Le fascisme : quelles sont ses origines et quels sont les signes pour le reconnaître ?

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Aujourd’hui, on entend ce terme très régulièrement. Il est utilisé pour qualifier ceux que l’on juge comme étant antisémites, racistes et anticonstitutionnels. Mais concrètement : qu’est-ce que le fascisme ? Quelle est l’origine du mouvement ? Quelles sont les idées que le mouvement met-il en avant ? Et surtout, comment le reconnaître ? 

Fascisme : un terme qui qualifie un mouvement révolutionnaire

Le terme « fascisme » provient de l’italien fascio. Pour ce qui est de son origine, il est apparu pour la première fois à la fin du XIXème siècle. Il est attribué à un mouvement paysan et protestataire sicilien. Le terme fascisme, dans son origine, prend alors une connotation de gauche… Chose qui changera très rapidement !

Le fascisme se tournera petit à petit vers le bellicisme. On le constate en 1914, lorsque l’Italie doit décider si elle entre en guerre ou non. Des représentants du syndicalisme révolutionnaire italien souhaitent rassembler les forces de gauche qui sont favorables à l’entrée en guerre. Ils jugent les Empires occidentaux comme étant réactionnaires et trop cléricaux. Ainsi, ils appellent à la création d’un « faisceau d’action révolutionnaire » pour mettre l’Italie en avant. Le nationalisme rejoint donc le fascisme. Son principal fer de lance sera évidemment Benito Mussolini.

Dès 1920, Mussolini, rompt avec ses origines socialistes. Il souhaite s’ériger en rempart face aux désordres sociaux qui selon lui menacent le pays. Très rapidement, une milice armée est mise en place (les squadre), menant de nombreuses campagnes d’intimidation contre la gauche. Furent ainsi ciblés sans distinction les socialistes, communistes et syndicalistes…

Benito Mussolini - Universal History Archive / Universal Images Group - Getty
Benito Mussolini – Universal History Archive / Universal Images Group – Getty

Quand le fascisme se sédimente dans l’extrême droite

Avec la prise de pouvoir par Lénine en Russie et la défaite des Empires Centraux, on voit émerger une grande vague bolchévique. Cette vague va alors déferler en Europe et plus particulièrement en Allemagne.

Au même moment, des mouvements paramilitaires ultranationalistes souhaitent régénérer la nation allemande. Et cette résurrection passe par la haine du bolchévisme internationaliste. Ainsi se met en place l’affirmation du nationalisme dans sa forme la plus dure. C’est cette forme que Mussolini, ancien leader socialiste, va adopter pour l’Italie. Il reprend les préceptes et les idées de Lénine, mais les adapte à son ultranationalisme. C’est ainsi que le fascisme a adopté les caractéristiques principales de l’extrême droite :

  • Un nationalisme exacerbé
  • Un culte de la tradition très fort
  • Une affirmation de l’autoritarisme

Ainsi, malgré sa connotation originelle, le fascisme se révèlera très rapidement bien plus proche des idéaux d’extrême droite. Jusqu’à en devenir un de ses plus célèbres « représentants ».

Un régime fasciste et un régime totalitaire : est-ce réellement la même chose ?

La question est encore au centre de nombreux débats, depuis maintenant des dizaines d’années. Les historiens n’arrivent pas à se mettre d’accord sur la réelle nature du fascisme.

Pour certains, les deux régimes ont beaucoup de points communs. Ils disposent tous deux d’un chef qui se veut charismatique, d’une propagande quasi quotidienne et d’une milice violente. L’historienne Michele Sarfatti rappelle également dans son écrit La Législation antijuive dans le contexte européen (2016), que le fascisme se rapproche beaucoup au nazisme hitlérien. Elle rappelle qu’en 1938, Mussolini a adopté une législation antisémite.

