Doctor Strange in the Multiverse of Madness marquait le grand retour de Sam Raimi derrière la caméra après des années passées en tant que producteur dans une variété de projets. Mais était-ce vraiment le cas ? C’est la question que l’on se pose une fois le visionnage de Send Help terminé.
Une réalisation démente et généreuse
La première chose qui ressort de cette nouvelle proposition est à quel point les curseurs sont poussés à fond. Sam Raimi s’amuse derrière la caméra et ça se voit. Il ne fait pas dans la dentelle et ne cherche pas à lisser son sujet. Un reste de thon sur le coin de la lèvre ? Passage par le gros plan avec réaction sur la même à travers les yeux du personnage qui lui fait face. Et cela dès la scène d’introduction !
C’est là que l’on se rend compte du lissage des productions américaines récentes et l’uniformité de ce cinéma depuis ces dernières années, en dehors de quelques exceptions. Ce film possède définitivement le style d’un Sam Raimi, une patte reconnaissable entre mille et qui rentre à fond dans son excentricité.
Cette vision des choses amène le film dans des situations poussées aux limites de leur concept, à l’image de la confrontation avec le sanglier qui n’omet rien et affiche clairement ce qui se passe à l’écran. Cela provoque une réaction spontanée mais vive chez le spectateur dans un mélange de surprise et d’excitation, émotion rare de nos jours.

On retrouve également cette utilisation si singulière du son du réalisateur durant les séquences d’action où la musique laisse sa place à une utilisation minutieuse du son des éléments se trouvant à ce moment-là de la scène. Cette gestion amène ainsi un arrêt dans le temps face à l’urgence de l’action où le spectateur y est plongé, à l’image de la séquence où Spider-Man évite les débris tombant de l’immeuble pour stopper la chute de Gwen Stacy vers le sol dans Spider-Man 3. C’est pour cela que la scène de l’avion introduisant l’arrivée sur l’île est si intense dans son montage.
On notera également la scène de confrontation finale qui ne s’interdit rien tout en faisant référence implicitement à la trilogie Evil Dead dans ce mélange de gore saupoudré d’humour offrant un décalage bienvenu et étonnamment jouissif. Certes, certains effets visuels font parfois tâche mais le tout est vite oublié face à une réalisation excentrique accompagnée par un rôle principal totalement habité par Rachel McAdams.

L’intérêt de la caractérisation
Malgré cette réalisation déjantée, rien ne marcherait sans des personnages bien caractérisés et une intrigue aboutie. Heureusement, la qualité est également au rendez-vous. Rien que la scène d’introduction du film arrive à caractériser habilement le personnage féminin principal. On est tour à tour désorienté et distant face à tout cela. Néanmoins, il se forme malgré tout une empathie envers ce personnage qui ne sait pas se comporter face les normes sociales du monde qui l’entoure.
C’est là que le talent de Rachel McAdams rentre en jeu. Elle est habitée par le rôle et adore jouer avec les différentes facettes du personnage. Cette jongle entre les différentes facettes du personnage nous intrigue durant l’intégralité du long-métrage et la dynamique créée avec Dylan O’Brien renforce l’ensemble. Il arrive à amener de son côté certains traits de personnalité marqués, notamment par ses diverses réactions et son rire de PDG ridiculement amusant. Néanmoins, son interprétation ne possède la constance et la maîtrise de sa partenaire et souffre de la comparaison.

On arrive même à un stade d’incertitude face à ce qui pourrait suivre, tant les possibilités de développement sont nombreuses. Au fur et à mesure du long-métrage, une thématique finit par en sortir en redéfinissant tout ce que l’on pouvait ressentir envers les personnages et notre compréhension de leurs actions.
Le monstre, entre naissance et création
Le monstre, le devient-on ou sommes-nous nés ainsi ? C’est ainsi que le sous-texte du film se construit autour de cette question maintes et maintes fois débattue. Tout le long de Send Help, notre rapport aux personnages évolue face à cette interrogation.
C’est là que Sam Raimi ne cherche pas à ternir ou diluer la caractérisation de ses deux protagonistes. Il en fait également ressortir un côté sadique face à tout cela, surtout au regard des actions du personnage de Rachel McAdams.

A quel moment la bascule se fait ? Ou bien cette monstruosité est-elle toujours présente, attendant son heure ? Ce sont les questions que soulèvent le film concernant ces deux rescapés du crash d’avion. Cette absence de réponse réellement concrète à première vue laisse ainsi le spectateur se questionner à la fin de la séance. Qui était réellement dans son bon droit ? C’est là où se trouve une des forces majeures du film.
Send Help est assurément une des surprises de ce début d’année. Avec un réalisateur plus survolté que jamais, le film est à la hauteur des ambitions affichées. Un petit film sans prétention et enfantin dans sa conception mais extrêmement généreux. A l’arrivée, on nous offre ainsi une version survitaminée de La Guerre des Rose, portée par une Rachel McAdams follement épanouie dans le rôle.
Ne manquez aucun article : abonnez-vous gratuitement à Cultea sur Google News
![« Send Help » : le véritable retour de Sam Raimi [critique]](https://cultea.fr/wp-content/uploads/2026/02/send-help.png)

