Anna Anderson était-elle vraiment la princesse Anastasia Romanov ?

Anna Anderson était-elle vraiment la princesse Anastasia Romanov ? - Cultea

À partir de début 1922, une rumeur court sur une patiente d’un hôpital psychiatrique berlinois qui serait la princesse russe disparue, Anastasia Romanov. On connaît aujourd’hui cette femme sous le nom d’Anna Anderson, et elle a affirmé jusqu’à sa mort être la princesse. Chez Cultea, on vous propose aujourd’hui de revenir sur cette étrange histoire… 

Fraülein Unbekannt

Le 27 février 1920, une jeune femme se jette du pont du Bendlerblock, dans le Landwehrkanal à Berlin. Un policier l’amène alors à l’hôpital Elizabeth, où elle sera internée pendant 2 ans. Puisqu’elle n’a pas de papiers d’identité et qu’elle refuse de parler, on l’admet en tant que Fraülein Unbekannt (« Mademoiselle Inconnue » en allemand).

La patiente présente de nombreuses cicatrices, sur la poitrine, le ventre, et sur la tête, derrière l’oreille droite. Sur son pied, les médecins découvrent également une cicatrice en forme de triangle, qui pourrait correspondre à un coup de baïonnette. Rappelons que les Bolcheviks avaient utilisé des armes semblables pour exécuter la famille impériale… De plus, la femme parle allemand avec un accent que certains estiment russe. Elle ne révèle pas la cause de sa tentative de suicide, craignant pour sa vie. Les médecins écriront :

« Laisse entendre qu’elle ne veut pas révéler son identité car elle craint des persécutions. Donne une impression de retenue engendrée par la peur. Plus de peur que de retenue. »

Début 1922, Clara Peuthert, sa voisine de chambre, voit une photo des filles de Nicolas II dans le Berliner Illustrirte Zeitung. Elle remarque tout de suite la ressemblance entre la Fraülein Unbekannt et la princesse Anastasia. Mais dès que Peuthert la questionne, la jeune femme place un doigt sur les lèvres en disant « Tais-toi ! ».

La même année, la mystérieuse jeune femme sort de l’hôpital et une rumeur commence alors à courir. Elle serait en fait la princesse russe disparue, Anastasia Romanov. En plus de Peuthert, Schwabe et Tolstoï, des Russes blancs, estiment que l’inconnue est bien Anastasia.

Anna Anderson - Cultea
Anna Anderson.

L’inconnue serait-elle Anastasia Romanov ?

À sa sortie de l’hôpital, « Anastasia » s’installe dans la maison de la baronne Maria von Kleist. Celle-ci lui avait rendu visite à la clinique plusieurs fois. À ce moment-là, l’inconnue confirme les rumeurs sur son identité. Elle commence aussi à se faire appeler Anna Tchaïkovski.

Des membres de la famille royale viennent alors lui rendre visite, afin de découvrir si elle est bien la princesse disparue. D’un côté, certains estiment qu’elle est bien qui elle prétend être. Anna se souvient en effet de surnoms intimes de beaucoup de membres de la famille royale. Néanmoins, d’autres ne la croient pas. C’est le cas du grand prince Andreï et de Ksenia, arrière-petite-fille de Nicolas II. En outre, Anna ne sait par exemple pas parler russe, la langue maternelle de la princesse. Ils considèrent aussi qu’elle a un caractère trop violent, s’opposant à la gentillesse et à la douceur d’Anastasia. Anna saisit alors la justice dans le but de faire confirmer son droit d’hériter des biens de la cour impériale. Le procès démarre en 1938 et durera presque 30 ans.

De nombreux éléments portent à croire qu’Anna est bien la princesse russe. Par exemple, elle souffre d’une maladie congénitale des pieds très rare, tout comme Anastasia. De plus, ses cicatrices observées à l’hôpital berlinois correspondent aux blessures subies par Anastasia pendant l’exécution dans le sous-sol de la maison Ipatiev. Enfin, le docteur Lucy Weizsäcker de l’Institut de graphologie conclut également qu’elle est Anastasia. Il avait en effet comparé les écritures des deux femmes, et elles étaient si similaires qu’il était impossible que les textes n’aient pas été écrits par la même personne.

Anna Anderson, une malade psychique

Malgré toutes ses similarités, l’enquête d’Ernest-Louis de Hesse effectuée en 1927 conclut complètement autre chose. Anna s’appellerait en fait Franziska Schanzkowska. Elle serait une ouvrière polonaise qui possède un historique de maladie psychologique. En plus, Anna voyage régulièrement aux États-Unis où elle visite plusieurs sanatoriums et au moins un hôpital psychiatrique…

Le procès se poursuit. Malheureusement pour Anna, les experts considèrent que son oreille droite ne correspond pas à celle de la princesse russe. Alors, en 1961, le tribunal de Hambourg déclare qu’Anna Anderson n’est pas Anastasia Romanov. On découvrira pourtant en 1976 que son oreille était en fait quasiment identique à celle de la princesse. Les experts avaient en effet utilisé une photo d’Anastasia établie à partir d’un négatif inversé. Ils avaient donc comparé l’oreille droite d’Anastasia Romanov à l’oreille gauche de Fräulein Unbekannt…

Malgré le jugement, on continue à croire la rumeur… Anna part alors définitivement aux États-Unis, dans l’état de Virginie, et épouse le professeur John Manahan en 1968, avec qui elle finira sa vie.

À gauche, Anna Anderson, à droite la princesse Anastasia Romanov - Cultea
À gauche, Anna Anderson, à droite la princesse Anastasia Romanov.

Les analyses ADN

Après sa mort en 1984, on compare l’ADN mitochondrial d’Anna avec celui de plusieurs personnes ayant un lien du sang avec les Romanov. La comparaison de son ADN avec celui du prince Philip, duc d’Édimbourg (sa grand-mère, Olga Constantinovna de Russie, est la fille de la grande-duchesse Alexandra) montre qu’Anna n’est pas une Romanov. Par contre, son ADN correspond bien à celui de Karl Maucher, petit-fils de Gertrude Schanzkowska, la sœur de Franziska Schanzkowska. La théorie d’Ernest-Louis de Hesse est donc confirmée : Anna Anderson est la fameuse ouvrière polonaise !

Malgré ces preuves, beaucoup continuent à soutenir qu’Anna est bien Anastasia Romanov. La femme connaissait en effet une quantité d’informations sur la famille royale bien trop importante pour ne pas y appartenir…

 

Sources :

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