Réalisateur révélé par Le Chant du loup en 2019, Antonin Baudry revient avec un projet ambitieux : un diptyque axé autour du général de Gaulle durant la Seconde Guerre mondiale. La Bataille de Gaulle : L’âge de fer arrive-t-il à lancer convenablement cette duologie ?
De Gaulle et sa résistance
La bataille de Gaulle : L’âge de fer débute avec un postulat plein de potentiel mais risqué, en souhaitant raconter la mise en place de la France Libre sous l’égide du général de Gaulle au lendemain de la reddition du pays face à l’armée allemande. Pour que cela fonctionne, il faut une interprétation assumée du général. L’annonce de Simon Abkarian dans le rôle pouvait questionner et même faire grincer des dents. Mais quand on voit le résultat à l’écran, on ne peut que saluer cette proposition.
Il endosse à merveille la posture singulière de cette grande figure du paysage français et le travail autour du ton de sa voix finit par nous faire croire à la crédibilité de son interprétation. Rien que sa manière de se comporter et sa gestuelle durant ses différentes grandes déclarations fait ressurgir les images d’archives de sa carrière politique et prouvent le travail méticuleux de l’acteur autour de son personnage.

Ce qui étonne, ce sont tous les moments un peu gauches du général transposés habilement par l’acteur. Il ne cherche pas à forcer le trait, ce qui amène une justesse nécessaire dans l’intention du réalisateur. Cette rencontre entre l’acteur et le général est finalement une des plus grandes réussites du film. Au vu de son évolution dans cette première partie, il nous tarde de voir comment cela se conclura dans le prochain film.
Concernant le reste du casting, le résultat est plus variable. Les différents alliés français du général sont plus portés par la popularité des acteurs qu’autre chose. Preuve en est avec Benoît Magimel et Niels Schneider qui en ressortent plus que le rôle qu’ils incarnent. On peut avoir le bénéfice du doute pour ce dernier qui jouera certainement un rôle plus conséquent dans le deuxième volet J’écris ton nom.

La présence même de Karim Leklou étonne au vu de la consistance de son personnage, simple comic relief sans réelle profondeur jouant sur la bonhomie de ses expressions. Le personnage de Churchill, incarné par Simon Russell Beale, reste convaincant mais ses différentes interactions avec le général manquent de souffle et de tact, ce qui donne l’impression que se jouent deux scènes complètement différentes au sein du même dialogue.
Du côté de la résistance, les premières apparitions de Florian Lesieur dans le rôle de Fernand détonnent avec le reste et la qualité de son jeu questionne, mais finalement, ces impressions s’estompent au fur et à mesure du visionnage. Les personnages qui l’accompagnent, avec Anamaria Vartolomei en tête, servent le propos avec le temps de présence qu’il leur est réservé, ce qui ne leur permet pas d’approfondir la psyché des rôles qu’ils jouent.
Finalement, c’est clairement l’interprétation de Simon Abkarian qui se démarque du reste. Avec ce rôle à la stature imposante, l’acteur en sort grandi et écrase involontairement ses partenaires dont leur jeu semble être coincé dans le classicisme piégeux que peut provoquer un film historique.

Un film qui veut tout (et trop ?) raconter
La bataille de Gaulle : L’âge de fer veut en montrer beaucoup, peut-être même trop. En voulant retracer les prémices de la France Libre et de la résistance française jusqu’à la Libération, le film finit par s’emmêler les pinceaux et à nous perdre par moment. En même temps, avec un rythme aussi soutenu, le film joue avec la montre. Cependant, le premier acte possède une structure assez solide pour maintenir notre attention durant son entièreté, qui frôle tout de même les 2h40.
Avec un enjeu aussi conséquent, il faut faire des concessions et jouer avec les vrais évènements. L’introduction en est la preuve principale. Se plaçant durant la contre-attaque près de Montcornet, le réalisateur nous définit ce qu’est la personnalité du général de Gaulle. Quand tout semble perdu, lui ne baisse pas les bras et préfère maintenir le cap. Il préserve ainsi cette étincelle d’espoir tandis que d’autres préfèrent l’éteindre et s’avouer vaincu.

Cette désinvolture teintée d’audace le caractérisera à son arrivée en Angleterre. Le film prend ainsi le temps de s’intéresser à cette arrivée qui débouche sur ses propres questionnements et son introspection face à un monde qu’il ne connaît pas.
Malheureusement, le long-métrage finit par se perdre dans sa propre narration avec notamment l’arc tournant autour de Fernand, citoyen de Paris pris en étau dans une ville occupée par la force étrangère allemande. Même si l’on comprend tout l’intérêt de cette sous-intrigue durant le dernier acte, elle ternit malgré tout le rythme général du film qui semblait déjà avoir assez d’éléments à raconter avec les premières heures de la France Libre et sa mission de reconquête en Afrique centrale.

Surtout que le film avoue malgré lui sa propre faiblesse narrative avec une ellipse sous forme d’enchaînement soutenu de plans qui nous sort du film à ce moment-là. L’ambition de tout raconter finit par dévorer son fil scénaristique jusqu’à son dernier acte à Bir Hakeim.
Premier fait d’armes majeur de cette armée française exilée, la transposition de cette bataille n’arrive pas à nous faire ressentir ce que ces soldats ont réellement vécu durant ces jours fatidiques. Est-ce dû à un manque de temps d’écran ou à une réalisation qui n’arrive pas à être à la hauteur de ce qu’elle raconte ?
En tout cas, l’usure de cette défense improvisée avec un manque flagrant de matériel ne se fait pas assez ressentir et aucun sentiment d’urgence et d’oppression n’en ressort. C’est d’autant plus dommage que les moyens sont là, mais son exécution pêche quelque peu, à l’image d’un colosse aux pieds d’argile.
La bataille de Gaulle : L’âge de fer cherche à frapper fort. Le film y arrive parfois, porté par un Simon Abkarian qui s’empare intégralement du rôle de cette figure incontournable de la France du XXème siècle. Néanmoins, le réalisateur Antonin Baudry se fait rattraper par ses propres ambitions et accouche d’un premier volet au rythme inégal mais faisant transparaître un attachement puissant à ce qu’elle veut faire transposer à l’écran. Cela donne envie de voir sa conclusion, J’écris ton nom, prévu pour le mois prochain et c’est sûrement là le principal.
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