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Pauline Kael : critique oubliée du cinéma américain

Pauline Kael : critique oubliée du cinéma américain

Avez-vous déjà entendu parler de l’expression « Kiss Kiss Bang Bang » pour désigner un cinéma viril et plein de vigueur ? Dans ce contexte, Pauline Kael a marqué les esprits du milieu du cinéma américain. Cette grande critique cinématographique aura réussi à se faire une place de choix dans ce cercle presque exclusivement constitué d’hommes. Revenons sur son parcours à l’occasion de la sortie du documentaire Qui à peur de Pauline Kael ?

À l’instar de Lotte Eisner, son nom est presque tombé dans l’oubli. Pourtant, Pauline Kael semblait faire trembler le cinéma américain de son cœur et de son âme à travers chacun de ses écrits. Chaque publication était source de fierté pour tout cinéaste qui avait pu obtenir une critique positive de la part de L’écrivaine. En effet, cette dernière était connue pour aller à contre-courant des autres noms de la presse. Par exemple, si le film Mélodie du Bonheur fut unanimement reconnu, Kael le décrivit comme un « mensonge enrobé de sucre que le public semble disposé à avaler ». Elle possédait aussi un dégoût incommensurable à l’égard de Stanley Kubrick ou de Clint Eastwood, et détestait chacun de leurs films.

Lolita est si maladroitement structuré que vous commencez à vous demander ce qui a été tourné puis découpé, pourquoi d’autres morceaux ont été laissés dedans et si le début était censé être la fin ; et il est monté d’une manière si lente qu’après la première heure, presque chaque scène semble durer trop longtemps. C’est comme si Kubrick avait perdu son sang-froid.

L’extrait de la critique de Lolita peut se trouver dans le tout premier livre de Pauline Kael : I Lost It at the Movies, publié en 1965. L’ouvrage se vend étonnamment bien. Toutefois, sa carrière de critique américaine ne commence réellement qu’en 1967, même si ses éditeurs n’arrêtent pas de modifier ses écrits et son style.

Une critique influente :

Une de ses critiques les plus célèbres restera celle du long-métrage Bonnie & Clyde réalisé par Arthur Penn (1967). Considérant le film comme étant le plus excitant depuis longtemps, elle permettra au film de devenir culte. Cependant, cette critique sera refusée par la revue dans laquelle Pauline Kael collaborait. Ce sera alors The New-Yorker qui la publiera et permettra à l’écrivaine de devenir une critique influente et puissante dans le milieu.

Comment faire un bon film dans ce pays sans se faire sauter dessus ? « Bonnie and Clyde » est le film américain le plus passionnant depuis « The Manchurian Candidate ». Le public en est conscient. Notre expérience lorsque nous le regardons a un lien avec la façon dont nous avons réagi aux films dans l’enfance : avec la façon dont nous en sommes venus à les aimer et à sentir qu’ils étaient les nôtres – pas un art que nous avons appris à apprécier au fil des ans, mais simplement et immédiatement le nôtre.

Pauline Kael deviendra jusqu’à sa retraite, en 1991, une incontournable de la critique américaine ; au même rang que Roger Ebert pour ne citer que lui. Elle se retirera à cause de la maladie de Parkinson et décède en 2001. Son style littéraire et intellectuel devenait presque lui-même artistique, prônant le cinéma au titre d’un art populaire et méprisant le journalisme bourgeois vecteur du bon goût.

Qui à peur de Pauline Kael ? Le film documentaire :

Le fait d’être payée pour réfléchir et savoir qu’on fait quelque chose qui peut avoir une certaine valeur et qui peut être appréciée par d’autres qui la partageront avec vous, c’est une façon de vivre merveilleuse. (Pauline Kael)

Synopsis : Pauline Kael, longtemps critique de films au New Yorker, s’est battue toute sa carrière pour imposer son empreinte. Une personnalité toute en éclat(s), riche d’une confiance en soi inébranlable, d’un passé complexe, mais surtout d’un amour profond pour l’Art et le cinéma.

Bien que très peu diffusé, ce documentaire à la gloire de la critique américaine et de son amour pour le cinéma parvient à remettre en lumière cette personnalité oubliée dans un monde d’hommes. Aux États-Unis, 70% des critiques sont masculins. 

Des témoignages de réalisateurs de renom

Le documentaire recoupe les témoignages de grands cinéastes comme David O. Russel ou encore Quentin Tarantino, qui considère Kael comme une enseignante. Le film se révèle passionnant pour quiconque voudrait en savoir plus sur l’admiratrice de Bonnie & Clyde. Toutefois, ne nous leurrons pas, ceci ressemble beaucoup à une simple hagiographie, comme pour une vaste majorité de documentaires réalisés à l’égard d’artistes.

Difficile alors d’écrire une critique sur la thématique d’une critique de cinéma. Si l’hommage est parfaitement rendu, Qui à peur de Pauline Kael ? n’aurait probablement pas plu à Kael elle-même, qui l’aurait sûrement trouvé trop classique, sans aucune prise de risque et ressemblant finalement à n’importe quel documentaire hommage. Disons que le film rappelle la diversité d’opinions et rappelle bien fortement la démarche de la critique. Malheureusement, le tout manque de sensibilité, de questionnements et semble n’avoir pas été réalisé avec passion. Pourtant, le tout est passionnant. Étrange paradoxe.

Pauline Kael allait à contre-courant de ce qui se faisait. Elle écrivait avec ses émotions et interprétait les œuvres de sorte que nous puissions les revoir sous un autre angle. Elle aura incontestablement marqué le milieu de la critique, au point que son oubli résonne aujourd’hui comme une terrible injustice. Pour faire simple, elle assumait écrire ce qu’elle pensait. On en viendrait presque à se demander ce qu’elle pourrait écrire devant tout le mercantile du cinéma hollywoodien actuel.

Source :

Bande-annonce de Qui à peur de Pauline Kael :

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