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Sur les pas de Marco Polo dans son « Livre des merveilles »

Sur les pas de Marco Polo dans son "Livre des merveilles" - Cultea

La jolie collection Métamorphose des Éditions Soleil sort encore un ouvrage prometteur : une adaptation dessinée du Livre des Merveilles de Marco Polo !

Mosaïque de Marco Polo par Salviati (1867)

La bande dessinée

Scénarisé par Étienne Le Roux et dessiné par Vincent Froissard, Le Livre des merveilles raconte la rencontre fortuite entre un jeune vagabond et un vieil homme, qui se révèle être Marco Polo. La collection Métamorphose nous habitue à de magnifiques adaptations dessinées de classiques, à l’image dAlice au pays des merveilles de Carroll ou encore Les Histoires extraordinaires de Poe, dessinés par Benjamin Lacombe.

Ce Livre des merveilles librement inspiré des récits de Marco Polo promet d’être encore époustouflant ! En attendant sa parution le 24 mars prochain, attardons-nous sur la véritable histoire du voyage de Marco Polo…

Naissance d’un voyageur

Le nom de Marco Polo (1254-1324) résonne en nous avec ses promesses de voyages extraordinaires et d’explorations au cœur de la Chine.

Le lien étroit qui unit l’homme aux voyages débute dès son plus jeune âge. À peine assez âgé pour marcher, son père Niccolò et son oncle Matteo, marchands de pierres précieuses, partent de Venise pour un voyage commercial de dix ans. Ils y font de nombreuses affaires et parviennent à la cour de l’empereur de Chine, le mongol Kubilai Khan. À l’époque, trente ans de guerre entre la Chine et la Mongolie se soldent par la victoire des premiers. La pax mongolica permet alors aux voyageurs européens d’atteindre la Chine avec moins de difficultés.

Portrait post-mortem de Kubilai Khan

Les hommes rentrent donc de Chine, distillant leurs récits et montrant la richesse des biens ramenés d’Orient. Ils reviennent cependant chargés par Kubilai d’une mission : ramener des savants européens en Mongolie.

Marco Polo rencontre son père et son oncle à ce moment précis de sa vie. Il découvre le voyage à travers les yeux de ses proches et embarque finalement avec eux, à tout juste 17 ans…

Marco Polo, en route pour la Chine

Sans vraiment savoir dans quoi il s’embarque, le jeune Marco démarre son voyage par le Proche-Orient auprès des croisés qui longent la côte. Il passe ainsi en Arménie, en Géorgie (où il découvre le pétrole), en Perse… et suit en fait la célèbre route de la soie. Ils vont mettre quatre ans avant d’atteindre la Chine.

1271 : Marco Polo, son père et son oncle sur la route de la soie entre Venise et l’Empire mongol, qui deviendra plus tard la Chine impériale. (The Art Archive/Bibliothèque Nationale Paris/The Picture Desk/AFP)

Les conditions de voyage sont rudes. À l’époque, pour se protéger des mauvaises rencontres ou des bêtes sauvages, les voyageurs circulent en groupements : ce sont les caravanes. À l’avant et à l’arrière, des cavaliers distancent la cohorte de quelques mètres afin de l’assurer du danger. Marco Polo, son père et son oncle sont cependant un peu plus protégés que la moyenne. Ils ont un rôle d’ambassadeurs auprès de l’empereur de Chine et sont par conséquent un peu plus veillés.

Le voyage se fait majoritairement à cheval et, dans les contrées plus ardues, en chariot. Il arrive aux voyageurs de traverser de longs déserts et ainsi de rester quinze jours sans voir une oasis. Ces conditions favorisent les maladies. Marco tombe d’ailleurs malade et l’expédition doit s’arrêter quelques mois au pied du col de Pamir…

La rencontre avec Kubilai Khan, empereur de Chine

Quatre ans donc après leur départ, nos trois explorateurs arrivent en Chine. Contrairement aux autres ambassadeurs qui doivent attendre dans l’incertitude d’une audience à la cour de l’empereur, Niccolò et Matteo ont déjà rencontré Kubilai Khan. Ils ont en leur possession une tablette d’or, faisant office de laissez-passer dans le territoire.

