Le réalisme poétique, de 1930 à 1945

Le réalisme poétique, de 1930 à 1945

Le réalisme poétique est un mouvement cinématographique au romantisme lyrique teinté de fatalisme qui fut adopté par un groupe de réalisateurs, qui façonnèrent le cinéma français dans les années 1930.

Caractéristiques et esthétique du mouvement

Le réalisme poétique, c’est le fait d’introduire de la poésie dans une réalité qui est le plus souvent sombre et désenchantée. Plus spécifiquement au cinéma, notamment chez Marcel Carné et Jean Renoir, c’est selon Olivier Barrot :

« La capacité à générer les décors les plus réalistes et une interprétation, un jeu d’acteur, qui ne l’est pas. »

La réalité va se trouver du côté des décors et la poésie va venir des dialogues et aussi du jeu d’acteurs. Le réalisme poétique tire son esthétique de l’expressionnisme allemand, entre autres en utilisant les contrastes de tons propres à ce genre. Avec l’arrivée des nazis au pouvoir, nombre d’artistes et de techniciens allemands fuient le régime. Ceux qui émigrent en France vont concourir à la création de ce nouveau mouvement. Les chefs opérateurs à la lumière et les chefs décorateurs sont les principaux artisans de cet apport avec le plus célèbre d’entre eux : Curt Courant.

Cette réalité sombre décrite dans les films du mouvement du réalisme poétique est le plus souvent traduite à l’image par un climat maussade, de l’humidité, de la pluie et du brouillard. Ce froid et ce brouillard sont également une évocation de l’état intérieur des personnages et représentent leur confusion mentale.

Dans la définition de l’esthétique du réalisme poétique, il faut noter l’importance des dialogues et le rôle prépondérant de Jacques Prévert. Ce dernier travaille d’abord avec son frère, Pierre, qui est réalisateur. En 1936, il entame une collaboration avec Marcel Carné. D’abord pour retravailler le scénario de Jenny ; ils vont finalement collaborer à la réalisation de six longs métrages.

Il travaille aussi avec Jean Renoir sur Le crime de monsieur Lange. Ses dialogues, qui se rapprochent parfois de ses poésies, font de lui l’un des plus grands dialoguistes du cinéma français. À noter enfin que les dialogues poétiques de Jacques Prévert viendront assortir l’une des plus grandes œuvres du cinéma d’animation : Le roi et l’oiseau, réalisé par Paul Grimault en 1980.

Le réalisme poétique, de 1930 à 1945

Au cœur du réalisme poétique, les réalisateurs

Le réalisme poétique est un terme utilisé pour la première fois afin de qualifier l’œuvre littéraire de Marcel Aymé. Alliage subtil de réalisme et de poésie, le mouvement donne la part belle aux réalisateurs, en ce sens où ils sont les véritables chefs d’orchestre qui vont permettre l’aboutissement d’une pure création collective.

Jean Renoir, Marcel Carné, Julien Duvivier, Jean Grémillon et Jean Vigo en sont les principaux représentants. Le réalisme poétique se déroule souvent dans le milieu ouvrier. Il dépeint les réalités de la vie quotidienne, avec ses entraves et ses difficultés. Par l’atmosphère pesante et particulière qui se dégage des films de cette époque, le mouvement est annonciateur du film noir, un genre qui va devenir omniprésent quelques années plus tard dans le cinéma français et américain.

Parmi les films les plus importants de cette période, La petite Lise de Jean Grémillon en 1930 est l’un des premiers exemples de ce style. L’Atalante de Jean Vigo en 1934 y a ajouté une touche de lyrisme. Les plus grands représentants du réalisme poétique sont La règle du jeu de Renoir et Le jour se lève de Carné : ils en constituent l’aboutissement. Enfin, l’une des œuvres phares du mouvement mais néanmoins plus ouvertement romantique est Pépé le Moko réalisé par Duvivier en 1937. Le film fera l’objet de deux remakes par Hollywood : Alger, en 1938, réalisé par John Cromwell et Casbah, en 1948, réalisé par John Berry. Il propulsera la carrière de Jean Gabin.

Décrit plus comme une tendance que comme un véritable mouvement, le réalisme poétique a tout de même infusé et influencé le cinéma français et américain, à la fois par son atmosphère et ses visuels mais aussi par ses représentants à l’écran, tels que Jean Gabin ou Arletty. Le mouvement a décrit les traumatismes et les craintes de son époque et en dépit d’une faible longévité, il a tout de même définitivement marqué le septième art.

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Jean Gabin dans Pépé le Moko

Sources :

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