« Garo » : petite revue de manga, mais gros impact culturel

"Garo" : petite revue de manga, mais gros impact culturel

Lors du festival d’Angoulême, le public a pu redécouvrir l’histoire de Garo grâce à Claude Leblanc (La révolution Garo). Le temps d’une conférence, l’auteur est revenu sur la création de cette revue qui a marqué la culture japonaise et l’histoire du manga.

Garo, un vivier de mangakas

Une petite revue, tirée à 15 000 exemplaires à l’autre bout du monde. Voilà ce qu’est Garo. Et en même temps, comme on s’en doute en voyant des spectateurs se presser pour assister à une conférence à son sujet à Angoulême, c’est bien plus que ça. Pour comprendre ce qui suscite cet intérêt (qui ratisse large parmi les générations), il nous suffit d’égrener les noms.

  • Sampei Shirato (Kamui Den, Sasuke)
  • Shin’ichi Abe (Paradis, Les Amours de Taneko)
  • Goseki Kojima (Lone Wolf and Cub)
  • Shigeru Mizuki (Kitaro le repoussant, Hitler, Mon copain le kappa)

  • Tsuge Yoshiharu (La vis, Le Marais, L’Homme sans talent)
  • Suehiro Maruo (L’île Panorama, L’Enfer en bouteille, Tomino la maudite)
  • Kazuichi Hanawa (La demeure de la chair, Avant la prison, Contes du Japon d’autrefois)
  • Hiroshi Masumura (Atagoal, Train de nuit dans la Voie lactée)
  • Takashi Ishii (Gonin, Evil Dead Trap, Freeze Me)
  • Susumu Katsumata (Neige rouge, Poissons en eaux troubles)
  • Kiriko Nananan (Blue, Rouge Bonbon, Every Day)
  • Yoshihiro Tatsumi (Une vie dans les marges, Coups d’éclat, Good bye)

Tous ces mangakas aujourd’hui multi-récompensés ont d’abord débuté dans Garo, il y a bien longtemps. Car voilà ce qu’était la revue : un incroyable vivier de jeunes talents épris de liberté. Le but de son fondateur, Katsuichi Nagai, était de pouvoir éditer bénévolement, mais sans censure, toute proposition intéressante et percutante. Grâce à lui, c’est tout un pan de la culture japonaise actuelle qui a émergé dans les pages de la revue underground. Une « origin-story » commune à nos auteurs préférés et passionnante à redécouvrir.

L’histoire (résumée) de Garo

Si Garo est devenue une revue d’avant-garde, c’est bien malgré elle. En effet, lors de sa création en 1964, le manga est un art principalement dédié aux enfants. Garo vise donc un public jeune, mais cherche à éveiller chez les enfants une conscience sociale, un sens profond de la justice et un regard critique sur la société. Un dessein trop ambitieux qui manquera sa cible. Heureusement, la revue trouvera d’elle-même son public. En effet, lors de sa parution, ce sont les étudiants de gauche et les mouvements contestataires qui y trouvent un reflet de leurs angoisses et revendications sociales.

La revue, d’abord créée pour accompagner Kamui Den, grandit et devient un rassemblement d’artistes variés. Photographes, réalisateurs, mangakas, étudiants se croisent dans les locaux ouverts à tous. Grâce aux œuvres majeures publiées dans Garo, le manga transitionne vers un public plus adulte. La fin des années 60 voit de grandes révoltes agiter le monde et le Japon n’est pas en reste avec son armée rouge. Garo accompagne cette révolte et témoigne des mutations de la société japonaise. Les œuvres publiées dans la revue sont engagées et reflètent le désir de lutte commune, dans une veine marxiste assumée.

Les années 70 représentent ainsi l’âge d’or de Garo, qui devient fondateur de plusieurs mouvements artistiques majeurs (ero-guro, punk, surréalisme). Les années 90 voient hélas arriver le déclin de la revue qui aura toujours connu un tirage modeste, malgré son impact culturel. Garo est racheté par une entreprise spécialisée dans les jeux vidéo et les échecs commerciaux plombent la revue. Sans compter que la concurrence est désormais rude avec les nouveaux magazines manga des grandes maisons d’édition. Garo met la clé sous la porte progressivement autour des années 2000.

AX : l’héritage du manga underground

Lorsque Katsuichi Nagai décède en 1996, l’équipe de Garo se retrouve avec une revue qui part à la dérive. Pour préserver l’âme de Garo, Noriko Tetsuka décide de partir avec une grande partie des artistes. Ensemble, sous l’égide de la mangaka qui était là aux débuts de Garo, ils vont créer son enfant spirituel : AX.

Le magazine bimestriel a toujours pour but d’être à l’avant-garde du manga et d’offrir des œuvres underground percutantes. Son succès et sa filiation lui ont permis de séduire à la fois des auteurs à la recherche d’une liberté éditoriale rare, mais aussi un public de lecteurs curieux, téméraires, avertis. En France, on peut d’ailleurs retrouver une anthologie des numéros d’AX chez Le Lézard Noir, preuve de son succès.

Garo représente à la fois un pan de l’Histoire du Japon, de son évolution sociale, mais aussi des courants artistiques qui y ont émergé. Se replonger dans ses pages, c’est découvrir la naissance d’artistes célèbres à chaque histoire. La révolution Garo de Claude Leblanc, qui retrace toute cette fresque artistique et historique, est à retrouver chez IMHO. 

 

Sources :

  • IMHO – La révolution Garo de Claude Leblanc
  • Wikipédia – Garo

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