Les frères Polo à la cour de Kubilai Khan. Khan donnant une tablette (paiza) aux Polo.

L’échange entre les trois hommes et l’empereur se passe extrêmement bien. Le Mongol ne peut pas se fier aux Chinois, ni à tous les Mongols d’ailleurs. Il voit donc en ces Européens lettrés et aventureux des fonctionnaires fidèles sur lesquels il pourrait s’appuyer.

Marco apprend durant son voyage à parler ouïghour. Il est ainsi très à l’aise à la cour de l’empereur. Il devient alors conseiller privé et messager de Kubilai, chargé de surveiller la collecte des impôts et la monnaie des généraux mongols qui ne se comportent pas bien avec les populations. Pendant vingt ans, il observe la culture de la Chine, se surprend de la taille des villes, comme l’actuelle Hangzhou (la plus grande du monde à l’époque). Les nouvelles inventions l’impressionnent, comme la monnaie-papier ou encore le système de relais cavalier d’informations, mis en place à la manière du Pony Express.

Il est temps de rentrer…

Il est difficile aux Européens de convaincre l’empereur de les laisser rentrer chez eux à Venise. Mais au bout de vingt ans, ils embarquent pour le retour, cette fois par la mer. Ils doivent conduire sur leur chemin une princesse mongole en Iran, afin qu’elle épouse un prince mongol. Le bateau descend la mer de Chine, fait une escale assez longue. Puis, ils franchissent le détroit de Malacca.

Malgré les problèmes de maladies et les rencontres avec les tribus sauvages, ils finissent par remplir leur mission. Mais au moment de partir pour Venise, ils comprennent que la Terre Sainte par laquelle ils souhaitent passer est aux mains des Sarrasins. Ils font donc route jusqu’à Trabzon en caravane sans savoir que la ville est en proie aux Génois. Ces derniers leur confisquent tout ce qu’ils ont gagné en vingt ans.

Ils arrivent finalement à Venise et organisent un banquet. Alors vêtus de leurs grands manteaux de voyage, ils saisissent un couteau et percent les tissus remplis de pierres précieuses. Grâce à ces trésors cachés, ils affrètent une galère pour affronter Gênes, mais Marco Polo est fait prisonnier…

Le temps d’un récit

En prison en 1296, Marco Polo rencontre l’écrivain Rustichello de Pise. Il lui narre ses récits de voyage et lui donne ses notes. Loin de la forme actuelle que peut prendre un carnet de voyage, on y trouve des informations précises sur ce qu’on vend et achète dans les pays. Des descriptions de la population, des habitudes de cultures sont présentées dans le livre plus encyclopédique que les récits d’aujourd’hui. Rustichello de Pise va donc écrire le récit de Marco Polo, d’abord sous le nom du Devisement du Monde, avant qu’il ne soit intitulé Le Livre des merveilles.

Si les deux tiers du livre contiennent de véritables informations ethnologiques et économiques, le merveilleux s’y mélange. À l’époque, on se base beaucoup sur les livres saints pour situer géographiquement des lieux. On retrouve donc dans le récit Marco Polo sur les tombes des Rois mages par exemple ou sur celle de saint Thomas. Les mentions de fantastique apparaissent aussi, comme les licornes. Cela est sans doute dû à la déformation de Rustichello de Pise, habitué à écrire des récits avec du merveilleux. Ainsi, les simples légendes contées par Marco Polo deviennent de véritables faits sous sa plume…

Animaux de Malabar Marco Polo, Devisement du monde ou Livre des Merveilles, Paris, vers 1410-1412. Illustré par le Maître de la Mazarine et collab. Paris, BNF, département des Manuscrits, Français 2810, fol. 85

Lorsque le livre sort, son support est encore celui des manuscrits. Il faut du temps pour les copier, mais on en trouve tout de même 150 à l’époque ! C’est un véritable succès auprès des Francs notamment. Après la mort de Marco Polo, le livre devient emblématique pour les voyageurs. Lorsque Christophe Colomb entame son voyage, il embarque avec lui ce livre, annoté, et s’en sert pour trouver la Chine…

N’hésitez pas à découvrir ce voyage en mars prochain, avec son adaptation illustrée des Editions Soleil !

 

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