI fut exécuté. En témoignent de nombreux dessins d’époque.

Auteur inconnu, Exécution de Louis XVI, 1793, Musée du Louvre.

Si cette histoire nous apprend quelque chose, c’est qu’il faut se méfier des anecdotes historiques qui ont l’air un peu trop intéressantes. Oui, Louis XVI était un passionné de mécanique. Mais il n’a vraisemblablement jamais contribué au « projet guillotine ». En revanche, il ne l’a pas désapprouvé, considérant cette dernière comme plus fiable que la potence !

 

Sources :

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