D’où vient l’expression française « c’est la zone » et qui étaient les zoniers ?

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« C’est la zone » est une expression régulièrement utilisée dans la langue française pour désigner un lieu en désordre, insalubre, voire sinistre, qui donne envie de fuir. Mais alors que désigne ce terme ? D’où vient cette expression ? Chez Cultea, on répond aujourd’hui à ces questions.

Une expression liée à une construction militaire

Aujourd’hui le terme employé dans cette expression a une connotation négative mais en réalité, il vient du terme « zone non constructible » ou « non aedificandi » pour des raisons militaires.

En effet, on construisit à Paris une fortification tout autour de la ville appelée « l’enceinte de Thiers ». Il s’agissait d’un rempart créé autour de Paris dont l’objectif était d’empêcher à ce que la ville tombe face à des forces ennemies comme ce fut le cas en 1814 avec la Bataille de Paris qui mit fin au règne de Napoléon Ier. Le projet de telles fortifications fut présenté au gouvernement en 1833 mais ne fut accepté qu’en 1840 grâce à Adolphe Thiers, alors président du Conseil et ministre des affaires étrangères. La construction dura de 1841 à 1844.

Adolphe Thiers

Sur le terrain devant les remparts on rasa les arbres et on déclara que les 250 mètres devant l’enceinte était une zone non constructible. En effet, on voulait maintenir une bonne vision devant cette enceinte. Ainsi, aucun ennemi ne pouvait approcher sans se faire voir, ils étaient à découvert. C’est ainsi que naquit la Zone.

Lieu de vie pour la classe populaire, les zoniers

Toutefois, ces terrains vagues entre l’enceinte Thiers et la banlieue se peuplèrent rapidement d’une population pauvre qu’on appelait « les zoniers » ou plus péjorativement « zonards ». Ces derniers installèrent des bicoques, des roulottes et maisons de fortune, de véritables bidonvilles. Les zoniers étaient les prolétaires très pauvres de la capitale. Pendant la deuxième moitié du XIXème siècle, ils furent obligés de quitter le centre ville à cause des transformations démographiques et économiques, notamment apportés par les travaux d’Haussmann.

La Zone

En effet, la vie à Paris était devenue très chère et ceux qui ne pouvaient plus se permettre d’y vivre comme les ferrailleurs ou les chiffoniers s’installèrent à l’extérieur de la ville, dans la Zone. Ils vivaient sans eau et sans toilettes et bien souvent au milieu de déchets, ils y récupéraient ce qu’ils pouvaient. Cette zone effrayait et intéresse la population bourgeoise car elle l’imagine comme étant un lieu de vols et de crimes.

La fin de la Zone

Les dirigeants les laissèrent faire pendant un certain temps car il s’agissait d’installations qui pouvaient être facilement détruites. Cependant, dans les années 1890, la ville entreprit d’expulser tous les résidents de la Zone. Les journaux de l’époque dénoncèrent ces expulsions. Les zoniers résistèrent et ne levèrent pas le camp. L’interdiction de construire resta en vigueur jusqu’en 1919. Après cette date, la municipalité de Paris détruisit la Zone et la remplaça par des immeubles d’habitations. Aujourd’hui ce sont les boulevards que nous connaissons à Porte d’Italie ou Ivry par exemple.

La Zone

Pendant longtemps, le terme « la zone » a donc désigné ce lieu et cette population. Guillaume Apollinaire dans son recueil Alcools de 1912 y a inclus un poème dont le titre est Zone. Edith Piaf, de son côté, a également employé le terme « la zone » pour symboliser la périphérie de Paris. Malgré la disparition de ce lieu, on utilise depuis l’expression « c’est la zone » dans le langage courant de manière négative. Connaissez-vous les origines d’autres expressions françaises ?

 

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