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La Grande Famine en Irlande de 1845 : Retour sur une période sombre

La Grande Famine en Irlande de 1845 : Retour sur une période sombre - Cultea

Survenue entre 1845 et 1848, la Grande Famine en Irlande a causé la mort de presque 1 million de personnes. Cette tragédie fut provoquée par un champignon, qui dévasta les cultures irlandaises. Etant donné l’ampleur de l’événement, certains considèrent même que la famine ne se termina qu’en 1852. Mais alors, que s’est-il passé exactement ? Quelles ont été les conséquences d’une telle tragédie ? Et surtout, à qui la faute ?

Contexte historique de l’Irlande

Depuis le XVIe siècle, la culture de la pomme de terre connaît un large succès en Irlande. En effet, le tubercule s’adapte bien aux conditions climatiques et géologiques de l’île. À partir du début du XIXe siècle, la pomme de terre est donc un élément central de l’alimentation de la population, étant très riche en nutriments. Dans l’ensemble, dix millions de tonnes de pommes de terre sont produites pour la consommation irlandaise. Ensuite, une parcelle nourrit facilement une famille au début du siècle, mais cela cesse d’être le cas lorsque la population passe de 4 millions à 8,5, voire 9 millions entre 1800 et 1845.

Rappelons qu’à partir de 1800, l’Irlande fait partie intégrante du Royaume-Uni grâce à l’Acte d’Union. C’est pourquoi les paysans irlandais ne sont pas propriétaires de leurs terres, qui appartiennent en fait à des landlords (propriétaires) britanniques. Les Irlandais doivent donc payer un fermage – un type de bail – à leurs landlords. Les propriétaires sont d’ailleurs très satisfaits des cultures de pommes de terre, car celles-ci prennent peu de place.

Maladie de la pomme de terre

Le premier cas de Mildiou est confirmé en septembre 1845. Ce dernier est un champignon parasitaire aussi connu sous le nom de Phytophthora infestans. Il provoque une maladie du tubercule de la pomme de terre, qui devient alors inconsommable.

Le champignon aurait été transporté par des navires provenant d’Amérique du Nord et aurait atteint l’Europe lors de l’été 1845. De mauvaises conditions météorologiques estivales, synonymes d’une forte humidité, auraient entraîné la propagation rapide de la maladie.

À l’automne 1845, un tiers des récoltes est perdu. Véritable catastrophe pour l’Irlande, qui rentre alors dans une pénurie alimentaire accentuant la misère rurale. Les populations les plus touchées se trouvent à l’ouest du pays et dans le comté du Kerry. Par conséquent, une famine et des épidémies touchent l’île : deux tiers des victimes meurent de faim et un tiers succombe du choléra et du typhus.

Le Famine Memorial à Dublin, érigé en hommage aux victimes de la Grande Famine.

Quitter l’Irlande pour fuir vers les Etats-Unis

Les Britanniques profitent alors de la situation pour expulser les paysans incapables de payer l’impôt sur leurs terres. Plusieurs milliers d’Irlandais se retrouvent alors à la rue et fuient l’île pour partir en exil vers les Etats-Unis. Ils embarquent à bord de cargos pour l’Amérique, et, bien que certains meurent en chemin à cause de tempêtes ou de maladies, des milliers de personnes gagnent le nouveau monde. Ils formeront d’ailleurs la diaspora irlandaise, qui existe encore aujourd’hui.

Vivre en Amérique permet aux Irlandais de ne plus subir la domination britannique. En outre, le pays est synonyme pour eux de liberté et leur offre de nombreuses opportunités économiques. Les réfugiés peuvent en plus de cela continuer à lutter à distance pour leur pays. Ils envoient donc des fonds vers leur terre natale et fondent le mouvement Fenian, une organisation se battant pour l’indépendance de l’Irlande via des opérations violentes. Plus tard, en 1867, certains retournent dans leur pays d’origine afin de participer à la lutte pour l’indépendance menée par ce même mouvement et l’IRB (Irish Republican Brotherhood).

Au total, on compte 2 millions de réfugiés, ainsi que 2 millions d’émigrés.

Des Irlandais à bord d’un navire à destination des Etats-Unis.

La question de la responsabilité britannique

Comme dit précédemment, les Britanniques auraient alors profité de la famine pour expulser certaines familles et récupérer des terres. Au-delà de cette accusation, il faut savoir que le Royaume-Uni n’a jamais été friand de l’interventionnisme, spécificité britannique qui est toujours d’actualité. A l’époque, une idéologie libérale, un libre-échange et un laisser-faire en économie sont donc largement encouragés. De fait, le gouvernement ne fournit aucune aide envers les centaines de milliers d’Irlandais quittant l’île.

D’un autre côté, les économistes anglais de 1850 blâment les paysans irlandais pour la famine. Ils considèrent en effet que cette dernière serait la conséquence d’une société paysanne « arriérée » et non adaptée au nouveau monde capitaliste.

Ensuite, à partir des années 1930, des historiens irlandais révisionnistes diminuent la part de responsabilité du gouvernement britannique. En outre, ils expliquent que le profond impact de la famine serait en fait lié aux mauvaises conditions économiques et sociales irlandaises de l’époque.

Toutefois, le Premier ministre britannique Tony Blair présenta en 1997 des excuses publiques à l’Irlande, au nom du gouvernement anglais :

« Qu’un million de personnes soient mortes dans une nation qui comptait alors parmi les plus riches et les plus puissantes, est toujours source de douleur quand nous nous le remémorons aujourd’hui. Ceux qui gouvernaient alors ont manqué à leurs devoirs. »

En plus de ses conséquences tragiques, la Grande Famine en Irlande a ravivé le sentiment national irlandais. Sans cette période sombre, la République d’Irlande ne se serait peut-être pas autant battue pour son indépendance, qui a été obtenue le 21 janvier 1919. Pour ce qui est de la question de la responsabilité du gouvernement britannique, c’est un sujet qui est à ce jour toujours débattu chez les historiens, et rien n’est complètement prouvé.

Sources :

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Lauren Puma

Etudiante en Master Culture, patrimoine et médiation, je m'intéresse de très près à l'histoire ainsi qu'à culture pop, particulièrement à Marvel et Star Wars. Passionnée d'anglais depuis toujours, j'ai un goût prononcé pour les contenus dans cette langue ainsi que les pays où elle est parlée.
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