Léon Trotski, grand perdant de la succession à Lénine

Léon Trotski, grand perdant de la succession à Lénine - Cultea

Il ne reste plus grand-chose de l’idéologie staliniste 30 ans après la chute de l’URSS. Léon Trotski trouve quant à lui une certaine postérité. Mais qu’est-il arrivé à celui qui a failli succéder à Lénine ?

Trotski, jeune intellectuel ambitieux

Lev Davidovitch Bronstein, dit Léon Trotski, naît dans l’ancien Empire russe et actuelle Ukraine en 1879. Issu de la moyenne bourgeoisie juive, fils de propriétaires terriens, il ne vit pas dans le manque. Il abandonne ses études pour s’engager en politique, bien qu’il fût longtemps premier de sa classe.

Je manquais les cours de plus en plus souvent. Un jour, l’inspecteur vint jusque chez moi pour connaître la raison de mon absence. Ce fut pour moi une grande humiliation, mais il se montra courtois. Convaincu que tout était en ordre, dans ma famille d’accueil comme dans ma chambre, il me quitta sans me chercher de noises. Or, sous mon matelas, se trouvaient plusieurs pamphlets politiques interdits.

Le jeune Bronstein ne se retrouve pas dans les écrits de Marx. Il préfère travailler sa rhétorique avec L’Art d’avoir toujours raison de Schopenhauer. La rencontre qui va marquer la suite de sa vie est celle avec Lénine, point de départ de sa querelle permanente avec Staline.

Rencontre avec Lénine, clash avec Staline

En 1917, les bolchéviques renversent le Tsar pour imposer leur propre régime. Lénine est placé à la tête de ce qui deviendra l’URSS. Staline n’a joué qu’un rôle mineur dans cette révolution, alors que Trotski était parmi les têtes pensantes du mouvement. Ce dernier s’accorde avec Lénine sur la ligne du Parti et fonde en 1918 l’Armée rouge. Il fait régner la Terreur, pour partie comparable à celle connue en France à la suite de la Révolution de 1789. Les rouges combattent l’Armée blanche, armée anti-révolutionnaire soutenue par des puissances étrangères qui a pour but d’endiguer la révolution bolchévique. En 1919, l’Armée rouge dispose de 1 800 000 hommes et élimine à tour de bras les anti-révolutionnaires, les tsaristes, ainsi que tout opposant politique.

Pendant ce temps, Staline grimpe les échelons au sein du Parti communiste et accède à la position de secrétaire général du Comité central du Parti. C’est une position de fonctionnaire, certes importante, mais qui ne le place pas dans la course à la succession de Lénine. Tout l’oppose à Trotski, de l’éducation à la vision de la révolution, jusqu’à l’idéologie même à appliquer par la suite. Lénine tombe plusieurs fois malade en 1923 et est de facto écarté de la vie politique. Il décède au début de l’année 1924. La succession de Lénine semble alors naturellement revenir à Trotski, mais un concours de circonstances va changer le destin de l’URSS.

Staline, Lénine et Trotski - Cultea
Staline, Lénine et Trotski [de gauche à droite]

Léon Trotski évincé, basculement vers le stalinisme

C’est d’abord aux funérailles de Lénine que commence à se dessiner la succession. Alors que Trotski est en convalescence dans le Caucase, Staline fait construire un mausolée au défunt leader. Il dissuade son concurrent de revenir à Moscou, le prévenant que l’ancien chef du Parti serait enterré rapidement. Le futur successeur menace la veuve de Lénine, qui s’oppose à des obsèques de cette envergure, et prend tout le crédit de la cérémonie. Quatre mois plus tard, en mai 1924, se tient le 13e Congrès du Parti communiste. À cette occasion, Staline exhume le testament de Lénine pour le lire en public ; en l’arrangeant à sa manière, il dresse un portrait élogieux de sa propre personne. Il omet bien sûr les passages le présentant comme dangereux. Selon les mots de Lénine :

« Le camarade Staline, devenu secrétaire général, a concentré entre ses mains un pouvoir illimité, et je ne suis pas sûr qu’il puisse toujours s’en servir avec assez de circonspection. »

Il ajoute :

« Staline est trop brutal. Ce défaut, parfaitement tolérable dans notre milieu et dans les relations entre nous communistes, ne l’est plus dans les fonctions de secrétaire général. Je propose donc aux camarades d’étudier un moyen pour démettre Staline. »

Cependant, Joseph Staline a acquis une certaine stature au cours des mois précédents. Il utilise à son avantage l’une des dernières volontés de Lénine et propose à son auditoire d’être démis de ses fonctions. Le tour de force se passe comme prévu et le congrès refuse que Staline quitte son poste. Trotski finira de se saboter en déclarant :

« Aucun de nous ne peut ni ne veut avoir raison contre son Parti. En dernière analyse, c’est toujours le Parti qui a raison. »

Le Parti étant tenu par Staline, organisateur du Congrès, c’est donc bien lui qui aura toujours raison. Léon Trotski sent alors qu’il ne fera pas long feu au sein du Parti. À la première occasion, Staline le force à l’exil.

Exil et tentative d’assassinat

Le poste de secrétaire général de Staline lui permet peu à peu de remplacer les cadres du Parti communiste par des hommes qui lui sont fidèles. Il maîtrise la police secrète, son emprise sur le Parti est totale. Léon Trotski, chassé de l’organisation qu’il a contribué à créer, est contraint d’aller vivre en Turquie en 1929, puis au Mexique en 1936. Il loge d’abord chez Diego Rivera et Frida Kahlo à Mexico, avant d’emménager proche du couple de peintres avec sa femme et son petit-fils en 1939.

Il continue d’écrire, de défendre une autre vision du communisme, celle de la révolution permanente dans tous les pays. Mais Staline n’en a pas fini avec lui, car l’exilé représente toujours une menace politique. Sa nouvelle priorité est d’exécuter son rival de toujours. En mai 1940, l’ancien leader de l’Armée rouge échappe à une première tentative d’assassinat à son domicile. Vingt hommes armés de mitraillettes avaient pénétré la maison. Son petit-fils se souvient :

« Mon grand-père était à moitié endormi parce qu’il prenait des somnifères, et Natalia [sa femme] l’a rapidement tiré du lit et l’a poussé dans le coin sud-est de la chambre sous une table. C’est ça qui leur a sauvé la vie. »

Trotski et sa femme, miraculés, font renforcer la sécurité de leur lieu de résidence. L’attaque mortelle ne viendra cependant pas de l’extérieur.

Le coup de grâce

En 1939, Ramón Mercader, un agent espagnol de Staline, réussit à séduire la jeune militante Sylvia Ageloff. C’est elle qui l’introduit dans la maison familiale du couple exilé. Mercader, jouant de finesse, parvient peu à peu à gagner la confiance de Trotski, s’occupant notamment de son petit-fils Esteban. C’est en août 1940 qu’il met un terme à sa mission. Assis à son bureau, Léon Trotski ne se doute de rien. L’agent espagnol le rejoint pour lui soumettre un article qu’il a prétendument écrit. Au moment de le lui remettre, il saisit le piolet qu’il cache dans son imperméable et frappe violemment le crâne de l’ancien révolutionnaire russe.

Léon Trotski est transporté à l’hôpital. Il succombera à sa blessure le lendemain de son agression. Son assassin, condamné à 20 ans de réclusion, sera fait héros du régime soviétique à sa sortie de prison. Cette décoration est l’illustration même de l’écrasante victoire de Staline sur Trotski, l’héritier frustré de Lénine. 

 

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