Mais selon Hannah Arendt, connue pour ses nombreux travaux sur le totalitarisme, le fascisme ne se rapproche pas tant que ça du totalitarisme. Elle rappelle que le fascisme n’a jamais exécuté, de façon massive, la communauté juive entre 1938 et 1945. Par ailleurs, d’autres historiens comme Frédéric Le Moal rappelle que le Duce a accueilli les juifs au sein du mouvement fasciste. Ce dernier déclarait même que:

« L’antisémitisme n’existe pas en Italie. »

Les historiens n’arrivent donc pas à savoir s’ils doivent ranger le fascisme de Mussolini dans la catégorie des régimes totalitaires comme celui d’Hitler ou de Staline.

Quelle définition peut-on donner pour présenter le modèle fasciste ?

Vu que le fascisme à la base, s’inscrit dans un monde révolutionnaire, quelle est la définition de ce modèle politique finalement ? Nous avons dit que le modèle en question prône la révolution mais pas que…

Selon Llewellyn H. Rockwell, un économiste américain :

« Le fascisme est le système de gouvernement qui cartellise le secteur privé, planifie l’économie en vue de subventionner les producteurs, exalte l’État policier comme source de l’ordre, nie les droits et les libertés fondamentales des individus, et fait de l’exécutif le maître sans bornes de la société. »

Il s’agit donc d’un régime opposé à l’individualisme et à la doctrine démocratique. Il prône une hiérarchie naturelle, prône la masculinité virile ainsi que les vertus guerrières en développant une esthétique héroïque.

Comment reconnaitre le fascisme aujourd’hui ?

Grâce au travail d’Umberto Eco et à son ouvrage Reconnaître le fascisme (1995), on connait désormais les grandes caractéristiques universelles d’une idéologie fasciste. Réactionnaire, mu par l’action (et non la réflexion), anti modernité, pro tradition… Voici quelques grands signes permettant de reconnaître une idéologie fasciste :

  • Le culte de la tradition : le fascisme se caractérise avant toute chose par un véritable conservatisme. Le culte de la tradition est au cœur de son idéologie et demeure immuable. Par corollaire, le fascisme implique un rejet du modernisme. Les évolutions sociétales sont vues comme des idéologies à combattre, car allant à l’encontre des traditions… Le fascisme lutte ainsi contre une certaine idée de « décadence de la civilisation », en s’appuyant sur une vision idéalisée du passé national.
  • Le culte de l’action (et le rejet de la réflexion) : l’idéologie fasciste entretient le culte de l’action pour l’action… Réfléchir est considéré une forme d’émasculation. Ainsi, la réflexion et le consensus sont considérés comme des signes de faiblesse. La cible à abattre devient ainsi l’intelligentsia et les « élites », considérées comme coupables d’avoir trahi les idéaux nationaux.
  • Le culte du nationalisme : les individus qui se sentent privés d’une identité sociale claire trouvent dans le nationalisme une réponse à leur mal-être. Un élément que l’idéologie fasciste sait exploiter à outrance. En effet, le fascisme considère que les individus ont un seul et unique privilège commun : celui d’être nées dans un même pays. Et ce pays, il faut le protéger contre toute intrusion extérieure qui risquerait de le dénaturer… Ainsi, tout élément considéré comme incompatible avec cette nation est considéré comme dangereux. Toute ethnie, religion ou idéologie considérée comme contraire à la doctrine nationaliste est vue comme un élément à endiguer, voire à éradiquer. De surcroit, on retrouve dans le fascisme une obsession du « complot » généralement venu de l’étranger.

En rapport avec le peuple, le système fasciste prône le rassemblement des classes frustrées de la société. Mais ce peuple est également vu comme une constitution, de nature monolithique, censée prôner une volonté commune. Mais on se rend compte en réalité, que seul le chef décide et interprète cette volonté, car le peuple a perdu ses droits délégataires.

Il est à noter que les signes universels pour reconnaitre le fascisme sont au nombre de 14 selon Umberto Eco et sont tous référencés avec de nombreux détails dans son ouvrage emblématique sur le sujet.

Ainsi, le « fascisme » des réalités disparates. Les historiens, par ailleurs, déplorent l’utilisation du mot à tort et à travers, car il est souvent employé dans une situation de contestation et d’intolérance, sans pour autant être valable. Mais malgré sa nature mouvante, l’idéologie fasciste est désormais reconnaissable par le biais de signaux universels, qu’il est important de connaître. 

Sources :

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