Cinq ans après le fan service à outrance de No Way Home, le Spider-Man version Tom Holland redébarque au cinéma avec Spider-Man : Brand New Day. Sa volonté première est limpide : revenir vers un super-héros plus ancré dans son côté urbain. Est-ce vraiment réussi pour autant ?
Espoir et MCU
Le film s’ouvre avec le logo habituel contenant des scènes tirées des anciens films pour nous familiariser avec le grand retour du Tisseur au cinéma. Il faut dire que cela faisait quasiment cinq ans qu’il n’était pas réapparu dans les salles obscures. Est-ce que cette longue attente porte ses fruits ? Durant les premières minutes, on finit par y croire.
La première grande scène de voltige prouve qu’un réalisateur avec un semblant de compétence se trouve derrière la caméra. On sent que Destin Daniel Cretton a une idée en tête avec ce ressenti du poids et de la gravité quand le héros se balance de toile en toile et on a presque l’impression de revivre les sensations que l’on avait devant les Spider-Man de Sam Raimi. Le film en profite via la voix off de Peter Parker pour affirmer que l’on verra ici un super-héros plus urbain, plus authentique et qui a pris ses distances avec la version très lycéenne de sa trilogie introductrice.

Malheureusement, le film semble retomber dans les travers du MCU dès la poursuite du fourgon où la cohérence a préféré s’arrêter là. Tant pis, on persiste au vu de ce qui a été montré juste avant. On enchaîne avec des passages en lien avec l’univers régi par Kevin Feige avec plus ou moins de réussite. Au moins, les blagues forcées sont minimisées pour se concentrer sur l’intrigue principale qui ne sera finalement pas bien structurée.
La faute à une dernière partie complètement hors de propos avec le monde du Tisseur et placée au forceps. Le pauvre Spider-Man disparaîtra même du cadre à ce moment-là en se voyant relégué au second plan. Un comble pour un film qui porte son nom. Malgré tout, on touche peut-être du doigt le potentiel d’un monde partagé promis depuis le film Avengers de 2012 sans jamais vraiment l’atteindre.
Certaines apparitions sont de l’ordre de l’anecdotique, avec notamment un Hulk aussi furtif que le Surfeur d’Argent, même si cela fait du bien de le revoir à l’écran après les années d’errance narrative qu’il a connues. Pour ce qui est du Punisher, on a plutôt affaire à une version très édulcorée et parfois très différente de ce que l’on a vu par le passé.
On arrive même à se demander si cette version est la même que celle des séries anciennement produites par Netflix. Il n’empêche que l’alchimie entre Jon Bernthal et Tom Holland fonctionne, malgré un scénario qui part vite en sucette. Toutefois, ce n’est pas via les multiples références au MCU que le film frappe quasiment juste, mais plutôt dans son cœur émotionnel.

Continuité et relation
Spider-Man No Way Home se terminait de manière osée en faisant table rase du passé. Brand New Day ne l’oublie pas une fois son introduction passée et fera tourner une partie de l’intrigue autour de ça. On voit maintenant un Peter Parker isolé qui a mis de côté sa vie sociale pour se consacrer pleinement à son job de justicier. L’idée est intéressante sur le papier et remet sur le devant de la scène ce qui faisait l’essence du personnage, même si la cohérence globale nous fera tiquer tout le long du visionnage.
Peu importe, le film persiste autour de cette idée novatrice pour le Spider-Man du MCU et nous offre des moments touchants. C’est essentiellement le développement fait autour de MJ qui marquera les esprits avec un Peter encore plus malheureux que jamais grâce à l’interprétation de Tom Holland, qui montre tout l’amour qu’il porte envers le personnage.

Les conséquences de No Way Home ne sont donc pas mises directement sous le tapis et deviennent les fondations de ce nouveau volet, se rapprochant même de la douceur et de l’émotion que transmettaient les films de Sam Raimi. Malheureusement, le film n’atteint pas la maîtrise de la trilogie des années 2000, la faute à des défauts qui prennent de l’importance au fur et à mesure du long-métrage et qui finissent par étouffer le cœur émotionnel de ce quatrième épisode.
La bande originale n’aide pas avec une composition aussi soporifique que jamais et d’une transparence révoltante quand on imagine ce qu’elle pourrait apporter à l’ensemble. Michael Giacchino fait du remplissage instrumental en faisant revenir les thèmes qu’il a précédemment écrits tout en reprenant les notes d’un de ses thèmes pour The Batman pour un résultat honteux.
De toute façon, sa partition pour No Way Home avait bien prouvé qu’il n’avait plus rien à apporter à cet univers et c’est bien dommage, vu le pedigree du compositeur. Ce sentiment amer d’auto-référencement se ressent également du côté de la réalisation.

Références et copié-collé
Spider-Man : Brand New Day est bourré de références à l’univers de l’Homme-Araignée, et ce dès la première réplique qui reprend allègrement l’introduction des films d’animation récents. À partir de là, de nombreuses scènes rappelleront d’anciennes et actuelles incarnations du Tisseur, ce qui finit par vite devenir un problème. Même si on a clairement affaire à un film Spider-Man, ce n’est peut-être finalement pas par le biais de cette itération.
À bien y réfléchir, très peu de scènes originales du personnage nous marquent réellement mais ce sont plutôt les différentes reprises scéniques et thématiques précédemment vues dans les autres films Sony ou dans d’autres médias qui le font. Il faut dire qu’après l’introduction, le réalisateur n’a plus vraiment l’opportunité d’offrir sa vision du personnage et semble suivre un cahier des charges imposé par les pontes du studio.

Cela casse un peu plus l’image de cette version de Tom Holland qui s’enferme dans ses références et ne parvient pas à tracer son propre chemin. Il faut aussi dire que son ancrage au sein du MCU ne l’aide pas non plus.
Même si la direction prise par cette probable nouvelle trilogie est évidemment à saluer, elle pose des questions sur son unicité. Car à trop reprendre les thématiques déjà aperçues dans les autres œuvres du super-héros, cette version finit par devenir une coquille vide. Certes emballée habilement mais néanmoins vide de toute substance concrète.
Espérons toutefois que cette nouvelle mise en jambe parvienne à s’affranchir de ses propres références et de son propre univers élargi. Cet affranchissement permettrait d’offrir une expérience authentique qui marquerait durablement les prochaines générations.
Spider-Man : Brand New Day est un retour aux sources et une véritable proposition après les années d’errance de la trilogie de Jon Watts. Même si le film de Destin Daniel Cretton porte sur ses frêles épaules le poids du MCU, il arrive tout de même à offrir une émotion certaine dans ses scènes clés et à prouver qu’il existe un potentiel dans cette version du Tisseur.
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