Comment certains pays enclavés ont-ils réussi à contourner leur « handicap » ?

L’absence de mers ou d’océans ouverts pourrait être vue comme un désavantage. Mais certains pays enclavés ont contourné cette contrainte et en ont fait leur force. Voyons comment ces pays ont réussi à surmonter l’obstacle de l’enclavement. 

Des définitions

Un pays sans littoral ou pays enclavé (au sens lato sensu), est un territoire national qui n’est pas directement lié à un océan ou une mer ouverte. Il peut être composé de lacs et de mers qui ne sont pas reliés à des océans extérieurs, comme c’est le cas au Kazakhstan ou en Azerbaïdjan. Ces pays sont exclusivement (ou presque) délimités par des frontières terrestres. C’est le cas de 49 pays dans le monde, qui représentent 11,4% du territoire mondial et 7% de la population mondiale. Pourtant, cinq de ces pays sont partiellement reconnus.

Certains de ces territoires sont par ailleurs considérés comme des exclaves, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas connectés au pays auquel ils sont rattachés. C’est notamment le cas de la Guyane, département rattaché à la France et exclavé entre le Brésil et le Suriname.

Carte des pays enclavés

Les impacts négatifs de l’enclavement

Si l’accès à une mer ouverte a été la raison de nombreux conflits, c’est pour divers enjeux.

Un impact économique douloureux

L’accès à un océan permet à un pays d’y construire un port favorisant de meilleures échanges de biens avec les autres pays. Cela booste ses exportations et ses richesses. Ainsi, les pays qui n’ont pas accès à ce type de réseaux de transport sont impactés par des frais de douane et de transport particulièrement élevés. Les territoires enclavés doivent alors développer d’autres formes de logistiques beaucoup plus performantes, comme le train ou l’avion.

En outre, ne pas avoir un accès direct à la mer peut mener un pays à manquer de ressources alimentaires et d’énergie à exploiter. C’est ainsi que récemment, la Turquie et la Grèce se disputent une partie de la mer Méditerranée après y avoir découvert des gisements d’hydrocarbures.

Il est donc clair qu’un pays enclavé peut se voir être isolé des autres marchés internationaux et ne pas pouvoir profiter d’avantages dont bénéficient les pays ayant accès à une zone littorale.

Les influences politiques causés par l’enclavement

Politiquement, les choix du pays peuvent être impactés par la situation enclavée. Ainsi, si un pays est encerclé par plusieurs autres, il doit être sûr de maintenir de bonne relation avec ses voisins afin de pouvoir profiter de coûts de transport avantageux et de limiter tout blocage de transport. Le pays enclavé dépend beaucoup des autres, particulièrement lorsque ces territoires frontaliers ont accès à des points stratégiques littoraux.

Certains pays enclavés sont encore en guerre, comme c’est le cas en Bolivie qui perdit sa seul frontière avec l’océan (Pacifique) en 1883 lors de la guerre du Pacifique en 1879. Ce conflit est toujours d’actualité, la Bolivie ayant récemment demandé un recours auprès de la Cours Internationale de Justice, sans succès.

Les avantages dont bénéficient les enclaves

Contrairement à ce qui peut être affirmé dans les cours de géographie à l’école, être enclavé n’est pas une situation exclusivement négative pour un territoire. Certains ont même su tirer profit de cette position géographique.

Des avantages géopolitiques

Certains pays, notamment d’Asie du Sud-Est, n’hésitent pas trouver des bons côtés face à l’absence de littoral. C’est notamment le cas du Ouzbékistan. Cette contrée revendique depuis 1992 le fait d’être l’une des seules à disposer de frontières communes avec tous les pays de la région. Le gouvernement du pays considère cette situation comme un élément clef car ses voisins sont obligés de le traverser pour rejoindre l’Europe. En outre, l’Ouzbékistan est traversé par des gazoducs. Le pays a le droit d’en augmenter les tarifs de transit comme il le souhaite. Le contrôle aux frontières est ainsi rendu efficace par l’Ouzbékistan qui dispose de moyens pour le renforcer.

Le trajet du gazoduc d’Asie-Centrale

Des avantages économiques

Un autre exemple serait celui de la Suisse qui, de par sa position géographique, détiendrait le pouvoir de briser ou de croiser des axes économiques importants entre les pays de l’Union Européenne. En 1941, le pays ne pouvait pas envoyer des biens aux pays Alliés sans passer par les pays occupés. Or pour rappel, la Suisse se positionnait comme neutre durant la Seconde Guerre Mondiale. Mais elle trouva un moyen naturel pour accéder aux eaux. En effet, en passant par le Rhin elle put atteindre le port de Rotterdam, ce qui lui donna accès à un grand réseau de communication au Nord de l’Europe. C’est toujours le cas aujourd’hui, et cela a permis de stimuler ses exportations et importations.

La mise en place d’une Marine

Contrairement à ce que l’on pense, 35% des pays sans littoral disposent d’une Marine. Cela semble absurde, mais c’est bien la réalité. La Mongolie notamment, détient pour Marine un bateau de 7 personnes, dont un membre qui ne saurait pas nager (sur le lac Khövsgöl). La Bolivie détient elle aussi aussi une Marine, qui revêt un aspect plus symbolique. La Suisse quant à elle compte sa Marine sur les lacs frontaliers de Léman, Lugano, Majeur et Constance.

 

En somme, malgré les idées reçues sur les pays enclavés, certains pays ont réussi à voir plus loin que leurs contraintes maritimes. Cependant, à l’ère de la mondialisation où 90% des trajets se font par voie maritime, la présence de mers ou d’océans ouverts reste un avantage important dans notre économie actuelle. 

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