Droits civiques aux USA : les trois marches de Selma à Montgomery

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En mars 1965, 3 marches de protestation furent organisées en Alabama, aux États-Unis. Chacune d’entres elles faisait partie de la lutte pour les droits civiques des Afro-Américains et concernait surtout le mouvement pour le droit de vote de ces derniers. Chez Cultea, on vous propose aujourd’hui un tour d’horizon de ces marches de Selma, à Montgomery, qui ont marqué l’histoire. 

Contexte historique

En 1964, le Congrès des États-Unis vote le Civil Rights Act, une loi mettant fin à toutes formes de ségrégations et discriminations reposant sur la race, la couleur, la religion, le sexe, ou l’origine nationale. Malgré tout, il reste très compliqué pour les électeurs afro-américains de s’inscrire sur les listes électorales. Ceci est particulièrement difficile dans les états du sud, comme l’Alabama, où le racisme est très présent. Des associations suprémacistes telles que l’organisation terroriste du Ku Klux Klan sont en effet hautement partisanes de la ségrégation, au même titre que le gouverneur George Wallace, pourtant démocrate. Par conséquent, de nombreuses mesures arbitraires rendent l’application de la loi pratiquement impossible. Alors, uniquement 300 des noirs de la ville (sur 15 000) peuvent voter, ce qui représente seulement 2% de la population noire.

En février 1965, on organise une manifestation pacifique contre les obstacles mis à l’inscription sur les listes électorales à Marion, en Alabama. Durant celle-ci, un policier tue Jimmie Lee Jackson, un militant. Amelia Boynton Robinson et son mari décident alors de lancer une marche entre Selma et Montgomery, en réponse à la tragédie.

Première marche de Selma : 7 mars 1965

Hosea Williams et John Lewis mènent la première marche du 7 mars 1965. En l’absence de Martin Luther King, les 600 marcheurs se lancent à Selma dans le but de rejoindre Montgomery, la capitale de l’état. La police locale ne les laissera cependant pas passer le pont de Edmund Pettis. Celle-ci fonce en outre sur les manifestants à coups de matraques et de gaz lacrymogènes. Résultat : les marcheurs sont repoussés vers Selma, et il y aura 60 blessés. Arrivé un dimanche, l’événement sera plus tard surnommé « Bloody Sunday », le dimanche sanglant (à ne pas confondre avec le « Bloody Sunday » d’Irlande, du 30 janvier 1972, ayant inspiré les chansons de John Lennon et de U2).

On diffuse toutefois à la télévision les images d’une Amelia Boynton Robinson inanimée sur le sol ainsi que les violences de la police. Ces dernières feront le tour du monde et, bientôt, tout le pays est révolté.

La police avance vers les marcheurs - Cultea
La police avance vers les marcheurs. De gauche à droite : Hosea Williams, John Lewis, Albert Turner Sr. et Bob Mantz. Pont Edmund Pettus à Selma le 7 mars 1965.

Deuxième marche de Selma : 9 mars 1965

Martin Luther King lui-même appelle à une deuxième marche le 9 mars 1965. Cette fois, c’est lui qui mène la marche et 2 000 personnes y participent. Cependant, le cortège fait demi-tour en arrivant sur le pont Edmund-Pettus. La marche est ainsi qualifiée de « Turnaround Tuesday« , mardi demi-tour. Quelques heures plus tard, des membres du Ku Klux Klan attaquent 3 pasteurs solidaires des manifestants à Selma. Le pasteur James Reed succombe à ses blessures 2 jours plus tard, à l’hôpital de Birmingham. Des manifestations éclatent à la suite de l’évènement, et le président Johnson appelle au calme.

Troisième marche de Selma : 21 mars 1965

Le 21 mars 1965, plus de 3 000 manifestants partent de Selma en direction de Montgomery. La marche est encore une fois menée par Martin Luther King, et les manifestants sont sous la protection de la police fédérale. Au moment de partir, King lance :

« Vous serez ceux qui feront briller un nouveau chapitre dans les livres d’histoire de notre nation. […] Nous connaissons la nuit de la pauvreté, nous manquons parfois d’éducation, […] mais nous avons nos corps, nos pieds et nos âmes. »

Selma le 21 mars 1965 - Cultea
Martin Luther King Jr. mène les marcheurs vers le pont Edmund Pettus à Selma le 21 mars 1965.

Pendant près de 4 jours, ils parcourront les 90 km qui les séparent de la capitale de l’état, sous les injures et provocations racistes des centaines de personnes croisant leur chemin. Ils dormiront dans des champs et marcheront environ 20 km à pied par jour. Finalement, ils arrivent à Montgomery le jeudi 25 mars, or beaucoup plus nombreux : 25 000 personnes atteignent le Capitole. Cependant, le gouverneur George Wallace refuse de les recevoir. Martin Luther King monte alors sur une remorque et prononce le discours How Long, Not Long (Combien de Temps, Peu de Temps).

Conclusion des marches de Selma à Montgomery

Les victimes des manifestations et la difficulté des marches n’ont pas été vaines. En effet, le président Lyndon B. Johnson signe le Voting Rights Act de 1965 le 6 août 1965. La loi interdit enfin les discriminations raciales entravant l’inscription sur les listes électorales et l’exercice du droit de vote.

L’itinéraire emprunté par les marcheurs le long de la U.S Route 80 est désormais une route historique. 50 ans plus tard, le président Barack Obama ainsi que 15 000 manifestants ont célébré l’anniversaire de la première marche de Selma. Ils ont en outre traversé le pont Edmund Pettus le 7 mars 2015. Ava DuVernay a également réalisé un film en 2014, Selma, portant sur les marches de Selma à Montgomery. 

U.S. Route 80 - Cultea
Panneau signalant la route historique sur la U.S. Route 80.

Sources :

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Lauren Puma

Etudiante en Master Culture, patrimoine et médiation, je m'intéresse de très près à l'histoire ainsi qu'à culture pop, particulièrement à Marvel et Star Wars. Passionnée d'anglais depuis toujours, j'ai un goût prononcé pour les contenus dans cette langue ainsi que les pays où elle est parlée.
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